AIBD : Une croissance en trompe-l’œil ? Le trafic passagers progresse en janvier, mais le rôle de hub s’effrite.
L’année 2026 démarre sur une note positive pour le transport aérien sénégalais. L’Aéroport international Blaise-Diagne (AIBD) a enregistré 279 091 passagers commerciaux en janvier, marquant une progression notable par rapport à la même période en 2025.
Mais derrière cette performance, une réalité plus nuancée se dessine : la croissance est bien là, mais elle repose sur des fondamentaux en mutation.
Une hausse du trafic portée par les vols directs
Avec une progression estimée à +5,47 % sur un an, l’AIBD confirme la reprise progressive du trafic aérien dans un contexte international encore en recomposition.
Dans le détail, ce sont surtout les passagers directs qui tirent cette croissance, avec 271 290 voyageurs, en hausse de plus de 8 %. À l’inverse, le trafic en transit recule fortement, limitant la portée stratégique de cette progression globale.
Cette évolution traduit un changement profond dans la structure du trafic : les voyageurs privilégient de plus en plus les liaisons sans escale, au détriment des correspondances.
L’international, moteur incontesté du trafic
Le dynamisme du trafic repose largement sur les flux internationaux, qui représentent l’essentiel de l’activité de l’aéroport.
En janvier :
- 264 779 passagers internationaux ont été enregistrés, en hausse de plus de 9 %
- L’Europe reste le principal marché, avec plus de 137 000 voyageurs
- Le continent africain suit avec plus de 110 000 passagers
Cette configuration confirme le positionnement du Sénégal comme porte d’entrée aérienne régionale, notamment entre l’Afrique de l’Ouest et l’Europe.
Le trafic domestique, bien qu’en progression, reste marginal avec moins de 17 000 passagers.
Le recul du transit, un signal stratégique
C’est l’un des enseignements majeurs de ce début d’année : le trafic de correspondance chute de manière significative, avec une baisse de plus de 40 %.
Ce repli n’est pas anodin. Il interroge directement l’ambition du Sénégal de faire de Dakar un hub aérien régional.
Car un hub ne se mesure pas seulement au volume de passagers, mais à sa capacité à capter et redistribuer les flux entre différentes destinations. Or, la baisse du transit suggère un affaiblissement de cette fonction.
Une croissance réelle, mais encore fragile
Ces performances s’inscrivent dans la continuité de l’année 2025, marquée par un trafic global dépassant les 2,9 millions de passagers, avec une croissance modérée.
Le signal est donc positif, mais loin d’être spectaculaire.
Le secteur aérien sénégalais semble entrer dans une phase de consolidation, où l’optimisation des lignes existantes prend le pas sur une expansion rapide.
Un modèle en transition
Ce début d’année met en lumière une transformation du modèle de développement de l’AIBD.
La montée en puissance des vols directs améliore l’attractivité pour les passagers finaux et peut renforcer la rentabilité des compagnies. Mais elle réduit, en parallèle, la capacité de l’aéroport à jouer un rôle de plateforme de correspondance régionale.
Un arbitrage stratégique se dessine donc entre efficacité commerciale immédiate et ambition de hub à long terme.
L’AIBD affiche des chiffres en hausse, mais change de visage.
Derrière la progression du trafic se profile une mutation silencieuse : Dakar attire davantage de voyageurs, mais en connecte moins.
À mesure que les vols directs s’imposent, la question devient centrale : le Sénégal veut-il être une destination… ou une plateforme incontournable du ciel ouest-africain ? La réponse déterminera la trajectoire réelle de son aviation dans les années à venir.
La Rédaction



