Resolute Mining : Le bénéfice semestriel bondit de 129 %, porté par le prix de l’or au Mali et au Sénégal.
Le groupe minier australien Resolute Mining a plus que doublé son bénéfice net au premier semestre 2026. Malgré une baisse de sa production d’or, l’entreprise a profité de la flambée des cours pour porter son chiffre d’affaires à 584,7 millions de dollars. Ses deux mines de Syama, au Mali, et de Mako, au Sénégal, ont contribué à cette performance, tandis que le groupe renforce fortement sa trésorerie.
Resolute Mining vient de publier des résultats semestriels qui illustrent parfaitement une réalité du secteur aurifère en 2026 : il est possible de produire moins d’or et de gagner beaucoup plus d’argent lorsque les prix du métal jaune atteignent des niveaux records.
Pour les six premiers mois de l’exercice 2026, le groupe australien a réalisé un bénéfice net après impôts de 162,6 millions de dollars, contre 71 millions de dollars sur la même période en 2025. La progression atteint ainsi 129 % en un an.
Cette performance est principalement liée à la hausse spectaculaire du prix de l’or, alors même que la production du groupe a reculé.
Le chiffre d’affaires dépasse 584 millions de dollars
Entre janvier et juin 2026, Resolute Mining a généré 584,7 millions de dollars de revenus, contre 447,5 millions un an plus tôt, soit une progression d’environ 31 %.
Cette croissance ne provient donc pas d’une augmentation des volumes produits.
Au contraire, Resolute a produit 104 795 onces d’or au premier semestre, contre 151 460 onces au premier semestre 2025. La production a ainsi diminué d’environ 31 %.
Le paradoxe s’explique par le prix auquel le groupe a vendu son or.
Resolute a vendu 123 951 onces au cours du semestre, à un prix moyen réalisé de 4 712 dollars l’once, contre environ 3 076 dollars sur la période comparable de 2025.
Autrement dit, chaque once vendue a rapporté beaucoup plus qu’un an auparavant.
C’est ce puissant effet prix qui a largement compensé la baisse des volumes.
Syama au Mali reste le principal moteur
Au cœur de cette performance se trouve la mine de Syama, dans le sud du Mali.
L’actif malien a généré environ 417,5 millions de dollars de revenus au premier semestre, selon les données publiées par Resolute. La mine représente donc la principale contribution du groupe à son chiffre d’affaires.
Mais Syama a également connu des difficultés opérationnelles au cours du semestre.
Les perturbations logistiques et les problèmes d’approvisionnement enregistrés au Mali ont affecté la production du site. Resolute avait notamment indiqué en juin que la production du deuxième trimestre devrait être inférieure à ses prévisions initiales en raison des perturbations liées aux conditions de sécurité et aux chaînes d’approvisionnement.
Malgré ces contraintes, la mine a continué à générer des revenus importants grâce au niveau exceptionnel des prix de l’or.
Le cas de Syama résume donc assez bien l’équation actuelle de Resolute : un environnement opérationnel difficile, mais un environnement de prix extrêmement favorable.
Mako au Sénégal apporte également sa contribution
La deuxième grande mine du groupe, Mako, située au Sénégal, a généré environ 167,2 millions de dollars de revenus sur les six premiers mois de l’année.
Avec Syama, Mako constitue aujourd’hui le cœur du portefeuille opérationnel de Resolute en Afrique de l’Ouest.
Le groupe bénéficie ainsi d’une présence sur deux marchés aurifères majeurs de la région, même si cette exposition s’accompagne également de risques opérationnels et réglementaires propres à chaque pays.
Les résultats du premier semestre montrent néanmoins que les deux actifs continuent de produire suffisamment de valeur pour soutenir la croissance financière du groupe.
Un bénéfice qui progresse beaucoup plus vite que la production
L’évolution des principaux indicateurs est particulièrement révélatrice.
Le chiffre d’affaires est passé de 447,5 à 584,7 millions de dollars, tandis que l’EBITDA a progressé de 211,1 à 323,9 millions de dollars, soit une hausse d’environ 53 %.
Le bénéfice net, lui, a bondi de 71 à 162,6 millions de dollars.
Cette accélération démontre l’effet de levier exceptionnel du prix de l’or sur les comptes d’un producteur.
Lorsque les coûts ne progressent pas au même rythme que le prix de vente, chaque hausse du cours du métal peut avoir un effet disproportionné sur les marges.
Mais Resolute doit aussi composer avec une autre réalité : les coûts augmentent.
Le coût de production grimpe lui aussi
Le coût global de maintien de la production, ou AISC (All-In Sustaining Cost), a atteint 2 327 dollars par once, contre 1 688 dollars un an auparavant.
