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UEMOA : Le Mali appelé à prendre les rênes du dialogue social régional en 2027.

Le Mali devrait prendre la présidence du Bureau du Conseil du Travail et du Dialogue social de l’UEMOA pour la période 2027-2031. L’annonce intervient alors que l’Union fait face à des défis croissants en matière d’emploi, de protection sociale et de stabilité des relations professionnelles.

Le Mali s’apprête à prendre davantage de responsabilités dans la gouvernance sociale de l’espace UEMOA. Bamako est appelé à assurer la présidence de la sixième mandature du Bureau du Conseil du Travail et du Dialogue social (CTDS) pour la période 2027-2031, selon la Commission de l’Union économique et monétaire ouest-africaine.

La perspective a été évoquée à l’occasion de la 17e Assemblée générale du CTDS, tenue les 6 et 7 octobre 2026 à Bamako. Elle intervient à un moment où les questions d’emploi, de protection sociale et de stabilité des relations professionnelles prennent une importance croissante dans les économies de l’Union.

Une responsabilité régionale pour Bamako

L’annonce a été portée à la connaissance du ministre malien du Travail, de la Fonction publique et du Dialogue social, Fassoun Coulibaly, par le commissaire de l’UEMOA chargé du Développement humain, Mamadù Serifo Jaquite, lors d’une rencontre tenue le 5 octobre à Bamako.

Le ministre a salué la perspective et assuré la Commission de l’UEMOA de la disponibilité du Mali à travailler avec elle afin de faire de cette future mandature un succès.

Il convient toutefois de préciser que le Mali est appelé à assurer cette présidence : la mandature 2027-2031 n’a pas encore commencé. Cette nuance est importante, alors que les travaux de la 17e Assemblée générale viennent tout juste de s’achever.

Le dialogue social, un enjeu économique

Derrière l’intitulé institutionnel du CTDS se trouve une question très concrète pour les économies de l’UEMOA : comment maintenir un environnement de travail suffisamment stable pour soutenir l’investissement, l’emploi et la productivité ?

Créé en mars 2009, le CTDS est un organe consultatif de l’UEMOA chargé d’associer les acteurs non étatiques au processus d’intégration régionale. Il compte 72 membres, représentant les gouvernements, les organisations d’employeurs, les travailleurs et la société civile des huit États membres.

Le Conseil examine notamment les questions susceptibles d’avoir un impact social sur l’Union et formule des avis et recommandations à destination des institutions communautaires.

Autrement dit, le CTDS ne décide pas directement des politiques économiques de l’UEMOA. Il intervient plutôt en amont, en apportant la voix des partenaires sociaux sur les réformes et les décisions susceptibles d’avoir des conséquences sur les travailleurs et les entreprises.

Emploi et protection sociale au cœur des priorités

La future présidence malienne devrait s’inscrire dans un agenda social déjà chargé.

La Commission de l’UEMOA travaille notamment avec l’Organisation internationale du Travail sur un programme consacré à l’emploi. Elle poursuit également la mise en œuvre d’une stratégie régionale de protection sociale adoptée le 2 octobre 2026 par le Conseil des ministres de l’Union.

Ces chantiers prennent une importance particulière dans une région où les États doivent simultanément stimuler la création d’emplois, améliorer la couverture sociale et préserver la compétitivité des entreprises.

Pour le secteur privé, la stabilité des relations professionnelles constitue également un facteur de visibilité. Pour les travailleurs, elle doit s’accompagner de mécanismes permettant de mieux sécuriser les parcours professionnels.

La question des travailleurs migrants

Autre dossier suivi au niveau communautaire : la portabilité des droits sociaux des travailleurs migrants.

Le problème est simple en apparence. Un travailleur peut exercer successivement dans plusieurs pays de l’UEMOA, mais ses droits sociaux ne suivent pas toujours facilement son parcours professionnel.

Le CTDS travaille donc sur les conditions permettant d’assurer une meilleure continuité de ces droits. Une mission de l’organe s’était d’ailleurs rendue fin septembre à Bamako pour échanger avec l’Institut national de Prévoyance sociale (INPS) et la Caisse nationale d’Assurance maladie (CANAM) sur cette problématique.

L’enjeu dépasse la seule protection sociale. Une meilleure mobilité des travailleurs suppose également que leurs droits puissent être reconnus et préservés lorsqu’ils franchissent les frontières au sein de l’espace communautaire.

Bamako défend le dialogue social comme outil de résilience

À l’ouverture de l’Assemblée générale, le ministre Fassoun Coulibaly a replacé la rencontre dans un contexte régional marqué par des défis économiques, sociaux et sécuritaires.

Selon lui, la stabilité sociale est devenue une condition essentielle de la cohésion nationale, de la paix sociale et de la résilience des économies. Le dialogue social doit ainsi servir non seulement à prévenir les conflits du travail, mais également à accompagner les politiques publiques.

Le Mali s’appuie notamment sur son expérience du Pacte de stabilité sociale et de croissance signé le 25 août 2023 entre le gouvernement, le patronat et les organisations syndicales de travailleurs. Le gouvernement affirme que sa mise en œuvre a permis des avancées dans plusieurs domaines liés au dialogue social, aux conditions de vie des travailleurs et aux réformes du travail et de la protection sociale.

Un mandat qui devra produire des résultats

La future présidence malienne du CTDS ne devrait donc pas seulement être évaluée à l’aune de la représentation institutionnelle de Bamako.

Elle sera surtout attendue sur sa capacité à faire avancer des dossiers qui touchent directement les économies de la région : emploi, prévention des conflits professionnels, protection sociale, mobilité des travailleurs et concertation entre États, employeurs et syndicats.

Le CTDS dispose déjà d’un historique de travaux sur des sujets tels que la couverture du risque maladie, la portabilité des droits des travailleurs migrants, l’égalité de traitement en milieu professionnel, la responsabilité sociale des entreprises et la prévention des conflits du travail.

Pour le Mali, la présidence annoncée offre donc une plateforme pour porter ces questions à l’échelle communautaire.

Mais elle implique également une exigence : transformer le dialogue social en un véritable instrument de performance économique.

Dans une UEMOA confrontée à la nécessité de créer des emplois, de sécuriser les parcours professionnels et de maintenir la compétitivité de ses entreprises, la stabilité sociale n’est plus un simple sujet de relations de travail. Pour le Mali, la présidence annoncée du CTDS en 2027 sera surtout l’occasion de démontrer qu’un dialogue social efficace peut aussi devenir un levier de croissance et de résilience économique.

La Rédaction

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