Sénégal : Le chiffre d’affaires de la construction plonge de 22,1 % au deuxième trimestre 2026.
Le secteur sénégalais de la construction a connu un net retournement au deuxième trimestre 2026. Après une progression de 1,6 % au premier trimestre, son chiffre d’affaires s’est contracté de 22,1 % sur un an. Le recul touche à la fois les activités spécialisées, le génie civil et la construction de bâtiments.
Un brutal changement de rythme
Le secteur de la construction sénégalais marque un coup d’arrêt au deuxième trimestre 2026. Selon les données de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), le chiffre d’affaires du secteur a diminué de 22,1 % entre avril et juin 2026, comparativement à la même période de 2025.
Le mouvement est d’autant plus notable qu’il intervient après une évolution positive au premier trimestre. Entre janvier et mars, le chiffre d’affaires de la construction avait encore progressé de 1,6 % sur un an, porté notamment par les activités spécialisées.
Le retournement du deuxième trimestre ramène ainsi la performance cumulée du secteur sur les six premiers mois de l’année à -10,2 % par rapport au premier semestre 2025.
Trois branches dans le rouge
La baisse ne se limite pas à une seule composante du secteur. Les trois grandes catégories suivies par l’ANSD enregistrent une contraction au deuxième trimestre.
Les activités spécialisées de construction affichent le recul le plus marqué, avec un chiffre d’affaires en baisse de 38,7 % sur un an. Elles regroupent notamment différents travaux intervenant dans la réalisation ou la finition des bâtiments.
Le génie civil suit avec une contraction de 29 %. Ce segment comprend notamment les grands ouvrages et infrastructures tels que les routes, ponts, réseaux et autres équipements de génie civil.
La construction de bâtiments résiste davantage, mais reste dans le rouge avec un recul de 11,9 % sur un an.
Cette baisse généralisée suggère donc un ralentissement qui dépasse le simple décalage d’activité d’une branche particulière.
Un contraste au sein même du bâtiment
Les chiffres détaillés révèlent toutefois des évolutions différentes à l’intérieur des activités de construction.
Dans la construction de bâtiments, le chiffre d’affaires des travaux réalisés pour compte de tiers recule de 17 %. À l’inverse, la promotion immobilière progresse de 31,7 % sur la période.
Cette divergence est importante. Elle signifie que le ralentissement observé dans la construction ne se traduit pas nécessairement par un arrêt de l’activité immobilière. Certains opérateurs continuent à développer des projets ou à commercialiser des biens, alors que l’activité de construction proprement dite connaît une contraction importante.
Le phénomène invite donc à distinguer deux indicateurs souvent associés dans le débat public : l’évolution de l’activité des entreprises de construction et celle du marché immobilier.
Les coûts des chantiers continuent pourtant d’augmenter
Autre élément à prendre en compte : la baisse du chiffre d’affaires intervient alors que les coûts de construction ne suivent pas la même trajectoire.
Selon l’ANSD, les coûts des Bâtiments et Travaux publics ont augmenté de 1 % au deuxième trimestre 2026 par rapport au trimestre précédent. Les coûts de construction des bâtiments ont progressé de 1,4 %, tandis que ceux des ouvrages de génie civil ont augmenté de 1,1 %. Les travaux spécialisés ont, eux, enregistré un recul de 0,6 %.
Pour les logements neufs, l’indice du coût de construction a également progressé de 1,4 % au deuxième trimestre. Les matériaux de construction ont augmenté de 1,5 % et la main-d’œuvre de 1,3 %.
Cette situation crée un environnement particulièrement contraignant pour les entreprises : l’activité commerciale ralentit tandis que plusieurs composantes du coût des chantiers continuent de progresser.
Le cas des matériaux : une pression toujours présente
Les données de l’ANSD montrent notamment une progression des prix de plusieurs matériaux au cours du trimestre. Le fer à béton, le sable et les granulats ont enregistré des hausses, tandis que les matériaux utilisés dans les travaux électriques ont connu une progression particulièrement sensible.
Les matériaux électriques ont augmenté de 6 % sur le trimestre, sous l’effet notamment de la progression du prix des câbles, dans un contexte marqué par la hausse du cours du cuivre sur les marchés internationaux.
Le coût de la main-d’œuvre a également progressé. Sur un an, l’augmentation atteint 3,1 % pour la main-d’œuvre dans l’indice du coût de construction des logements neufs.
Le secteur évolue donc dans une équation difficile : moins de chiffre d’affaires, mais des coûts qui restent sous pression.
L’immobilier échappe pour l’instant au ralentissement
Le contraste avec les services immobiliers constitue probablement l’un des enseignements les plus intéressants des statistiques du deuxième trimestre.
Alors que la construction recule de 22,1 %, le chiffre d’affaires des services immobiliers progresse de 26,5 % sur un an. Cette hausse est portée à la fois par les activités de location immobilière et les opérations sur biens propres, en progression de 26,8 %, ainsi que par les activités des agences immobilières, en hausse de 15,3 %.
Sur l’ensemble du premier semestre, les services immobiliers affichent même une croissance de 24 %.
Le marché apparaît ainsi plus nuancé qu’un simple scénario de crise immobilière. La faiblesse de la construction coexiste avec une activité soutenue dans certains services liés à l’immobilier.
Un signal à surveiller pour l’économie sénégalaise
Le secteur de la construction occupe une place importante dans l’activité économique en raison de ses liens avec de nombreuses branches : ciment, fer, matériaux électriques, transport, services techniques, main-d’œuvre et financement.
Son recul de 22,1 % constitue donc un indicateur à surveiller, notamment si la tendance devait se prolonger au-delà du deuxième trimestre.
Mais les statistiques disponibles ne permettent pas encore de conclure à un ralentissement généralisé de l’économie sénégalaise. Au deuxième trimestre, le chiffre d’affaires de l’industrie a, par exemple, progressé de 10,8 % sur un an, tandis que les services immobiliers ont fortement augmenté.
Le véritable enjeu sera donc de déterminer si la chute de l’activité de construction correspond à un épisode ponctuel ou au début d’une phase de ralentissement plus durable.
Pour l’heure, les chiffres de l’ANSD dessinent une économie à plusieurs vitesses : pendant que les chantiers ralentissent fortement, certaines activités industrielles et immobilières continuent d’avancer. Au Sénégal, le prochain trimestre dira si le choc de la construction n’était qu’un passage à vide ou le premier signal d’un réajustement plus profond du cycle de l’investissement.
La Rédaction



