Burkina Faso : 19 910 infractions en un mois, la vidéo-verbalisation passe son premier test.
En août, les caméras ont relevé près de 20 000 infractions et généré plus de 146 millions de FCFA d’amendes. Mais avec seulement environ 11 % des sommes recouvrées, le véritable défi commence désormais : transformer la sanction numérique en paiement effectif, sans perdre de vue l’objectif affiché de sécurité routière.
Au Burkina Faso, les caméras commencent à changer la manière dont les infractions routières sont constatées. Un mois après l’entrée en vigueur de la vidéo-verbalisation, le premier bilan dressé par le ministère de la Sécurité fait apparaître un volume particulièrement important de comportements sanctionnables : 19 910 infractions ont été enregistrées entre le 1er et le 31 août 2026.
Derrière ce chiffre se dessine une réalité plus large. La digitalisation du contrôle routier ne produit pas seulement des données sur les comportements des automobilistes. Elle génère également des créances d’amendes qui devront désormais être recouvrées, tout en donnant aux autorités un nouvel outil pour lutter contre l’incivisme routier.
Près de 20 000 infractions enregistrées en un mois
Le dispositif de vidéo-verbalisation est officiellement entré en fonctionnement le 1er août 2026 à Ouagadougou, après une phase pilote lancée quelques mois auparavant.
Dès ses premières heures, le système avait montré sa capacité à détecter massivement les comportements interdits. Les autorités avaient recensé 1 083 infractions au cours des douze premières heures de fonctionnement.
Sur l’ensemble du mois d’août, le compteur s’est établi à 19 910 infractions, constatées par les caméras installées sur plusieurs axes routiers de la capitale.
Le détail des infractions permet surtout de comprendre les habitudes qui persistent sur les routes burkinabè.
Le non-port de la ceinture de sécurité représente à lui seul 71,31 % des infractions enregistrées. Il est suivi par les excès de vitesse, qui comptent pour 15,36 %, puis le non-respect de la signalisation lumineuse avec 12,26 %. L’usage manuel du téléphone portable au volant représente 1,07 % des infractions constatées.
Cette répartition montre que le principal enjeu n’est pas uniquement la vitesse. Une grande partie des comportements sanctionnés relève de règles élémentaires de sécurité, notamment le port de la ceinture.
Plus de 146 millions de FCFA d’amendes, mais un recouvrement encore limité
La vidéo-verbalisation produit également un effet financier.
Selon le quotidien public Sidwaya, les infractions constatées durant le mois d’août ont généré 146,459 millions de FCFA d’amendes dues. Sur cette somme, seulement 16,010 millions de FCFA avaient été effectivement recouvrés au moment de la présentation du bilan, soit environ 10,9 %.
D’autres médias, notamment APA et Lefaso.net, ont rapporté un montant de 146,559 millions de FCFA, soit une différence de 100 000 FCFA.
Cette légère divergence ne change pas l’ordre de grandeur : en un seul mois, la vidéo-verbalisation a généré plus de 146 millions de FCFA de créances d’amendes.
Mais pour les finances publiques, une distinction est essentielle : une amende constatée n’est pas nécessairement une recette encaissée.
Sur les quelque 146,5 millions de FCFA dus, à peine une dizaine de millions ont effectivement été récupérés. Le taux de recouvrement constitue donc l’un des principaux indicateurs à surveiller dans les prochains mois.
Le véritable test commence avec le recouvrement
Pour les autorités burkinabè, l’enjeu consiste désormais à assurer le suivi des contrevenants et à éviter que la sanction numérique ne reste uniquement virtuelle.
La Brigade de recherche et d’intervention contre l’incivisme routier (BRICIR), récemment créée, ainsi que le Centre de contrôle des véhicules automobiles (CCVA), doivent notamment contribuer au renforcement du recouvrement des amendes impayées.
Cette étape est importante pour la crédibilité du dispositif. Une technologie capable d’identifier près de 20 000 infractions en un mois n’atteint pleinement son objectif que si la chaîne qui va de la détection à la notification, puis au paiement ou à l’exécution de la sanction, fonctionne efficacement.
L’enjeu est donc autant administratif que technologique.
La sécurité routière reste l’objectif affiché
Le gouvernement insiste toutefois sur un point : la vidéo-verbalisation n’a pas été conçue comme un nouvel outil de mobilisation de recettes.
Selon le ministre de la Sécurité, Mahamadou Sana, la priorité reste la réduction des comportements dangereux et la protection des usagers de la route. Le bilan du mois d’août semble, à première vue, aller dans le sens recherché.
Entre juillet et août, le nombre d’accidents enregistrés est passé de 1 744 à 1 516, soit une baisse de 13,07 %. Le nombre de personnes tuées sur place est, lui, passé de 113 à 79, soit une diminution de 30,08 %. Le nombre de blessés a également reculé, de 1 459 à 1 347.
Les autorités estiment ainsi que 34 décès et 112 blessures auraient été évités par rapport au mois précédent.
Ces chiffres constituent un signal encourageant, mais ils doivent être interprétés avec prudence. Le recul de l’accidentalité intervient dans un contexte où plusieurs mesures ont été appliquées simultanément, notamment le contrôle du port du casque pour les conducteurs et passagers de deux-roues. Il serait donc prématuré d’attribuer à la seule vidéo-verbalisation l’ensemble de l’amélioration observée.
Vers une extension à d’autres villes
Le gouvernement burkinabè entend néanmoins poursuivre le déploiement du dispositif.
Après Ouagadougou, l’objectif annoncé est d’étendre progressivement le réseau de vidéo-verbalisation à d’autres villes du pays. Les autorités prévoient également de renforcer l’e-verbalisation des motocyclistes.
Cette perspective pourrait faire changer d’échelle le dispositif. Plus le réseau de caméras sera étendu, plus le nombre d’infractions détectées, mais aussi le volume potentiel d’amendes, pourrait augmenter.
Cela posera toutefois une question centrale : comment garantir que l’extension géographique du système s’accompagne d’une capacité équivalente de traitement, de notification et de recouvrement ?
La performance du dispositif ne pourra donc pas être mesurée uniquement au nombre d’infractions enregistrées ou au montant des amendes générées. Elle devra aussi être évaluée à travers le taux de paiement, la diminution durable des comportements dangereux et, surtout, l’évolution du nombre de victimes sur les routes.
De la caméra à la prévention
Le premier mois de la vidéo-verbalisation burkinabè livre ainsi un double enseignement.
D’un côté, la technologie permet aux autorités de passer d’un contrôle essentiellement dépendant de la présence physique des agents à un système capable de surveiller en continu plusieurs axes routiers. De l’autre, elle fait apparaître une nouvelle exigence : transformer la capacité de détection en véritable efficacité administrative et, surtout, en changement durable des comportements.
Avec près de 20 000 infractions constatées en seulement trente et un jours, le dispositif a déjà démontré sa capacité à voir ce que les contrôles traditionnels ne peuvent pas toujours observer.
Reste désormais à démontrer qu’une route plus surveillée peut devenir une route plus sûre. Car au Burkina Faso, la véritable performance de la vidéo-verbalisation ne se mesurera finalement ni en milliers d’infractions, ni en millions de francs CFA, mais au nombre de vies qui ne seront plus perdues sur les routes.
La Rédaction



