Mali–Mauritanie : L’interconnexion électrique de l’OMVS entre dans une phase décisive.
L’énergie devient plus que jamais un enjeu de souveraineté, de compétitivité et d’intégration régionale. Dans ce contexte, le projet d’interconnexion électrique entre le Mali et la Mauritanie, piloté par la SOGEM dans le cadre de l’OMVS, s’impose comme l’un des chantiers les plus structurants du Sahel.
Baptisé Projet d’Interconnexion Électrique Mauritanie–Mali en 225 kV et de Développement des Centrales Solaires Associées (PIEMM), ce programme vise à relier plus étroitement les réseaux des deux pays, sécuriser l’approvisionnement et créer un nouveau corridor énergétique régional.
Derrière les pylônes et les câbles, c’est toute une stratégie de développement qui se dessine.
Un projet régional à haute valeur stratégique
Le PIEMM prévoit la construction de lignes haute tension 225 kV ainsi que de postes électriques sur plusieurs axes clés :
- Kayes – Yélimané
- Yélimané – Tintane – Kiffa
- Tintane – Aioun El Atrous
Ces liaisons permettront de connecter les réseaux maliens et mauritaniens à plus grande échelle, avec un niveau de tension adapté aux échanges massifs d’électricité.
En termes simples : les deux pays pourront mieux partager leurs capacités de production et stabiliser leurs systèmes électriques.
Pourquoi cette interconnexion change la donne pour le Mali
Le Mali fait face à des besoins énergétiques croissants liés à :
- l’urbanisation
- la croissance démographique
- le développement industriel
- la demande minière
- l’électrification progressive des territoires
Dans ce contexte, cette interconnexion peut offrir plusieurs avantages majeurs :
Diversifier les sources d’approvisionnement
Le pays réduit sa dépendance à certaines productions internes coûteuses ou insuffisantes.
Sécuriser les périodes de tension
Les échanges transfrontaliers permettent d’importer de l’électricité lors des pics de consommation.
Renforcer les régions de l’Ouest
Des zones comme Kayes et Yélimané pourraient bénéficier d’une meilleure qualité d’alimentation.
Réduire les coûts à long terme
Une énergie mutualisée à l’échelle régionale peut coûter moins cher qu’une production isolée.
Pour Bamako, l’électricité régionale devient un outil économique.
Les gains attendus pour la Mauritanie
La Mauritanie y trouve également un intérêt stratégique.
Le pays ambitionne de valoriser ses ressources énergétiques, notamment :
- solaire
- éolien
- capacités thermiques
- futurs projets régionaux
L’interconnexion lui permettrait :
- d’élargir ses débouchés
- de renforcer la stabilité de son réseau
- de devenir un acteur énergétique sahélien majeur
- d’intégrer davantage les marchés voisins
Nouakchott avance progressivement comme carrefour énergétique émergent.
Le solaire au cœur du dispositif
Le PIEMM ne se limite pas aux lignes électriques. Il intègre aussi le développement de centrales solaires associées, notamment en territoire mauritanien.
Cette dimension est stratégique pour trois raisons :
Valoriser un fort potentiel solaire
La région dispose d’un ensoleillement parmi les plus élevés du continent.
Réduire les coûts futurs
Le solaire devient de plus en plus compétitif.
Alimenter les réseaux interconnectés
Une centrale solaire isolée a des limites. Connectée à plusieurs marchés, elle gagne en valeur.
L’avenir énergétique se jouera autant dans les panneaux que dans les câbles.
OMVS : l’intégration par les infrastructures
L’OMVS a déjà montré que la coopération régionale pouvait produire des actifs stratégiques communs.
Après l’eau et l’hydroélectricité, l’organisation franchit une nouvelle étape : construire un marché énergétique plus intégré entre ses États membres.
Cette logique repose sur un principe simple :
- mutualiser les coûts
- partager les capacités
- réduire les vulnérabilités nationales
- accélérer le développement régional
Quand les budgets sont contraints, l’intégration devient une solution économique.
Pourquoi ces lignes valent plus que leur coût
Une ligne électrique n’est pas qu’un investissement technique.
Elle peut générer :
- croissance industrielle
- création d’emplois
- baisse du coût de production
- attractivité minière
- compétitivité des PME
- amélioration des services publics
Sans énergie fiable, l’économie tourne au ralenti.
Les défis à surmonter
Comme tout grand projet régional, plusieurs enjeux restent déterminants :
- respect des calendriers
- financement complet des phases prévues
- maintenance future des équipements
- stabilité sécuritaire sur certains corridors
- coordination technique entre opérateurs
La réussite dépendra autant de la gouvernance que du béton.
Ce qu’il faut retenir
- Le Mali et la Mauritanie avancent sur une interconnexion électrique 225 kV
- Le projet est porté par la SOGEM dans le cadre de l’OMVS
- Il inclut aussi des centrales solaires associées
- Objectif : sécurité énergétique et intégration régionale
- Enjeu majeur pour la croissance sahélienne
Hier, les frontières ralentissaient les échanges.
Demain, elles pourraient laisser passer l’électricité, l’industrie et la croissance.
Entre le Mali et la Mauritanie, ces lignes ne transporteront pas seulement du courant.
Elles pourraient transporter un nouveau modèle de développement.
La Rédaction



