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Burkina Faso : La Justice recouvre plus de 11,3 milliards FCFA en neuf mois.

Le ministère burkinabè de la Justice a recouvré 11,309 milliards FCFA au 30 septembre 2026, à travers les créances, frais judiciaires, amendes et biens saisis ou confisqués. Cette performance traduit le renforcement du recouvrement des ressources publiques, alors que l’État cherche à récupérer plusieurs dizaines de milliards de francs CFA dus par des particuliers, entreprises et organismes.

La Justice burkinabè ne se contente plus de rendre des décisions : elle cherche aussi à faire rentrer l’argent dans les caisses publiques. Au 30 septembre 2026, les services judiciaires ont recouvré exactement 11 milliards 309 millions 357 772 FCFA, selon les données présentées par le ministre de la Justice, Edasso Rodrigue Bayala, lors de l’exposition gouvernementale organisée à Ouagadougou.

Ce montant provient de plusieurs catégories de recettes et de recouvrements liés à l’activité judiciaire. Il comprend notamment les créances récupérées, les frais et actes judiciaires, les amendes pénales ainsi que les biens saisis ou confisqués.

Les créances représentent la première source

Avec 3,342 milliards FCFA, les créances constituent la principale composante des sommes recouvrées.

Elles sont suivies de près par les frais et actes judiciaires, qui ont généré 2,990 milliards FCFA.

Les biens saisis ou confisqués arrivent en troisième position avec 2,693 milliards FCFA, tandis que les amendes pénales représentent 2,284 milliards FCFA.

La structure du montant montre ainsi que le recouvrement ne repose pas uniquement sur les sanctions pénales. Une part importante provient également de la récupération de créances et des différentes opérations financières liées au fonctionnement de la justice.

Plus de 3 milliards FCFA déjà récupérés au premier semestre

La progression apparaît encore plus clairement lorsqu’on compare ces résultats aux chiffres communiqués quelques mois plus tôt.

Au 30 juin 2026, le ministère avait annoncé le recouvrement de plus de 3,033 milliards FCFA d’amendes et de frais de justice, alors que l’objectif annuel avait été fixé à seulement 1 milliard FCFA.

À cette même date, près de 800 millions FCFA d’avoirs issus de crimes économiques avaient également été saisis ou confisqués, pour une prévision annuelle de 2 milliards FCFA.

Les chiffres arrêtés à fin septembre montrent donc que l’effort de recouvrement s’est poursuivi et s’est élargi à plusieurs catégories de ressources.

Une offensive contre les créances publiques

Cette politique s’inscrit dans une opération plus large lancée par les autorités burkinabè depuis avril 2026.

Le portefeuille des créances suivies par l’Agent judiciaire de l’État (AJE) s’élevait alors à 107,306 milliards FCFA.

Dans le détail, les chèques impayés représentaient à eux seuls près de 33,987 milliards FCFA au 31 mars 2026. Les créances bancaires atteignaient environ 20 milliards FCFA, tandis que les créances contentieuses ordinaires s’élevaient à 2,51 milliards FCFA.

Les créances liées aux décisions de justice représentaient pour leur part 4,29 milliards FCFA. Les créances des démembrements de l’État constituaient la plus importante catégorie, avec environ 46,51 milliards FCFA.

L’ampleur de cet encours donne une autre lecture des 11,3 milliards FCFA déjà recouvrés : ils représentent une étape importante, mais une fraction seulement du potentiel de ressources identifiées par les autorités.

Des chèques impayés au cœur du dispositif

L’un des volets les plus sensibles de l’opération concerne les chèques impayés.

En avril, l’Agent judiciaire de l’État avait annoncé une campagne de recouvrement ciblant notamment plus de 10 000 chèques impayés.

Au 30 avril, l’AJE indiquait avoir déjà récupéré 357,97 millions FCFA, dont 229,42 millions au titre des chèques impayés et 111,94 millions issus de la réalisation de garanties financières.

L’administration avait également annoncé la publication progressive des listes de certains débiteurs défaillants, notamment ceux concernés par des chèques impayés d’un montant cumulé d’au moins 20 millions FCFA.

Cette stratégie traduit une volonté de renforcer la discipline financière autour des ressources publiques et des engagements envers l’État.

Une justice appelée à produire davantage de résultats économiques

Le recouvrement financier constitue désormais l’un des volets de la réforme du service public judiciaire.

Lors de l’évaluation de son contrat d’objectifs au mois de juillet, le ministre Edasso Rodrigue Bayala avait présenté un taux d’exécution global de 75,10 % au 30 juin.

Le ministère avait également fait état de plus de 4 000 dossiers judiciaires traités, dont 678 dossiers criminels et 129 affaires examinées par le Pôle économique et financier.

La même évaluation faisait état de 499 tribunaux coutumiers opérationnels, ainsi que de l’utilisation du travail d’intérêt général comme mécanisme alternatif dans le système judiciaire.

L’objectif affiché pour le second semestre était notamment de poursuivre la digitalisation des actes administratifs et de renforcer le recouvrement des amendes publiques.

Un enjeu pour les finances publiques

Au-delà du seul ministère de la Justice, l’enjeu est budgétaire.

Chaque franc CFA effectivement recouvré sur une créance, une amende ou un bien confisqué constitue une ressource supplémentaire pour l’État, sans nécessiter une nouvelle levée de fonds ou une hausse de prélèvements.

Dans un contexte où les gouvernements de la région cherchent à accroître leurs recettes propres et à réduire les pertes liées aux impayés, l’amélioration du recouvrement devient un instrument de gestion des finances publiques à part entière.

Le Burkina Faso avait d’ailleurs enregistré en 2025 des recettes budgétaires de 3 693,71 milliards FCFA, soit un taux de recouvrement de 108,40 % par rapport aux prévisions révisées.

La récupération des créances publiques s’inscrit donc dans une logique plus large : mobiliser davantage de ressources internes pour financer les priorités de l’État.

Le prochain défi, récupérer davantage

Avec 11,3 milliards FCFA recouvrés à fin septembre, la Justice burkinabè affiche une performance financière significative.

Mais le chiffre doit être mis en regard des 107,3 milliards FCFA de créances suivies par l’Agent judiciaire de l’État en début d’année.

Le potentiel reste donc considérable.

L’enjeu ne sera plus seulement de montrer que l’État peut récupérer des sommes dues. Il faudra démontrer que le mécanisme peut fonctionner dans la durée, avec des procédures rapides, des décisions effectivement exécutées et un suivi permettant d’éviter que les créances publiques ne s’accumulent à nouveau.

Pour les finances publiques burkinabè, le recouvrement judiciaire change ainsi de statut : d’un simple prolongement de la décision de justice, il devient progressivement un véritable outil de mobilisation des ressources internes.

Et avec plus de 100 milliards FCFA de créances identifiées en amont, la bataille du recouvrement est loin d’être terminée. Les 11,3 milliards déjà encaissés ressemblent moins à une ligne d’arrivée qu’à la première facture effectivement payée d’un portefeuille encore beaucoup plus important.

La Rédaction

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