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Deep Space Exploration : La Chine lance une nouvelle revue scientifique et ouvre une fenêtre pour l’expertise africaine.

À Hefei, Pékin veut aussi peser sur la production mondiale des connaissances spatiales

La Chine ne veut plus seulement multiplier les missions vers la Lune, Mars ou les astéroïdes. Elle entend également contribuer à définir les connaissances, les débats scientifiques et les orientations qui accompagneront la prochaine génération de l’exploration spatiale.

C’est dans cette logique qu’une nouvelle revue scientifique internationale, baptisée Deep Space Exploration, a officiellement vu le jour le 3 septembre 2026 à Hefei, dans la province chinoise de l’Anhui. Son lancement est intervenu à l’ouverture de l’International Deep Space Exploration Conference 2026, organisée les 3 et 4 septembre autour du thème « Sustainable Deep Space Exploration — Opportunities and Challenges », soit « Exploration durable de l’espace lointain : opportunités et défis ».

Derrière cette création éditoriale se joue un enjeu qui dépasse largement le monde académique : celui de la capacité à produire, organiser et diffuser les connaissances nécessaires à une industrie spatiale appelée à prendre une importance croissante dans l’économie mondiale.

Une revue conçue comme une plateforme scientifique internationale

Deep Space Exploration est publiée sous l’égide de l’International Deep Space Exploration Society, du Harbin Institute of Technology et du Deep Space Exploration Laboratory. Elle adopte les standards internationaux de l’évaluation scientifique par les pairs, un système dans lequel les travaux soumis sont examinés par des spécialistes indépendants avant publication.

La revue entend couvrir un champ particulièrement large. Ses travaux porteront notamment sur les sciences spatiales, l’ingénierie et les technologies aérospatiales, les disciplines scientifiques émergentes et interdisciplinaires, mais aussi sur les questions stratégiques, les politiques publiques et la gouvernance de l’espace.

Cette dernière dimension est loin d’être secondaire.

L’exploration spatiale n’est plus uniquement une affaire de fusées et de missions scientifiques. Elle soulève désormais des questions de réglementation, de coopération internationale, de sécurité, de gestion des ressources, de données et de gouvernance d’un environnement appelé à devenir de plus en plus stratégique.

La nouvelle revue veut donc se situer à l’intersection de la science, de la technologie et des grandes questions qui accompagnent l’expansion des activités humaines au-delà de la Terre.

57 experts issus de 23 pays et régions

Pour donner à la publication une véritable dimension internationale, son premier comité éditorial réunit 57 scientifiques et experts provenant de 23 pays et régions.

La revue est placée sous la direction de deux scientifiques chinois de premier plan : Wu Weiren, académicien de l’Académie chinoise d’ingénierie et figure majeure du programme chinois d’exploration lunaire, et Chen Jie, également académicien de l’Académie chinoise d’ingénierie et professeur au Harbin Institute of Technology.

Le premier numéro donne déjà une indication de l’ambition scientifique affichée. Il rassemble des travaux consacrés notamment à l’exploration de la Lune et de Mars, à la défense contre les astéroïdes et aux sciences planétaires. Les lecteurs peuvent désormais consulter les travaux de la revue en ligne.

Le choix de ces thèmes n’est pas anodin. Ils correspondent précisément aux domaines dans lesquels les grandes puissances spatiales investissent aujourd’hui des moyens considérables.

Hefei, nouvelle vitrine de l’ambition spatiale chinoise

Le lancement de Deep Space Exploration s’inscrit dans une dynamique plus large.

La conférence de Hefei a réuni environ 400 participants, dont près de 100 représentants étrangers issus de plus de 40 pays, régions et organisations internationales. Des experts d’agences spatiales, d’universités et d’instituts de recherche ont participé aux discussions consacrées à l’avenir de l’exploration spatiale.

La rencontre a également donné lieu à plusieurs accords de coopération et à la présentation de nouveaux partenariats scientifiques.

Cette mobilisation internationale intervient alors que la Chine cherche à renforcer son rôle dans l’exploration spatiale. L’International Deep Space Exploration Society, qui participe au lancement de la revue, a elle-même été créée à Hefei en juillet 2025. Elle a été fondée par plusieurs institutions chinoises et internationales, dont le Deep Space Exploration Laboratory, le Lunar Exploration and Space Engineering Center et des organisations scientifiques françaises.

Le Deep Space Exploration Laboratory, installé à Hefei, constitue par ailleurs l’une des structures chinoises consacrées aux recherches stratégiques et fondamentales sur l’exploration de l’espace lointain. Il est construit conjointement par la China National Space Administration, le gouvernement de la province de l’Anhui et l’Université des sciences et technologies de Chine.

Autrement dit, Hefei ne cherche pas seulement à accueillir une conférence. La ville devient progressivement l’un des points d’ancrage de l’écosystème chinois de l’exploration de l’espace lointain.

La Chine prépare déjà les prochaines étapes vers Mars

Le lancement de la revue intervient également à un moment où les ambitions scientifiques chinoises dépassent largement l’orbite terrestre et la Lune.

La Chine prépare notamment Tianwen-3, une mission destinée à rapporter sur Terre des échantillons provenant de Mars. Le projet vise notamment à rechercher des indices permettant de mieux comprendre l’existence éventuelle d’une vie ancienne sur la planète rouge. Le lancement est envisagé autour de 2028, avec un retour des échantillons prévu à l’horizon 2031 selon les informations actuellement disponibles.

La publication d’une revue spécialisée dans l’exploration de l’espace lointain prend donc une dimension particulière. Elle accompagne une période où les programmes spatiaux deviennent de plus en plus complexes, coûteux et internationaux.

