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Mali : Le Balembo change d’échelle, un pari industriel à 172,5 millions de FCFA pour valoriser la pharmacopée nationale.

Le Mali veut franchir une nouvelle étape dans la transformation de ses savoirs médicinaux en produits industriels. Le sirop Balembo, médicament traditionnel amélioré utilisé contre la toux, doit progressivement passer d’une production limitée à une fabrication à plus grande échelle.

De la pharmacopée traditionnelle à l’industrie pharmaceutique

Le Balembo n’est pas une nouvelle découverte commerciale. Le produit est issu des travaux de recherche menés au Mali sur la pharmacopée traditionnelle et est déjà utilisé dans le pays comme médicament traditionnel amélioré.

Son principe actif végétal repose sur le Crossopteryx febrifuga, une plante présente dans plusieurs régions d’Afrique tropicale et connue dans la pharmacopée locale sous le nom de Balembo.

Le projet actuel consiste surtout à changer d’échelle.

Présenté lors de la 24e Journée africaine de la médecine traditionnelle, organisée du 3 au 5 septembre 2026 à Bamako, le programme prévoit de structurer l’ensemble de la chaîne, depuis l’approvisionnement en matière végétale jusqu’à la fabrication et la distribution du produit.

L’objectif annoncé est de parvenir à une capacité de 240 000 flacons par an à l’horizon 2028.

Un investissement de 172,5 millions de FCFA

Le passage à l’échelle industrielle représente un investissement de 172,5 millions de FCFA.

L’Organisation africaine de la propriété intellectuelle, l’OAPI, doit financer 138 millions de FCFA, soit 80 % de l’investissement prévu. Les partenaires maliens mobiliseront les 34,5 millions de FCFA restants.

Au-delà du financement, le projet repose sur un partenariat entre plusieurs institutions qui auront chacune un rôle précis dans la chaîne de production.

L’Institut national de recherche sur la médecine et la pharmacopée traditionnelles, l’INRMPT, doit notamment intervenir dans la préparation de l’extrait végétal. L’Usine malienne de produits pharmaceutiques, l’UMPP, sera chargée de la fabrication industrielle, tandis que la Pharmacie populaire du Mali, la PPM, doit assurer la distribution dans le circuit pharmaceutique national.

Cette organisation donne au projet une dimension qui dépasse la simple fabrication d’un sirop. Elle vise à construire une véritable chaîne de valeur nationale autour d’un produit issu de la pharmacopée malienne.

Une chaîne de valeur à sécuriser

Pour produire 240 000 flacons chaque année, la disponibilité de la matière première constitue un enjeu central.

Le projet devra notamment sécuriser l’approvisionnement en matière végétale, standardiser l’extrait utilisé dans la formulation et garantir une qualité constante d’un lot à l’autre.

C’est un point essentiel pour passer d’un produit issu de la médecine traditionnelle à un médicament fabriqué selon des standards industriels. La plante utilisée doit être correctement identifiée, la matière première contrôlée et le procédé de fabrication suffisamment reproductible pour garantir la régularité du produit.

Les prochaines étapes comprennent ainsi la sécurisation des matières premières, la standardisation de l’extrait, la fabrication des premiers lots et leur contrôle avant leur mise à disposition dans le circuit pharmaceutique.

Autrement dit, le véritable défi commence maintenant : transformer une ressource biologique disponible dans la nature en une matière première pharmaceutique régulière, contrôlée et exploitable à grande échelle.

L’OAPI mise aussi sur la propriété intellectuelle

Le projet comporte un autre volet stratégique : la protection du Balembo.

En avril 2026, l’OAPI avait accompagné le Mali dans une démarche visant à protéger le sirop sous la forme d’une marque collective. Cette démarche doit notamment contribuer à sécuriser juridiquement le produit, à préserver son identité et à mieux organiser la filière autour de cette production.

Pour le Mali, cette dimension est loin d’être secondaire.

La valorisation économique de la pharmacopée ne passe pas uniquement par la production. Elle passe aussi par la capacité à protéger les produits, structurer les filières, garantir leur authenticité et créer une identité commerciale suffisamment forte pour leur permettre de trouver des débouchés.

La marque collective peut ainsi devenir un outil de structuration de la filière, à condition qu’elle s’accompagne d’un dispositif efficace de contrôle de la qualité et de traçabilité.

Un produit déjà inscrit dans l’histoire de la médecine traditionnelle améliorée

Le Balembo fait partie des médicaments traditionnels améliorés développés à partir de recherches menées au Mali.

