Afrique de l’Ouest : 88,6 milliards de dollars s’évaporent chaque année, les parlementaires appelés à reprendre le contrôle des finances publiques.
Face à l’ampleur des flux financiers illicites, de la corruption et du blanchiment d’argent, la CEDEAO veut faire des Parlements un rempart contre les crimes économiques qui freinent le développement du continent.
Chaque année, l’Afrique perd l’équivalent de 88,6 milliards de dollars, soit plus de 50 000 milliards de FCFA, à cause des flux financiers illicites, de la corruption, du blanchiment d’argent et d’autres pratiques financières illégales. Cette somme représente environ 3,7 % du produit intérieur brut (PIB) du continent, des ressources qui échappent aux budgets publics alors qu’elles pourraient financer des écoles, des hôpitaux, des routes ou encore des infrastructures énergétiques.
Face à cette réalité, les parlementaires des pays de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) sont appelés à jouer un rôle beaucoup plus actif dans le contrôle des finances publiques et la lutte contre les crimes économiques. Cet appel a été lancé à l’occasion d’un séminaire régional organisé à Accra, au Ghana, par le Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (GIABA), l’institution spécialisée de la CEDEAO chargée de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.
Une facture économique qui pèse lourdement sur le développement
Les flux financiers illicites désignent les mouvements de capitaux obtenus, transférés ou utilisés de manière illégale. Ils proviennent notamment de la corruption, du détournement de fonds publics, de la fraude fiscale, de la contrebande, du blanchiment d’argent ou encore des activités du crime organisé.
Selon les responsables du GIABA, ces pratiques privent chaque année les États africains de ressources indispensables au financement des politiques publiques. Les conséquences sont multiples : baisse des recettes fiscales, ralentissement des investissements publics, aggravation de l’endettement et réduction des capacités des gouvernements à financer les services essentiels.
Pour des économies en quête de financements afin de soutenir leur croissance et répondre aux besoins de leurs populations, ces pertes constituent un frein majeur au développement durable.
Les Parlements au cœur du dispositif de contrôle
Réunis autour du thème « Prévenir les crimes financiers et améliorer la gestion des finances publiques grâce aux commissions parlementaires des comptes publics dans les États membres de la CEDEAO », les participants ont insisté sur le rôle déterminant des assemblées législatives.
Les commissions parlementaires chargées des comptes publics disposent d’un pouvoir essentiel : contrôler l’utilisation des ressources publiques, examiner les rapports des institutions supérieures de contrôle, interpeller les gouvernements et veiller à la bonne exécution des budgets.
Le GIABA estime que le renforcement de ces mécanismes de contrôle constitue l’un des moyens les plus efficaces pour prévenir les détournements de fonds, améliorer la transparence budgétaire et renforcer la confiance des citoyens dans les institutions publiques.
Corruption, blanchiment et terrorisme : des menaces étroitement liées
Lors de la rencontre, le directeur général du GIABA, Edwin W. Harris a rappelé que la corruption, le blanchiment d’argent, les flux financiers illicites et le financement du terrorisme sont souvent interconnectés.
L’argent issu de la corruption ou des activités criminelles peut être réintroduit dans les circuits financiers légaux grâce au blanchiment de capitaux. Ces ressources peuvent ensuite servir à financer d’autres activités illicites, alimentant un cercle vicieux qui fragilise les économies, les institutions publiques et la stabilité régionale.
Dans un contexte où plusieurs pays ouest-africains sont confrontés à des défis sécuritaires majeurs, la lutte contre les crimes financiers dépasse désormais le seul cadre économique pour devenir un enjeu de sécurité nationale et régionale.
Une coopération régionale devenue indispensable
Les participants ont également souligné que les crimes financiers ignorent les frontières.
Les réseaux de blanchiment, les circuits de fraude fiscale ou les transferts illicites de capitaux utilisent souvent plusieurs juridictions pour dissimuler l’origine des fonds. Cette réalité rend indispensable une coopération plus étroite entre les États membres de la CEDEAO.
Le GIABA appelle ainsi à renforcer les échanges d’informations entre les Parlements, les cellules de renseignement financier, les autorités judiciaires, les organismes de contrôle, les administrations fiscales et les services chargés de la lutte contre la corruption.
Une meilleure coordination régionale permettrait d’améliorer les enquêtes, de faciliter les poursuites judiciaires et de récupérer davantage d’avoirs détournés.
Des réformes attendues pour renforcer la transparence
Au-delà de la coopération, plusieurs pistes d’amélioration ont été évoquées lors du séminaire.
Les participants ont notamment insisté sur la nécessité de renforcer la transparence dans les marchés publics, d’améliorer l’identification des bénéficiaires effectifs des entreprises, de moderniser les systèmes de contrôle budgétaire et d’accroître les moyens des institutions chargées de lutter contre les crimes financiers.
Ces réformes sont jugées essentielles pour limiter les possibilités de fraude et améliorer la gouvernance des finances publiques dans les pays de la région.
Préserver les ressources publiques pour financer le développement
Alors que les États ouest-africains multiplient les efforts pour mobiliser davantage de recettes fiscales, financer leurs infrastructures et réduire leur dépendance à l’endettement, la lutte contre les flux financiers illicites apparaît comme un levier économique majeur.
Les 88,6 milliards de dollars qui échappent chaque année au continent représentent bien plus qu’un simple manque à gagner. Ils traduisent autant d’investissements non réalisés, d’emplois non créés et de services publics qui ne voient jamais le jour.
En appelant les parlementaires à renforcer leur rôle de contrôle et à approfondir la coopération régionale, le GIABA rappelle qu’une meilleure gouvernance financière constitue l’un des fondements d’une croissance durable. Dans un contexte où chaque ressource publique compte, la capacité des États à protéger leurs finances pourrait devenir l’un des principaux déterminants de leur développement économique au cours des prochaines décennies.
La Rédaction



