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UEMOA : Le pétrole accélère de 64,6 %, l’or confirme son poids stratégique dans l’économie régionale.

En 2025, l’économie de l’Union monétaire ouest-africaine a bénéficié d’un puissant effet « matières premières ». La production pétrolière a bondi de 64,6 %, portée notamment par la montée en puissance des hydrocarbures en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Dans le même temps, l’or est resté un pilier des exportations de plusieurs économies de l’Union, même si le chiffre de 218 tonnes parfois avancé doit être manié avec prudence.

L’année 2025 aura confirmé une transformation importante de la structure productive de l’Union économique et monétaire ouest-africaine. Derrière une croissance économique régionale de 6,7 %, contre 6,2 % en 2024, les industries extractives ont joué un rôle croissant.

Deux ressources concentrent particulièrement l’attention : l’or, traditionnel moteur minier de plusieurs pays de l’UEMOA, et les hydrocarbures, dont la montée en puissance modifie progressivement le profil énergétique et exportateur de la région.

Selon les données présentées par la BCEAO, la production pétrolière de l’UMOA a progressé de 64,6 % en 2025. Une hausse spectaculaire qui traduit moins un simple effet de prix qu’un changement dans les volumes produits, avec notamment l’entrée en puissance de nouvelles productions d’hydrocarbures en Côte d’Ivoire et au Sénégal.

Le pétrole change d’échelle

Pendant longtemps, l’économie de l’espace UEMOA était principalement associée à l’agriculture, aux services et aux industries minières, avec l’or occupant une place centrale dans les exportations de plusieurs États.

L’arrivée de nouveaux projets pétroliers et gaziers est en train de modifier cette configuration.

La BCEAO souligne que le renforcement des productions extractives en 2025 est notamment lié à l’exploitation des hydrocarbures en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Cette dynamique a contribué à soutenir le secteur secondaire et les exportations régionales.

Les statistiques de la Banque centrale montrent d’ailleurs l’ampleur de cette nouvelle dynamique. Au troisième trimestre 2025, l’indice de production industrielle de l’UMOA affichait encore une progression de 9 % sur un an. L’extraction d’hydrocarbures progressait, elle, de 51,2 % sur la même période.

Le pétrole devient ainsi progressivement un nouveau moteur de croissance pour l’Union.

L’or reste le pilier minier

L’envolée des hydrocarbures ne signifie toutefois pas que l’or perd son importance.

Au contraire, le métal jaune demeure l’un des principaux produits d’exportation de plusieurs économies de l’UEMOA, notamment au Burkina Faso et au Mali.

Le Burkina Faso a ainsi annoncé une production de 94 tonnes d’or en 2025, dont près de 43 tonnes issues de l’exploitation artisanale et semi-mécanisée, avec plus de 776 milliards de FCFA de recettes budgétaires générées.

Au Mali, la situation a été plus contrastée. Le pays a connu une baisse de sa production aurifère en 2025, qui a pesé sur l’activité économique. Le FMI indiquait ainsi que la diminution de la production d’or constituait l’un des principaux facteurs ayant ralenti la croissance malienne en 2025. L’institution anticipait toutefois une reprise de la production aurifère en 2026.

Ces évolutions montrent que le poids de l’or reste considérable, mais que sa production varie fortement d’un pays à l’autre et d’une année à l’autre.

Le chiffre de 218 tonnes mérite d’être corrigé

C’est probablement le point le plus important pour une lecture économique rigoureuse du dossier.

Le chiffre de 218 tonnes présenté parfois comme une production d’or de l’UEMOA en 2025 ne peut pas être confirmé comme tel par les sources institutionnelles consultées.

Des publications récentes associent plutôt ce volume aux 7 millions d’onces de réserves déclarées par West African Resources sur plusieurs de ses actifs au Burkina Faso, soit environ 218 tonnes. Il s’agit donc d’un volume de réserves minières, et non de la production annuelle d’or de l’ensemble de l’UEMOA.

Cette distinction est essentielle.