Selon les informations présentées dans le cadre du projet, 14 médicaments traditionnels améliorés ont obtenu une autorisation de mise sur le marché au Mali depuis 1983, dont sept figurent sur la liste nationale des médicaments essentiels.

Cette donnée montre que le projet Balembo s’inscrit dans une démarche plus ancienne : celle consistant à faire passer certains produits issus des connaissances traditionnelles par un processus de recherche, de formulation et de réglementation permettant leur intégration dans le système pharmaceutique.

Le défi est désormais économique autant que scientifique : faire en sorte que ces innovations puissent être produites régulièrement, distribuées efficacement et, lorsque les conditions sont réunies, devenir de véritables produits industriels.

Une opportunité pour l’industrie pharmaceutique malienne

L’enjeu du Balembo dépasse donc la seule question de la santé.

Avec une capacité annoncée de 240 000 flacons par an, le projet peut contribuer à renforcer l’activité de l’industrie pharmaceutique locale et à créer une demande pour plusieurs maillons de la chaîne : collecte et production de matières premières végétales, transformation, contrôle qualité, conditionnement, logistique et distribution.

Il peut également offrir un débouché supplémentaire aux acteurs de la pharmacopée traditionnelle, à condition que leur intégration dans la chaîne industrielle soit correctement encadrée.

Cette approche rejoint d’ailleurs une tendance plus large en Afrique : mieux intégrer les médecines traditionnelles dans les systèmes de santé tout en renforçant la recherche, la qualité, la sécurité et la pharmacovigilance. La stratégie mondiale de l’Organisation mondiale de la santé sur la médecine traditionnelle pour la période 2025-2034 accorde une place importante à ces dimensions.

La souveraineté sanitaire passe aussi par la production locale

Le projet Balembo arrive dans un contexte où la question de la production locale de médicaments prend une importance croissante en Afrique.

Produire localement ne signifie pas simplement remplacer un produit importé par un produit fabriqué au Mali. Cela suppose de maîtriser progressivement plusieurs maillons : matières premières, formulation, production, contrôle qualité, conditionnement, distribution et, à terme, capacité de recherche et développement.

Le Balembo offre précisément un exemple de cette logique.

La matière première est issue du patrimoine végétal africain, la formulation est liée à la recherche malienne, la fabrication doit être assurée par l’industrie pharmaceutique nationale et la distribution doit passer par le réseau pharmaceutique du pays.

Si le projet atteint ses objectifs, une part importante de la valeur créée autour du produit restera ainsi dans l’économie nationale.

Le marché sera le véritable test

L’ambition industrielle reste néanmoins à transformer en réalité économique.

Produire 240 000 flacons constitue une capacité cible, mais encore faudra-t-il assurer un approvisionnement régulier en matière première, respecter les exigences réglementaires, maintenir la qualité, maîtriser les coûts et surtout trouver une demande suffisante.

Le succès du Balembo dépendra donc autant de la capacité à produire que de celle à construire un marché.

La question sera notamment de savoir si le produit pourra être proposé à un prix accessible, distribué suffisamment largement et gagner durablement la confiance des professionnels de santé et des consommateurs.

Il faudra également éviter une confusion fréquente : le fait qu’un produit soit issu de la pharmacopée traditionnelle ne dispense pas des exigences de preuve, de contrôle et de surveillance applicables aux médicaments.

Du savoir traditionnel à la valeur industrielle

Le projet Balembo résume finalement une ambition beaucoup plus vaste pour le Mali : passer d’une pharmacopée considérée essentiellement comme un patrimoine culturel à une source de produits de santé capables de générer de la valeur économique.

Les 172,5 millions de FCFA annoncés ne représentent qu’un investissement relativement limité à l’échelle de l’industrie pharmaceutique. Mais l’enjeu du projet se mesure moins au montant engagé qu’à la chaîne de valeur qu’il cherche à construire.

Si le Mali parvient à sécuriser la matière première, standardiser le produit, maintenir une qualité pharmaceutique constante et organiser sa distribution, le Balembo pourrait devenir davantage qu’un sirop contre la toux : un exemple concret de la manière dont la recherche, la propriété intellectuelle et l’industrie peuvent transformer un savoir endogène en produit commercial.

Le véritable pari n’est donc pas seulement de produire 240 000 flacons en 2028. Il est de démontrer qu’une ressource issue du patrimoine thérapeutique malien peut franchir le cap de l’industrialisation sans perdre ce qui fait son identité et, surtout, en laissant davantage de valeur au Mali.

La Rédaction

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