À mesure que les missions progressent vers Mars, les astéroïdes et les autres corps du système solaire, la capacité à partager les résultats scientifiques et à coordonner les expertises devient elle-même une infrastructure stratégique.

Un détail qui intéresse particulièrement l’Afrique

L’un des éléments les plus remarqués autour du lancement de la revue est la présence africaine au sein de son premier comité éditorial.

Le Sénégal y est représenté par Maram Kairé, directeur général de l’Agence sénégalaise d’études spatiales, nommé Associate Editor de la publication.

Sa nomination a été officialisée le 3 septembre à Hefei. Selon le quotidien sénégalais Le Soleil, il participera à l’évaluation des travaux scientifiques soumis à la revue ainsi qu’à son orientation éditoriale et scientifique.

Cette présence donne au lancement de Deep Space Exploration une résonance particulière en Afrique de l’Ouest.

Pour Maram Kairé, cette nomination dépasse sa seule trajectoire personnelle. Il y voit également une reconnaissance du chemin parcouru par le Sénégal dans le domaine spatial et un signal adressé à la jeunesse et à la communauté scientifique africaines.

Pour l’Afrique, l’enjeu n’est plus seulement d’utiliser les technologies spatiales

La présence sénégalaise au sein du comité éditorial soulève une question plus large : quelle place les pays africains veulent-ils occuper dans la nouvelle économie spatiale ?

Pendant longtemps, l’espace a été considéré comme un domaine réservé aux États disposant de budgets scientifiques et militaires considérables. Cette réalité évolue progressivement.

Les satellites sont désormais utilisés pour l’agriculture, la météorologie, la cartographie, la gestion des ressources naturelles, les télécommunications, la prévention des catastrophes ou encore la surveillance environnementale.

Pour les économies africaines, l’enjeu ne consiste donc plus uniquement à acheter ou à utiliser des données produites ailleurs. Il consiste aussi à développer des compétences capables de produire ces données, de construire les outils nécessaires à leur exploitation et de participer aux recherches qui définiront les technologies de demain.

C’est dans cette perspective que la présence d’un expert sénégalais dans un comité scientifique international prend une portée stratégique.

Elle ne signifie évidemment pas que l’Afrique dispose déjà d’un poids comparable à celui des grandes puissances spatiales. Mais elle montre qu’une partie du continent cherche à passer du statut d’utilisateur des technologies spatiales à celui de contributeur à leur développement.

Une industrie spatiale qui dépasse les fusées

Pour un observateur économique, l’intérêt de Deep Space Exploration se trouve également ailleurs.

L’espace constitue désormais un écosystème industriel qui mobilise l’électronique, les télécommunications, l’intelligence artificielle, les matériaux avancés, la robotique, l’imagerie, les logiciels, la gestion des données et les systèmes de navigation.

Les connaissances produites dans les laboratoires peuvent ainsi déboucher sur des technologies utilisées bien au-delà des missions spatiales.

La Chine cherche manifestement à consolider cet écosystème en associant recherche scientifique, coopération internationale, formation des compétences et diffusion des connaissances.

La revue devient alors un instrument supplémentaire de cette stratégie : elle permet de publier les travaux, de fédérer des chercheurs et de positionner les institutions chinoises au cœur des échanges scientifiques internationaux.

Une nouvelle revue, mais pas la première publication chinoise sur l’espace lointain

Une précision est nécessaire pour éviter une confusion.

Deep Space Exploration n’est pas la première revue chinoise consacrée à l’exploration de l’espace lointain.

Une autre publication, Journal of Deep Space Exploration, existe déjà et publie depuis plusieurs années des travaux scientifiques sur les missions spatiales, les trajectoires, la navigation, la défense planétaire et d’autres technologies d’exploration. Son édition actuelle comporte notamment des recherches sur la défense contre les astéroïdes géocroiseurs.

La nouveauté du 3 septembre 2026 réside donc dans le lancement de Deep Space Exploration comme nouvelle revue scientifique internationale anglophone, portée par l’International Deep Space Exploration Society, le Harbin Institute of Technology et le Deep Space Exploration Laboratory.

Cette distinction est importante : elle permet de mesurer correctement la portée de l’événement sans présenter la création de la revue comme une première absolue dans la recherche spatiale chinoise.

De la conquête spatiale à la bataille des connaissances

La course à l’espace entre désormais dans une nouvelle phase.

Les puissances ne cherchent plus seulement à être les premières à atteindre un objectif scientifique. Elles veulent également maîtriser les technologies, les données, les compétences et les réseaux scientifiques qui permettront de rester compétitives sur le long terme.

Le lancement de Deep Space Exploration à Hefei illustre cette évolution.

En créant une plateforme internationale capable de réunir chercheurs, ingénieurs et spécialistes des politiques spatiales, la Chine cherche à renforcer son influence dans la production mondiale des connaissances sur l’espace lointain.

Et pour l’Afrique, la présence du Sénégal dans le premier comité éditorial rappelle une réalité nouvelle : dans la prochaine économie spatiale, la question ne sera pas seulement de savoir qui pourra envoyer des missions vers la Lune ou Mars. Il faudra aussi savoir qui aura les compétences pour participer aux recherches, développer les technologies et prendre part aux décisions qui façonneront cette nouvelle frontière.

À Hefei, la Chine a donc lancé une revue scientifique. Mais derrière les pages d’un journal académique se dessine déjà une bataille beaucoup plus vaste : celle de la connaissance, des technologies et de la place que chaque région du monde entend occuper dans l’économie spatiale de demain.

La Rédaction

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