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Mali–Royaume-Uni : Bamako veut transformer une relation modeste en partenariat économique.

À Bamako, le Mali affiche sa volonté de donner une nouvelle dimension à sa coopération avec le Royaume-Uni. Investissements, commerce, partenariats privés et transformation économique étaient au cœur des échanges entre le ministre des Affaires étrangères Abdoulaye Diop et Charlotte Pierre, nouvelle directrice Afrique du Foreign, Commonwealth & Development Office (FCDO). Une ambition qui se heurte toutefois à une réalité : les échanges commerciaux entre les deux pays restent encore très faibles et fortement déséquilibrés.

Le Mali cherche à élargir son cercle de partenaires économiques. À Bamako, cette stratégie passe désormais aussi par Londres. Le ministre malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop, a reçu mardi 8 septembre 2026 Charlotte Pierre, directrice Afrique du Foreign, Commonwealth & Development Office britannique.

Pour la diplomate britannique, cette visite constitue la première mission de terrain au Mali depuis sa prise de fonctions. Elle intervient dans un contexte où Bamako souhaite diversifier ses partenariats internationaux et attirer davantage de capitaux privés.

Au-delà du dialogue politique, les discussions ont porté sur un sujet qui intéresse directement l’économie malienne : comment faire passer la relation entre Bamako et Londres à une nouvelle étape, davantage tournée vers l’investissement et les échanges commerciaux ?

Du dialogue diplomatique aux opportunités économiques

Le message porté par Bamako est relativement clair : la coopération avec le Royaume-Uni ne doit pas se limiter à l’aide au développement ou aux échanges institutionnels.

Les deux parties ont notamment évoqué les investissements productifs, le commerce et les événements susceptibles de rapprocher les entreprises maliennes et britanniques.

Dans cette perspective, Abdoulaye Diop a annoncé la tenue prochaine à Bamako du Forum « Mali-Kura ». L’objectif affiché est de favoriser les partenariats et de contribuer à la transformation de l’économie malienne en attirant davantage d’investisseurs.

Le calendrier précis du forum, les secteurs concernés et les entreprises qui devraient y participer restent toutefois à préciser.

Cette orientation traduit une évolution importante de l’approche malienne : il ne s’agit plus seulement de rechercher des appuis extérieurs, mais également de créer des conditions permettant au secteur privé de prendre une place plus importante dans la relation bilatérale.

55 millions de livres d’échanges, un volume encore très limité

Les chiffres britanniques permettent de mesurer l’ampleur du défi.

Au cours des douze mois ayant pris fin en mars 2026, le commerce de biens et services entre le Mali et le Royaume-Uni s’est établi à 55 millions de livres sterling, soit environ une progression de 3,8 % sur un an.

Mais derrière cette progression se cache un déséquilibre considérable.

Les exportations britanniques vers le Mali ont représenté 54 millions de livres, tandis que les importations britanniques en provenance du Mali n’ont atteint qu’environ 1 million de livres.

Autrement dit, pour chaque livre de produits ou services maliens achetée par le Royaume-Uni, les entreprises britanniques ont vendu environ 54 livres au marché malien.

Le Mali ne représente ainsi qu’une part inférieure à 0,1 % du commerce extérieur britannique et se situe au 174e rang des partenaires commerciaux du Royaume-Uni sur la période considérée.

Ces chiffres donnent toute sa portée à l’ambition affichée par Bamako. La marge de progression est importante, mais elle suppose de développer les capacités d’exportation maliennes et d’attirer davantage d’investissements britanniques.

Les services britanniques dominent les échanges

La structure du commerce apporte un autre enseignement.

Sur les 55 millions de livres d’échanges enregistrés sur les quatre trimestres à fin mars 2026, les services représentaient 32 millions de livres, contre 23 millions pour les biens.

Du côté des exportations britanniques vers le Mali, les services pesaient également 32 millions de livres, soit près de 60 % du total, contre 22 millions pour les marchandises.

