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Niger : Sonatrach relance le pari pétrolier de Kafra, aux portes du Sahara algérien.

L’Algérie renforce sa présence dans le secteur pétrolier nigérien. La filiale de forage de Sonatrach, ENAFOR, a achevé les préparatifs du puits d’exploration « Kafra Sud-Est 1 », dans la région d’Agadez, à environ 85 kilomètres de la frontière algérienne. Le forage, qui doit atteindre près de 3 900 mètres de profondeur, constitue une nouvelle étape dans le partenariat énergétique entre Alger et Niamey.

Un forage stratégique à 85 kilomètres de l’Algérie

Le site de Kafra Sud-Est 1 se trouve dans le nord du Niger, dans la région d’Agadez. Sa proximité avec l’Algérie donne au projet une dimension particulière pour Sonatrach, qui cherche depuis plusieurs années à renforcer ses activités à l’international.

ENAFOR, filiale spécialisée dans le forage, a achevé l’installation des équipements nécessaires à l’opération. Une partie importante du matériel a été acheminée depuis Hassi Messaoud, en Algérie, sur plus de 2 000 kilomètres. La profondeur prévue est de 3 900 mètres.

Le Premier ministre nigérien Ali Mahaman Lamine Zeine s’est d’ailleurs rendu à Arlit le 12 août et devait procéder le 13 août, avec son homologue algérien, à l’inauguration du premier forage pétrolier Kafra Sud-Est 1.

Kafra, un potentiel encore à confirmer

Le bassin de Kafra nourrit depuis plusieurs années les ambitions pétrolières de Niamey et d’Alger.

Des estimations récentes évoquent un potentiel pouvant atteindre 2,7 milliards de barils pour le bassin. D’autres sources ont avancé des chiffres nettement inférieurs. Cette différence illustre une précaution essentielle : ces montants correspondent à des ressources potentielles ou estimées, et non à des réserves commerciales prouvées.

Le forage d’exploration doit précisément permettre de déterminer ce qui se trouve réellement dans le sous-sol et dans quelles conditions les hydrocarbures pourraient être récupérés.

Autrement dit, Kafra possède un potentiel géologique, mais la rentabilité du projet reste à démontrer.

Un pari industriel autant que pétrolier

Pour Sonatrach, l’opération dépasse la simple recherche de pétrole.

Le groupe algérien exporte également son savoir-faire dans les métiers du forage. ENAFOR doit contribuer au développement des compétences locales et au transfert de technologie au Niger. Le projet constitue ainsi une vitrine pour l’expertise algérienne dans les services pétroliers.

Cette dimension pourrait devenir particulièrement importante si l’exploration débouche sur une phase de développement. Une découverte commerciale entraînerait alors des besoins en ingénierie, forage, transport, maintenance, logistique et services spécialisés.

Pour le Niger, l’enjeu serait de capter une partie de cette valeur au-delà des seules recettes liées aux hydrocarbures.

Le coût caché du pétrole saharien

Mais exploiter du pétrole dans cette partie du Niger ne sera pas une opération ordinaire.

L’acheminement des équipements depuis l’Algérie donne déjà une idée de la difficulté logistique. Plus de 2 000 kilomètres séparent Hassi Messaoud du site de forage. Le transport de matériels lourds dans une zone désertique impose des coûts élevés, des infrastructures adaptées et une organisation logistique complexe.

À cela s’ajoutent les contraintes sécuritaires du nord du Niger et les conditions climatiques difficiles.

Ces facteurs pèseront directement sur le coût de développement d’un éventuel gisement. Un pétrole peut être présent en quantité importante et rester économiquement peu intéressant si son extraction, son transport et son évacuation vers les marchés coûtent trop cher.

C’est pourquoi la taille d’une ressource ne suffit jamais à déterminer la rentabilité d’un projet pétrolier.

Quatre puits pour tester le potentiel

Kafra ne se limite pas à ce seul forage. Sonatrach prévoit une campagne d’exploration comprenant quatre puits sur une période de deux ans, selon des informations publiées en août.

Cette approche est importante : plusieurs forages permettent de mieux comprendre la structure géologique du bassin et d’évaluer l’étendue éventuelle des ressources.

Le calendrier témoigne également d’une volonté d’inscrire la présence algérienne au Niger dans la durée.

Un rapprochement énergétique entre Alger et Niamey

Le projet Kafra s’inscrit dans une coopération énergétique plus large entre les deux pays.

Après une période de ralentissement, Alger et Niamey ont relancé leur coopération dans les hydrocarbures en 2026. Sonatrach travaille également sur d’autres projets énergétiques, tandis que le gazoduc transsaharien demeure un axe majeur des ambitions énergétiques régionales de l’Algérie.

Pour Niamey, le développement de nouvelles ressources pétrolières pourrait contribuer à diversifier sa production et à renforcer ses recettes d’exportation.

Pour Alger, Kafra représente une opportunité de consolider sa présence économique dans un pays voisin et de valoriser l’expertise de ses entreprises publiques.

Le vrai test sera économique

Le lancement de Kafra Sud-Est 1 est donc une étape importante, mais certainement pas l’aboutissement du projet.

Il faudra d’abord confirmer la présence d’hydrocarbures exploitables, évaluer les volumes récupérables, mesurer leur qualité, puis déterminer le coût d’une éventuelle mise en production et les conditions d’évacuation du pétrole.

C’est seulement à ce moment que la question essentielle pourra être tranchée : Kafra peut-il produire suffisamment, à un coût suffisamment bas, pour devenir un projet commercial viable ?

Pour l’instant, Sonatrach fore une promesse, pas encore une rente. Le pétrole devra d’abord sortir du sous-sol, puis franchir l’épreuve beaucoup plus exigeante de la rentabilité. Pour le Niger comme pour l’Algérie, c’est là que commencera véritablement le calcul économique.

La Rédaction

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