Afrique de l’Ouest : 13,1 milliards de FCFA pour faire passer l’agroécologie à l’échelle.
Lancé officiellement le 4 septembre 2026 à Lomé, le Projet de promotion des innovations agroécologiques en Afrique de l’Ouest (PIA-AO) veut franchir une nouvelle étape : transformer les expériences agricoles menées à petite échelle en solutions capables d’être adoptées massivement par les producteurs. Doté de 20 millions d’euros, soit environ 13,1 milliards de FCFA, le programme est financé par l’Agence française de développement et l’Union européenne.
À Lomé, le 4 septembre, l’agriculture ouest-africaine a été placée au cœur d’un nouveau pari : celui de faire de l’innovation agroécologique un véritable levier de transformation économique.
Plus de 150 acteurs et partenaires du secteur ont participé au lancement officiel du PIA-AO, un projet coordonné par l’Agence régionale pour l’agriculture et l’alimentation de la CEDEAO (ARAA).
Avec une enveloppe de 20 millions d’euros, le programme entend accélérer l’adoption de pratiques agricoles plus durables dans la région. Il s’inscrit dans la continuité du Programme agroécologie en Afrique de l’Ouest, mis en œuvre depuis 2018.
Mais le PIA-AO ne se présente pas comme une simple nouvelle phase de financement. Son ambition est surtout de résoudre l’un des principaux problèmes de l’innovation agricole en Afrique de l’Ouest : de nombreuses solutions fonctionnent sur le terrain, mais peinent encore à sortir du stade expérimental.
L’objectif est donc de passer des projets pilotes à une diffusion beaucoup plus large.
20 millions d’euros pour transformer les pratiques agricoles
Les 20 millions d’euros mobilisés représentent environ 13,1 milliards de FCFA. Le financement est assuré par l’Agence française de développement et l’Union européenne.
Cette enveloppe doit permettre de soutenir des initiatives capables d’améliorer à la fois la productivité agricole, les revenus des exploitations familiales et leur capacité à résister aux chocs climatiques.
L’agroécologie ne se limite en effet pas à une approche environnementale. Elle consiste à rechercher des modes de production permettant de mieux préserver les sols, l’eau et la biodiversité tout en maintenant, voire en améliorant, les performances économiques des exploitations.
Pour une région confrontée à la dégradation des terres, à la variabilité des pluies, aux épisodes de sécheresse et d’inondation et à la pression croissante sur les ressources naturelles, l’enjeu dépasse donc largement le cadre agricole. Il touche directement à la sécurité alimentaire et aux revenus ruraux.
Les exploitations familiales au centre du dispositif
Le choix de cibler les exploitations familiales est particulièrement important.
Dans la plupart des économies ouest-africaines, les petits producteurs restent au cœur de l’approvisionnement alimentaire. Pourtant, ils disposent souvent de moyens financiers et techniques limités pour investir dans de nouvelles pratiques.
Le PIA-AO entend justement rapprocher les innovations des producteurs, en mobilisant différents acteurs : organisations paysannes, chercheurs, pouvoirs publics, entreprises privées, ONG et structures de formation.
L’objectif est de faire circuler les connaissances et les technologies au-delà des quelques exploitations ayant participé aux premières expérimentations.
Cette approche correspond également au mandat de l’ARAA, qui coordonne la mise en œuvre de plusieurs programmes régionaux consacrés à la productivité, à la résilience, à l’agroécologie et à la sécurité alimentaire.
Pourquoi l’agroécologie devient une question économique
Derrière le vocabulaire technique de l’agroécologie se trouve une question très concrète : comment permettre aux agriculteurs de produire davantage sans rendre leurs exploitations plus vulnérables ?
La réponse recherchée par le PIA-AO passe notamment par une meilleure gestion des sols et des ressources naturelles, mais aussi par des innovations susceptibles de réduire certaines vulnérabilités liées aux coûts de production et aux aléas climatiques.
Le projet vise ainsi à favoriser des systèmes de production capables de préserver leur potentiel à long terme.
Pour les producteurs, l’enjeu est économique : une terre plus productive sur la durée, des revenus plus résilients et une moindre exposition aux chocs peuvent renforcer la viabilité des exploitations.
Pour les États, l’enjeu est également stratégique. Une agriculture plus productive et plus résistante aux changements climatiques peut contribuer à réduire la pression sur les importations alimentaires et renforcer la sécurité alimentaire régionale.