Cette configuration montre que la relation économique ne se limite pas au commerce de produits physiques. Elle ouvre aussi une réflexion sur les services, les compétences, la finance, l’expertise et les solutions destinées aux entreprises et aux institutions.

Pour Bamako, l’enjeu sera donc de parvenir à capter une partie de cette valeur à travers des partenariats permettant aux entreprises maliennes d’accéder aux marchés, aux technologies, aux compétences et aux réseaux internationaux.

Une relation encore marquée par l’aide au développement

La coopération économique ne constitue pas le seul pilier de la relation.

Le Royaume-Uni continue de financer des programmes d’aide au Mali. En mars 2026, Londres indiquait avoir consacré environ 55 millions de dollars au Mali au cours de l’exercice budgétaire alors en cours, notamment dans les secteurs de la santé, de l’éducation et de l’aide humanitaire destinée aux populations déplacées.

D’autres programmes britanniques ont porté sur la justice, la gestion foncière, la prévention des conflits ainsi que la réponse aux crises climatiques et alimentaires dans la région du Sahel.

Cette dimension reste importante, mais le discours tenu à Bamako semble désormais vouloir élargir le champ de la coopération : de l’aide vers l’investissement, de l’assistance vers le partenariat économique et du financement de projets vers la création d’activités.

Un contexte géopolitique qui reste incontournable

La rencontre entre Abdoulaye Diop et Charlotte Pierre n’a cependant pas été exclusivement économique.

Le ministre malien a également présenté à la délégation britannique la position de Bamako sur la Confédération des États du Sahel (AES) et les enjeux sécuritaires dans la région.

Il a par ailleurs sollicité l’appui du Royaume-Uni, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, afin d’encourager certains acteurs internationaux, notamment l’Ukraine, à adopter selon Bamako une approche plus constructive à l’égard des États sahéliens.

Cette question renvoie au différend entre Bamako et Kyiv né après les combats de Tinzaouatène en juillet 2024. Le Mali avait ensuite rompu ses relations diplomatiques avec l’Ukraine, tandis que Kyiv avait rejeté les accusations portées contre lui.

Pour Londres, la réponse semble privilégier la poursuite d’un dialogue « franc et direct » ainsi que la diversification de la coopération avec le Mali. La question politique demeure donc étroitement imbriquée à l’agenda économique.

Le véritable défi, faire passer les intentions aux investissements

L’intérêt de cette nouvelle séquence diplomatique réside finalement moins dans les déclarations que dans ce qui pourra être concrétisé.

Le Royaume-Uni dispose d’un écosystème financier, technologique et entrepreneurial susceptible d’intéresser le Mali. De son côté, le Mali dispose d’opportunités dans plusieurs secteurs de son économie et cherche à attirer davantage de capitaux et de partenaires capables d’accompagner sa transformation.

Mais le faible niveau actuel des échanges montre que le potentiel ne suffit pas.

Le défi sera de construire des mécanismes capables de rapprocher concrètement les entreprises, de faciliter l’accès à l’information économique, de sécuriser les investissements et surtout de permettre aux entreprises maliennes d’exporter davantage.

La création de cadres d’affaires et de forums économiques peut constituer une première étape. Elle devra cependant être suivie de projets, de contrats et d’investissements mesurables.

Londres, un partenaire parmi d’autres dans la stratégie de diversification

Cette ouverture vers le Royaume-Uni s’inscrit dans une volonté plus large du Mali de diversifier ses relations économiques internationales.

Pour Bamako, l’enjeu est de multiplier les sources de financement, les débouchés commerciaux et les partenariats technologiques, tout en conservant une capacité de négociation et une autonomie dans le choix de ses partenaires.

Le Royaume-Uni peut donc représenter une opportunité supplémentaire. Mais le passage du potentiel à la réalité dépendra de la capacité des deux pays à construire une relation économique plus équilibrée.

La diplomatie ouvre les portes. Les investissements, eux, diront si elles sont réellement franchies.

La Rédaction

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