La progression est importante.
Elle s’explique notamment par les conditions opérationnelles et par l’augmentation des redevances minières liées à la hausse du prix de l’or.
Même avec un or vendu à plus de 4 700 dollars l’once en moyenne, cette évolution des coûts constitue un indicateur que les investisseurs devront surveiller.
La hausse du prix de l’or améliore donc fortement les revenus, mais elle entraîne également une augmentation de certaines charges liées à l’exploitation.
La trésorerie change d’échelle
L’un des chiffres les plus impressionnants du semestre concerne toutefois la situation financière du groupe.
Au 30 juin 2026, Resolute disposait de 173,7 millions de dollars de liquidités, auxquels s’ajoutaient 112,4 millions de dollars de dépôts à terme et environ 47,3 millions de dollars de lingots évalués à leur valeur de marché.
Au total, la position nette de trésorerie du groupe atteignait 317,4 millions de dollars, contre 109,9 millions un an auparavant. Cela représente une progression de près de 189 %.
Cette amélioration donne à Resolute une marge de manœuvre beaucoup plus importante pour financer ses investissements et absorber d’éventuels chocs opérationnels.
Elle est également stratégique dans un secteur minier où les nouveaux projets nécessitent des centaines de millions de dollars avant même de produire leur première once.
Le Mali rapporte davantage, mais reste un marché à risque
La performance financière de Resolute intervient dans un contexte particulier au Mali.
Le groupe avait été confronté fin 2024 à une importante crise avec les autorités maliennes, qui avait notamment conduit à la détention de plusieurs dirigeants de l’entreprise et à un accord financier pour régler un différend fiscal.
Depuis, Resolute continue d’exploiter Syama, mais le Mali reste un environnement dans lequel les entreprises minières doivent composer avec l’évolution du cadre réglementaire, les exigences de l’État et les contraintes logistiques et sécuritaires.
Les résultats semestriels montrent cependant que le risque pays n’a pas empêché Syama de rester un actif fortement générateur de revenus.
La question sera de savoir si cette performance peut être maintenue lorsque les conditions de production se normaliseront et lorsque le prix de l’or évoluera dans un environnement moins exceptionnel.
Le groupe prépare déjà l’après-Syama et l’après-Mako
Resolute ne compte pas uniquement sur ses deux mines actuelles.
Le groupe poursuit notamment le développement du projet aurifère de Doropo, en Côte d’Ivoire, dont la construction est en cours. Le projet doit permettre à Resolute d’accroître fortement sa production dans les prochaines années.
L’entreprise vise à terme une production annuelle supérieure à 500 000 onces d’or, contre une prévision de 250 000 à 275 000 onces pour 2026. Le premier or de Doropo est actuellement attendu au second semestre 2028.
Cette stratégie permettrait au groupe de diversifier davantage ses opérations en Afrique de l’Ouest et de réduire progressivement sa dépendance à ses actifs maliens et sénégalais.
Une performance qui profite aussi aux États producteurs
La hausse des bénéfices de Resolute n’est pas uniquement une bonne nouvelle pour ses actionnaires.
Elle a également un effet sur les recettes publiques des pays où le groupe opère.
Resolute indique avoir payé 92,2 millions de dollars d’impôts directs et indirects au premier semestre 2026, contre 71,8 millions un an plus tôt, en raison notamment de l’augmentation des bénéfices réalisés au Mali et au Sénégal.
La flambée du cours de l’or se traduit donc par une augmentation simultanée des revenus du producteur et des prélèvements associés à son activité.
C’est précisément ce qui rend la conjoncture actuelle particulièrement importante pour les économies aurifères d’Afrique de l’Ouest.
Le paradoxe de l’or à prix record
Le cas Resolute Mining illustre finalement une tendance plus large du secteur.
Le groupe a produit moins d’or au premier semestre, mais son bénéfice a plus que doublé.
Ce paradoxe est possible parce que le prix du métal jaune a progressé beaucoup plus vite que les volumes produits et que certains coûts.
Mais cette situation ne doit pas être interprétée comme une garantie de performance permanente.
Une correction significative du prix de l’or réduirait mécaniquement les revenus et les marges, tandis que les coûts opérationnels, eux, ne disparaîtraient pas aussi rapidement.
Pour Resolute, le défi sera donc de profiter de la fenêtre actuelle pour renforcer son bilan, financer ses nouveaux projets et améliorer ses opérations existantes.
Le Mali et le Sénégal ont fourni à Resolute une machine à cash particulièrement performante au premier semestre. Mais dans l’industrie aurifère, les cours montent et descendent : le véritable enjeu est de transformer les bénéfices d’aujourd’hui en capacité de production pour demain.
La Rédaction