Une nouvelle génération d’innovations à diffuser
Le projet entend soutenir des innovations qui ne restent pas confinées aux centres de recherche ou aux programmes pilotes.
Il s’agit notamment de nouvelles pratiques, techniques et organisations agricoles permettant de produire efficacement tout en préservant davantage les sols, l’eau, la biodiversité et le climat.
Cette logique de diffusion est essentielle. Une innovation agricole n’a véritablement d’impact économique que lorsqu’elle peut être reproduite, adaptée aux réalités locales et adoptée par un nombre important de producteurs.
Le véritable défi du PIA-AO sera donc moins de faire émerger quelques expériences réussies que de construire les conditions permettant leur réplication dans plusieurs territoires.
La recherche seule ne suffira pas
L’un des enseignements des programmes agroécologiques précédents est que la recherche ne peut pas, à elle seule, transformer les systèmes agricoles.
Une nouvelle technique de production peut être performante sur le plan scientifique et rester marginale si les producteurs n’ont pas accès au financement, à la formation, aux équipements, aux marchés ou aux services de conseil nécessaires à son adoption.
C’est pourquoi l’approche du PIA-AO repose sur une logique multi-acteurs.
L’ARAA inscrit d’ailleurs l’agroécologie parmi les principaux domaines de son portefeuille régional, aux côtés de la productivité agricole, de la résilience alimentaire, de l’environnement et de l’employabilité des jeunes dans les secteurs agro-sylvo-pastoral et halieutique.
Un investissement dans la résilience climatique
Le changement climatique constitue désormais l’un des principaux risques économiques auxquels sont confrontées les agricultures ouest-africaines.
Des pluies plus irrégulières, des températures plus élevées, des périodes de sécheresse ou des épisodes d’inondation peuvent rapidement réduire les rendements et fragiliser les revenus des ménages agricoles.
Dans ce contexte, investir dans des pratiques capables de préserver les sols et de mieux gérer les ressources naturelles revient également à investir dans la résilience économique des territoires ruraux.
Le PIA-AO cherche précisément à accélérer cette transition.
Le financement européen et français ne vise donc pas uniquement à financer des projets agricoles. Il s’inscrit dans une stratégie plus large visant à renforcer la capacité de la région à produire durablement dans un environnement de plus en plus incertain.
Le véritable indicateur sera le nombre de producteurs touchés
L’annonce des 20 millions d’euros constitue un signal financier important. Mais le succès du programme ne se mesurera pas uniquement au montant engagé.
La véritable question sera celle de l’impact.
Combien de producteurs adopteront effectivement les innovations soutenues ? Quel sera leur effet sur les rendements ? Les revenus agricoles progresseront-ils ? Les coûts de production diminueront-ils ? Les pratiques pourront-elles être reproduites dans d’autres pays et d’autres zones agroécologiques ?
Ce sont ces indicateurs qui permettront de déterminer si le PIA-AO aura réussi à transformer durablement les systèmes agricoles.
Car l’Afrique de l’Ouest ne manque pas nécessairement d’idées. Elle manque souvent des mécanismes permettant de faire passer ces idées du laboratoire, du projet pilote ou de l’exploitation expérimentale à des milliers d’exploitations.
Un enjeu qui dépasse l’agriculture
Le lancement de Lomé intervient ainsi à un moment où la question alimentaire devient de plus en plus étroitement liée aux questions de climat, d’emploi, de revenus et de souveraineté économique.
Pour la CEDEAO et ses partenaires, l’agroécologie devient donc un investissement dans la capacité de la région à produire, à créer des revenus et à résister aux crises.
Les 20 millions d’euros constituent le capital de départ de cette ambition. Mais leur véritable rendement ne sera pas financier au sens classique du terme.
Il se mesurera dans les champs : dans la qualité des sols, dans les rendements, dans les revenus des producteurs et dans la capacité des exploitations familiales à continuer de produire lorsque le climat devient moins prévisible.
Le PIA-AO ouvre ainsi un nouveau chapitre de la politique agricole ouest-africaine. Après avoir financé l’expérimentation, la région veut désormais financer la diffusion. Et c’est probablement là que se jouera le véritable test : réussir à transformer quelques innovations prometteuses en solutions suffisamment accessibles et rentables pour changer, à grande échelle, l’économie des campagnes ouest-africaines.
La Rédaction