Une production mesure la quantité effectivement extraite sur une période donnée. Une réserve correspond à une quantité de minerai considérée comme exploitable selon certaines conditions économiques, techniques et géologiques.

Confondre les deux peut donner une image totalement différente de la réalité économique.

Une manne qui améliore les comptes extérieurs

Malgré cette réserve statistique, la dynamique des matières premières a clairement renforcé la position extérieure de l’Union.

La BCEAO indique que les termes de l’échange de l’UMOA se sont améliorés de 35,1 % en 2025, notamment sous l’effet de cours favorables pour plusieurs produits exportés et de l’augmentation des exportations d’or et d’hydrocarbures.

Cette progression contribue à améliorer les recettes d’exportation et, par conséquent, les disponibilités extérieures de l’Union.

Le phénomène est particulièrement important pour les économies dont les importations restent élevées. Les recettes générées par les exportations de ressources naturelles permettent notamment de renforcer les capacités à financer les achats de biens, d’équipements et de produits énergétiques à l’étranger.

Mais cette amélioration des comptes extérieurs ne signifie pas automatiquement une transformation structurelle des économies.

Le véritable enjeu : créer davantage de valeur

C’est là que se situe le principal défi pour l’UEMOA.

Produire plus de pétrole et extraire davantage d’or permet d’accroître les exportations. Mais la question essentielle reste celle de la valeur créée localement.

Combien d’emplois sont générés ? Quelle part des revenus revient aux États ? Quelle proportion est captée par les entreprises locales ? Les recettes minières et pétrolières servent-elles à financer des infrastructures, l’éducation, la santé ou l’industrialisation ?

La réponse à ces questions déterminera la capacité des matières premières à transformer durablement les économies de l’Union.

Le risque serait de voir l’UEMOA accroître ses volumes d’exportation sans parvenir à développer suffisamment les chaînes de valeur locales.

L’or extrait au Sahel et le pétrole produit sur les côtes ouest-africaines peuvent alors continuer à quitter la région sous forme de matières premières, tandis qu’une grande partie de la transformation et de la valeur ajoutée se réalise ailleurs.

Vers une nouvelle géographie économique

La montée des hydrocarbures introduit également une nouvelle géographie des moteurs de croissance.

Le Burkina Faso et le Mali restent fortement associés à l’or. La Côte d’Ivoire combine désormais agriculture, industrie, hydrocarbures et potentiel minier. Le Sénégal voit également les hydrocarbures prendre une place croissante dans son économie.

Cette diversification des ressources peut renforcer la résilience de l’espace régional, à condition qu’elle ne conduise pas à une nouvelle dépendance.

Car dépendre de l’or expose aux fluctuations du cours du métal jaune. Dépendre du pétrole expose aux cycles du marché énergétique. Une économie véritablement résiliente doit donc utiliser les revenus tirés des ressources naturelles pour développer d’autres secteurs.

Une croissance de 6,7 % à transformer

La performance économique de 2025 donne à l’UEMOA une base favorable.

Avec une croissance de 6,7 %, l’Union a enregistré une accélération par rapport à 2024. La dynamique a été soutenue par les industries extractives, mais également par les services, la consommation et l’investissement.

Le défi est maintenant de transformer cette croissance quantitative en transformation économique.

L’exploitation pétrolière peut financer des infrastructures. L’or peut générer des recettes publiques. Les investissements miniers peuvent créer des emplois. Mais sans industrialisation, amélioration des infrastructures, développement du capital humain et renforcement du tissu entrepreneurial local, l’effet multiplicateur restera limité.

L’enjeu pour l’UEMOA n’est donc plus seulement de produire davantage de ressources naturelles. En 2025, l’Union a extrait davantage de pétrole et confirmé le poids stratégique de l’or. La prochaine bataille sera celle de la valeur : transformer les richesses du sous-sol et du littoral en davantage d’industries, d’emplois, de recettes publiques et de prospérité pour les économies de l’Union.

La Rédaction

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