Mali–Maroc : Bamako réaffirme son soutien au plan d’autonomie marocain et ouvre une nouvelle étape de sa coopération avec Rabat.
La quatrième Grande Commission mixte de coopération, organisée après vingt-six années d’interruption, marque un tournant dans les relations entre les deux pays. Au-delà du rapprochement diplomatique, Bamako et Rabat affichent leur volonté d’intensifier leurs partenariats économiques, commerciaux et énergétiques.
Le Mali et le Maroc ont franchi une nouvelle étape dans le renforcement de leurs relations bilatérales. Réunis à Bamako du 21 au 24 juillet 2026, à l’occasion de la 4ᵉ session de la Grande Commission mixte de coopération maroco-malienne, les deux pays ont adopté un communiqué conjoint qui consacre à la fois un approfondissement de leur coopération économique et un rapprochement politique sur plusieurs dossiers internationaux.
Parmi les points majeurs du document figure la réaffirmation du soutien du Mali au plan d’autonomie proposé par le Royaume du Maroc pour le Sahara, position déjà exprimée par Bamako en avril dernier lors du retrait de sa reconnaissance de la « République arabe sahraouie démocratique (RASD) ».
Le communiqué a été signé sous la coprésidence du ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, et de son homologue malien, Abdoulaye Diop, à l’issue de quatre jours de travaux consacrés à la relance des mécanismes de coopération entre les deux États.
Une coopération relancée après vingt-six ans d’interruption
La tenue de cette quatrième Grande Commission mixte revêt une portée particulière.
Le mécanisme de coopération n’avait plus été réuni depuis plus d’un quart de siècle.
Sa relance traduit la volonté des deux gouvernements de donner une nouvelle impulsion aux relations bilatérales, dans un contexte marqué par la recomposition des partenariats en Afrique de l’Ouest.
Au cours des travaux, les délégations ont passé en revue l’ensemble des domaines de coopération afin d’identifier de nouvelles opportunités de partenariat.
Plusieurs secteurs prioritaires ont été mis en avant :
- le commerce et les investissements ;
- l’électricité et les énergies renouvelables ;
- les infrastructures ;
- l’agriculture ;
- la formation professionnelle ;
- l’enseignement supérieur ;
- la santé ;
- la coopération technique.
Cette approche traduit une volonté commune d’élargir les relations au-delà du seul cadre diplomatique.
Le Conseil d’affaires Maroc-Mali relancé
L’un des principaux résultats économiques de cette rencontre est la relance du Conseil d’affaires Maroc–Mali, officialisée lors du Forum économique organisé le 23 juillet à Bamako.
Plus de 300 opérateurs économiques des deux pays ont participé à cette rencontre destinée à favoriser les partenariats entre entreprises.
Les discussions ont porté notamment sur :
- les investissements privés ;
- l’énergie ;
- les infrastructures ;
- l’agro-industrie ;
- les services financiers.
Cette initiative vise à renforcer les échanges commerciaux, encore modestes au regard du potentiel économique des deux pays.
Le Maroc figure déjà parmi les investisseurs africains les plus actifs en Afrique de l’Ouest, notamment dans les secteurs bancaire, des assurances, des télécommunications, du BTP et de l’énergie.
Pour le Mali, cette relance ouvre de nouvelles perspectives pour attirer des capitaux, développer des projets structurants et diversifier ses partenariats économiques.
Le soutien au plan d’autonomie réaffirmé
Sur le plan diplomatique, le communiqué conjoint confirme la position exprimée par Bamako ces derniers mois.
Le Mali y réaffirme son soutien à l’intégrité territoriale du Royaume du Maroc et considère le plan marocain d’autonomie comme une base crédible pour parvenir à un règlement du différend relatif au Sahara.
Cette position s’inscrit dans la continuité de la décision prise par les autorités maliennes en avril 2026, lorsqu’elles avaient annoncé le retrait de la reconnaissance de la « RASD ».
Le communiqué fait également référence aux efforts conduits dans le cadre des Nations unies pour parvenir à une solution politique durable.
Une diplomatie au service des intérêts économiques
Au-delà de la dimension politique, cette rencontre illustre une tendance de plus en plus marquée dans les relations internationales africaines : la diplomatie économique.
Les deux gouvernements affichent leur volonté de faire des relations bilatérales un levier de développement.
Pour le Maroc, cette stratégie s’inscrit dans le renforcement de sa présence économique sur le continent, où ses entreprises occupent déjà une place importante dans plusieurs secteurs stratégiques.
Pour le Mali, la diversification des partenariats économiques constitue un axe majeur de sa politique extérieure.
Le développement des investissements, des infrastructures énergétiques et des échanges commerciaux figure parmi les priorités des autorités de la Transition.
L’énergie au cœur des nouveaux partenariats
Parmi les secteurs identifiés comme prioritaires, l’électricité et les énergies renouvelables occupent une place centrale.
Le Maroc dispose d’une expertise reconnue dans le développement de grands projets solaires et éoliens, tandis que le Mali cherche à renforcer son offre énergétique afin de soutenir sa croissance économique.
Le rapprochement entre les deux pays pourrait ainsi favoriser la mise en œuvre de projets communs dans la production, le transport et la distribution d’électricité.
Une coopération renforcée dans ce domaine contribuerait également à améliorer l’accès à l’énergie, un facteur essentiel pour l’industrialisation et la compétitivité des entreprises.
Une coopération appelée à s’intensifier
La reprise des travaux de la Grande Commission mixte ne constitue qu’une première étape.
Les deux gouvernements ont exprimé leur volonté de renforcer le suivi des engagements pris à Bamako afin d’accélérer leur mise en œuvre.
L’objectif est de transformer les déclarations politiques en projets concrets bénéficiant aux entreprises, aux investisseurs et aux populations.
Cette dynamique pourrait également favoriser une augmentation des échanges commerciaux entre les deux pays, encore largement en dessous de leur potentiel.
Un partenariat qui dépasse désormais le cadre diplomatique
La quatrième Grande Commission mixte de coopération marque un tournant dans les relations entre le Mali et le Maroc.
En réaffirmant leur proximité politique tout en relançant plusieurs mécanismes de coopération économique, les deux pays montrent leur volonté de construire un partenariat plus structuré et davantage orienté vers les investissements, le commerce et le développement.
Pour Bamako, cette relance représente une opportunité de diversifier ses partenariats stratégiques et d’attirer de nouveaux projets dans des secteurs clés tels que l’énergie, les infrastructures et les services.
Au-delà des positions diplomatiques exprimées dans le communiqué conjoint, le véritable enjeu résidera désormais dans la capacité des deux États à traduire leurs engagements en réalisations concrètes, créatrices de croissance, d’emplois et d’opportunités pour leurs économies respectives.
La Rédaction



