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UMOA : Les créances douteuses s’élèvent à plus de 3 600 milliards FCFA, un risque bancaire contrôlé mais préoccupant pour la stabilité régionale.

Derrière la croissance du crédit, une fragilité persistante du portefeuille bancaire

Le système bancaire de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) continue de financer activement les économies de la sous-région. Les crédits aux entreprises et aux ménages progressent, soutenant l’investissement, la consommation et l’activité économique.

Mais derrière cette dynamique favorable se cache une réalité plus nuancée : les créances douteuses continuent de croître et dépassent désormais les 3 600 milliards FCFA à fin mars 2026.

Même si les autorités monétaires et prudentielles considèrent que le risque reste globalement maîtrisé, ce volume élevé de prêts en difficulté rappelle que le secteur bancaire régional demeure exposé à des vulnérabilités importantes.

Que représentent les créances douteuses ?

Pour le grand public, la notion de créance douteuse peut sembler technique.

Concrètement, il s’agit de crédits dont le remboursement connaît des difficultés significatives. Selon la définition de la Commission bancaire de l’UMOA, une créance devient douteuse lorsqu’un paiement est en retard de plus de 90 jours ou lorsque l’emprunteur est considéré comme incapable de rembourser normalement sa dette.

Ces créances constituent un indicateur essentiel de la santé du système bancaire. Plus leur volume augmente, plus les banques doivent mobiliser des provisions pour couvrir d’éventuelles pertes.

Une hausse qui accompagne l’expansion du crédit

L’augmentation des créances en souffrance ne signifie pas nécessairement une dégradation brutale du système bancaire.

Elle s’explique en partie par l’expansion continue du crédit dans l’espace UMOA. Les banques financent davantage l’économie, ce qui accroît mécaniquement le volume global des risques portés dans leurs bilans.

Toutefois, la progression régulière des créances douteuses montre également que certains secteurs économiques et certains emprunteurs continuent de faire face à des difficultés de remboursement dans un environnement marqué par les tensions inflationnistes, les défis sécuritaires et les incertitudes économiques internationales.

Un risque élevé mais contenu

Malgré ce niveau élevé de créances en souffrance, les autorités de supervision ne signalent pas de menace systémique immédiate.

Les banques de l’Union disposent globalement de niveaux de capitalisation jugés satisfaisants et continuent de respecter les principales exigences prudentielles imposées par la BCEAO et la Commission bancaire de l’UMOA.

Cette situation explique pourquoi les observateurs parlent d’un risque « sous contrôle ».

Le système absorbe encore les pertes potentielles sans compromettre sa stabilité globale. Cependant, le maintien durable d’un stock élevé de créances douteuses pourrait limiter la capacité des banques à financer davantage l’économie.

Un enjeu majeur pour le financement des entreprises

L’un des effets les plus directs d’un niveau élevé de créances douteuses concerne l’accès au crédit.

Lorsque les banques doivent mobiliser davantage de provisions pour couvrir les risques, elles deviennent généralement plus prudentes dans l’octroi de nouveaux financements.

Cette prudence peut particulièrement affecter :

  • les PME ;
  • les jeunes entreprises ;
  • les secteurs à risque élevé ;
  • les projets innovants nécessitant des financements importants.

À terme, cela peut freiner la dynamique d’investissement dans plusieurs économies de l’Union.

Des disparités entre pays et secteurs

Le risque de crédit n’est pas réparti uniformément dans l’espace UMOA.

Certains secteurs, notamment le commerce, le BTP ou certaines activités liées aux marchés publics, peuvent présenter des niveaux de risque plus élevés en raison des retards de paiement ou de la volatilité de l’activité économique.

De même, les situations varient selon les pays en fonction du contexte économique, budgétaire et sécuritaire.

Cette hétérogénéité explique pourquoi les autorités bancaires privilégient une surveillance rapprochée des établissements les plus exposés.

L’amélioration du recouvrement devient une priorité

Face à cette situation, les régulateurs encouragent les banques à renforcer leurs dispositifs de gestion du risque.

Les principaux axes d’amélioration concernent :

  • le suivi des crédits ;
  • la qualité de l’analyse des emprunteurs ;
  • le recouvrement des créances ;
  • la digitalisation des processus de crédit ;
  • le renforcement des garanties.

L’objectif est de limiter la formation de nouvelles créances douteuses tout en réduisant progressivement le stock existant.

Une vigilance toujours nécessaire

Le franchissement du seuil des 3 600 milliards FCFA de créances douteuses rappelle que la solidité d’un système bancaire ne se mesure pas uniquement à la croissance du crédit ou à la rentabilité des établissements.

La qualité des actifs demeure un élément déterminant de la stabilité financière.

Pour l’instant, les banques de l’UMOA semblent disposer des ressources nécessaires pour absorber ce niveau de risque. Mais dans un environnement économique encore marqué par de nombreuses incertitudes, la maîtrise des créances en souffrance restera l’un des principaux défis du secteur bancaire régional au cours des prochaines années.

La véritable question n’est donc plus seulement celle du volume des crédits accordés, mais celle de leur qualité. Car la capacité des banques à financer durablement la croissance dépendra avant tout de leur aptitude à transformer les risques en opportunités, sans compromettre la stabilité du système financier régional.

La Rédaction

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