Afrique : La BAD débloque plus de 4 millions USD pour faire du capital naturel un moteur des politiques publiques.
Forêts, terres agricoles, rivières, biodiversité… Longtemps considérées comme de simples ressources environnementales, ces richesses naturelles sont désormais perçues comme de véritables actifs économiques. En accordant un don de 4,23 millions de dollars à 13 pays africains, la Banque africaine de développement veut placer le capital naturel au cœur des décisions publiques et des stratégies de développement.
L’Afrique possède certains des plus importants patrimoines naturels de la planète. Des forêts tropicales du bassin du Congo aux vastes terres agricoles du Sahel, en passant par les réserves minières, les ressources en eau et une biodiversité exceptionnelle, le continent dispose d’un capital naturel considérable.
Pourtant, cette richesse reste encore insuffisamment prise en compte dans les politiques économiques.
Afin de combler cette lacune, le Fonds africain de développement (FAD), le guichet concessionnel du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), a approuvé un don de 4,23 millions de dollars américains, soit environ 2,33 milliards de francs CFA, pour financer la deuxième phase d’un programme consacré à l’intégration du capital naturel dans les politiques publiques de 13 pays africains.
L’ambition est de permettre aux États de mieux mesurer la valeur économique de leurs ressources naturelles et d’en faire un véritable levier de développement durable.
Le capital naturel, une richesse souvent invisible dans les comptes publics
Lorsqu’un pays évalue sa croissance économique, il s’appuie généralement sur des indicateurs comme le Produit intérieur brut (PIB).
Mais ces indicateurs ne tiennent pas toujours compte de la valeur des ressources naturelles utilisées pour produire cette richesse.
Une forêt, par exemple, ne fournit pas uniquement du bois.
Elle capte du carbone, protège les sols contre l’érosion, régule les ressources en eau, préserve la biodiversité et soutient les activités agricoles.
De la même manière, une rivière contribue à l’irrigation, à la production d’électricité, à la pêche et à l’approvisionnement en eau potable.
Toutes ces fonctions représentent une valeur économique réelle, même si elles ne figurent pas toujours dans les comptes nationaux.
C’est précisément cette richesse que le programme soutenu par la BAD entend mieux intégrer dans les décisions publiques.
Treize pays accompagnés vers une meilleure gouvernance des ressources naturelles
Le financement permettra de poursuivre la deuxième phase d’un programme destiné à aider treize pays africains à intégrer le capital naturel dans :
- leurs politiques publiques ;
- leurs plans nationaux de développement ;
- leurs stratégies budgétaires ;
- leurs mécanismes de financement.
Concrètement, les gouvernements bénéficieront d’un appui technique pour développer des systèmes de comptabilité du capital naturel conformes aux standards internationaux des Nations unies.
Ces outils permettront d’évaluer la contribution économique des ressources naturelles, de suivre leur évolution et d’intégrer ces informations dans les décisions d’investissement.
Pourquoi cette réforme est-elle importante ?
Pendant longtemps, l’exploitation des ressources naturelles a été analysée principalement sous l’angle des revenus immédiats.
Pourtant, une surexploitation des forêts, des terres agricoles ou des ressources en eau peut affaiblir durablement la croissance économique.
L’objectif de la BAD est donc de permettre aux gouvernements de prendre des décisions mieux éclairées.
Avant d’autoriser un projet d’exploitation forestière, minière ou agricole, les autorités pourront mieux mesurer les bénéfices économiques attendus mais aussi les coûts liés à la dégradation des écosystèmes.
Cette approche vise à favoriser une croissance plus durable et plus résiliente face aux changements climatiques.
Un outil pour attirer davantage de financements
L’intégration du capital naturel répond également à un enjeu financier.
Les bailleurs internationaux et les investisseurs accordent une importance croissante aux critères environnementaux dans leurs décisions de financement.
En disposant de données fiables sur la valeur de leurs ressources naturelles, les États africains pourront renforcer leur crédibilité auprès des partenaires financiers.
Cette meilleure connaissance de leurs actifs environnementaux pourrait faciliter l’accès aux financements climatiques, aux obligations vertes et aux investissements durables.
Une priorité stratégique pour un continent riche en ressources
L’Afrique concentre une part importante des ressources naturelles mondiales.
Le continent possède :
- d’importantes réserves minières stratégiques ;
- de vastes forêts tropicales ;
- des terres agricoles encore largement disponibles ;
- une biodiversité parmi les plus riches de la planète.
Pourtant, cette abondance ne s’est pas toujours traduite par une amélioration durable du niveau de vie des populations.
La BAD estime que la meilleure valorisation du capital naturel constitue l’une des clés pour transformer cette richesse en croissance inclusive.
Au-delà de l’environnement, un enjeu économique
Le programme ne relève pas uniquement de la protection de la nature.
Il s’agit également d’une réforme économique.
En intégrant le capital naturel dans les politiques publiques, les gouvernements disposeront d’indicateurs plus complets pour orienter leurs investissements, définir leurs priorités budgétaires et évaluer les conséquences économiques de leurs décisions.
Cette approche permettra également de mieux concilier croissance économique, protection de l’environnement et résilience climatique.
Une nouvelle vision de la richesse africaine
Pendant longtemps, les ressources naturelles ont été perçues comme des biens à exploiter.
La BAD propose désormais de les considérer comme un patrimoine économique qu’il convient de préserver autant que de valoriser.
L’investissement de 4,23 millions de dollars peut sembler modeste à l’échelle du continent.
Mais il constitue un signal fort : demain, la richesse d’un pays africain ne sera plus uniquement évaluée à travers son PIB ou ses recettes fiscales, mais aussi par sa capacité à gérer durablement son capital naturel.
Dans un contexte où le changement climatique redéfinit les modèles de développement, cette évolution pourrait devenir l’un des fondements d’une croissance plus résiliente et plus durable pour l’Afrique.
La Rédaction



