Hydrocarbures : Moussa Diao et Hervé Bouvet prennent les commandes d’Oryx Energies dans un deal à 587 milliards FCFA.
Le Sénégalais Moussa Diao, directeur général du groupe, et le Français Hervé Bouvet, responsable du trading, ont acquis le contrôle majoritaire d’Oryx Energies, selon plusieurs médias économiques. La transaction est évaluée à environ un milliard de dollars. Elle place deux dirigeants issus de l’entreprise à la tête d’un important réseau africain de distribution de carburants, présent notamment au Mali.
Un changement de propriétaire se dessine au sommet d’Oryx Energies. Le groupe suisse spécialisé dans le négoce, le stockage et la distribution de produits pétroliers passe sous le contrôle majoritaire de deux de ses dirigeants : le Sénégalais Moussa Diao et le Français Hervé Bouvet. Selon les informations rapportées par Africa Intelligence, EcoMatin et Financial Afrik, l’opération est évaluée à environ un milliard de dollars, soit près de 587 milliards de FCFA.
L’accord de cession aurait été signé le 2 octobre 2026. Cette opération marque une nouvelle étape pour le groupe fondé par l’homme d’affaires suisse Jean-Claude Gandur, dont la holding AOG était jusqu’ici l’actionnaire de référence.
Au 13 octobre 2026, Oryx Energies n’avait toutefois pas publié de communiqué officiel détaillant les conditions de la transaction. La répartition exacte du capital entre les nouveaux propriétaires et les modalités financières du rachat restent donc à préciser.
Une reprise par les dirigeants de l’entreprise
L’opération relève d’un rachat par le management, une formule dans laquelle les responsables d’une entreprise deviennent eux-mêmes ses principaux actionnaires. Elle permet à Moussa Diao et Hervé Bouvet de passer de la direction opérationnelle au contrôle du capital.
Moussa Diao connaît le groupe depuis longtemps. Il l’a rejoint en 1999 comme trader junior, avant d’occuper plusieurs fonctions commerciales et régionales. Il a été nommé directeur général en février 2019. Ingénieur diplômé de l’École polytechnique fédérale de Lausanne, il est également titulaire d’un master en politique énergétique de l’Institut français du pétrole.
À ses côtés, Hervé Bouvet apporte son expérience du négoce pétrolier international. Il occupe des responsabilités dans les activités de trading du groupe, notamment à travers Addax Energy.
Cette association réunit ainsi deux compétences essentielles pour l’entreprise : la direction générale et la maîtrise des opérations commerciales d’approvisionnement en hydrocarbures.
Un réseau de distribution qui couvre plusieurs marchés africains
L’intérêt stratégique de l’opération tient aussi à l’ampleur des activités d’Oryx Energies. Le groupe intervient dans l’importation, le stockage, le transport et la distribution de produits pétroliers. Son portefeuille comprend notamment l’essence, le gazole, le gaz de pétrole liquéfié (GPL), les lubrifiants et les carburants destinés au transport maritime.
Selon les données communiquées par l’entreprise, Oryx est présent dans plus de 30 pays africains, avec des activités établies dans 17 pays. Le groupe revendique plus de 410 stations-service, 11 terminaux majeurs, une capacité de stockage proche d’un million de mètres cubes et environ 9,4 millions de tonnes de produits pétroliers vendues par an. Il emploie plus de 1 800 personnes.
L’Afrique de l’Ouest constitue un marché important pour le distributeur, notamment au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Bénin, au Togo, au Mali, au Burkina Faso, en Guinée et en Mauritanie.
Cette implantation repose sur des infrastructures qui jouent un rôle important dans l’approvisionnement des marchés : les produits doivent être achetés, acheminés, stockés puis distribués aux consommateurs et aux entreprises. La maîtrise de cette chaîne logistique constitue un avantage stratégique dans des pays qui dépendent largement des importations de carburants raffinés.
Une opération qui met fin à une offre concurrente
La reprise intervient après une tentative concurrente menée par le financier américano-burkinabè Simon Tiemtoré, président de Lilium Capital. Selon plusieurs médias, celui-ci souhaitait acquérir les activités africaines d’Oryx, comprenant notamment son réseau de stations-service et ses activités de distribution de carburants, de GPL et de lubrifiants.
Les négociations n’ont finalement pas abouti, laissant la voie ouverte à la reprise par les dirigeants en place.
Concernant le financement de l’opération, EcoMatin rapporte qu’un consortium bancaire, comprenant notamment Afreximbank, aurait participé au montage. Toutefois, les conditions précises du financement, les engagements éventuels des acquéreurs et la répartition finale des parts n’ont pas été publiquement détaillés dans les sources consultées.
Ces informations devront être confirmées par des communications plus précises avant de tirer des conclusions sur le niveau d’endettement associé au rachat.
Quels enjeux pour le Mali et l’Afrique de l’Ouest ?
Pour le Mali, où Oryx Energies figure parmi les acteurs présents dans la distribution des produits pétroliers, cette évolution de l’actionnariat mérite une attention particulière. Le changement de contrôle ne signifie pas automatiquement une modification des prix à la pompe ou des conditions d’approvisionnement. Ces éléments dépendent aussi des coûts d’importation, du transport, de la fiscalité, de la réglementation et de la concurrence sur le marché.
La question est plutôt de savoir si les nouveaux actionnaires poursuivront les investissements dans les infrastructures logistiques et la distribution, et comment ils entendront renforcer la compétitivité du groupe dans les différents pays où il opère.
Le secteur reste exposé à la volatilité des cours internationaux, aux tensions géopolitiques et aux fluctuations monétaires. Dans ce contexte, disposer de capacités de stockage et d’un réseau de distribution étendu peut aider à organiser les approvisionnements, sans toutefois protéger totalement l’entreprise contre les variations des prix mondiaux.
Un nouveau chapitre pour Oryx Energies
Avec cette transaction estimée à près de 587 milliards de FCFA, Moussa Diao et Hervé Bouvet prennent le contrôle d’un acteur important de la chaîne pétrolière africaine. Pour le groupe, l’enjeu sera désormais de maintenir ses positions, de financer ses activités et de poursuivre son développement sur des marchés où l’énergie demeure essentielle au fonctionnement des économies.
Mais la portée de cette opération ne se mesurera pas uniquement au montant du rachat. Elle dépendra aussi de la stratégie que les nouveaux propriétaires mettront en œuvre, des investissements qu’ils engageront et de la capacité d’Oryx Energies à assurer durablement l’approvisionnement de ses marchés. Dans une région où le carburant reste un intrant décisif pour le transport, l’agriculture et les entreprises, le véritable enjeu sera de transformer ce changement de contrôle en performance économique durable.
La Rédaction



