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Guinée : Plus de 3 milliards de dollars en ligne de mire avec la Banque mondiale pour accélérer la transformation économique.

Le partenariat entre la Guinée et le Groupe de la Banque mondiale entre dans une nouvelle phase. À travers son Cadre de partenariat pays 2027-2033, l’institution prévoit de mobiliser plus de 3 milliards de dollars pour accompagner les réformes, les infrastructures, le capital humain et l’investissement privé. Une enveloppe qui intervient au moment où Conakry veut transformer les revenus miniers de Simandou en moteur d’une économie plus diversifiée et créatrice d’emplois.

La Guinée entend donner une nouvelle dimension à sa coopération avec le Groupe de la Banque mondiale. Le nouveau Cadre de partenariat pays (CPP) 2027-2033, approuvé par le Conseil d’administration du Groupe en juin 2026 et officiellement lancé à Conakry le 5 octobre, ouvre la voie à plus de 3 milliards de dollars d’engagements et d’appuis au cours des prochaines années.

Le sujet était au cœur de la visite à Conakry d’Ousmane Diagana, vice-président du Groupe de la Banque mondiale pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre. Le responsable a été reçu le 6 octobre par le président Mamadi Doumbouya, alors que les autorités guinéennes cherchent à accélérer leur programme de transformation économique.

Selon la Présidence guinéenne, Ousmane Diagana a réaffirmé « l’engagement ferme et constant » du Groupe de la Banque mondiale à renforcer son partenariat avec la Guinée, tout en saluant l’articulation recherchée par les autorités entre investissements stratégiques, réformes structurelles et consolidation du cadre macroéconomique.

Plus de 3 milliards de dollars, mais pas un chèque unique

Le montant annoncé mérite une précision importante.

Les plus de 3 milliards de dollars ne correspondent pas à un financement unique versé directement au budget guinéen. Ils regroupent différents instruments du Groupe de la Banque mondiale, dans une logique dite « One World Bank Group », associant notamment l’Association internationale de développement (IDA), la Société financière internationale (IFC/SFI) et l’Agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA).

Pour la première moitié de la période du nouveau cadre, l’allocation indicative de l’IDA est d’environ 471 millions de dollars. Le Groupe compte parallèlement utiliser les investissements de l’IFC et les garanties de la MIGA pour attirer davantage de capitaux privés vers les secteurs productifs.

La Banque mondiale précise que son portefeuille IDA actuel en Guinée dépasse déjà 1,565 milliard de dollars.

L’enjeu du nouveau partenariat est donc moins d’additionner des prêts que de créer un effet de levier : les ressources publiques doivent contribuer à réduire les risques et à attirer davantage de capitaux privés.

Quatre priorités pour transformer l’économie

Le nouveau cadre repose sur quatre grands résultats attendus.

Le premier concerne le renforcement de la gouvernance économique et de la gestion budgétaire.

Le deuxième vise l’amélioration du capital humain, notamment à travers l’éducation, les compétences et la santé.

Le troisième porte sur l’extension de l’accès aux infrastructures énergétiques et de transport.

Enfin, le quatrième cherche à accroître les investissements privés capables de créer des emplois.

Cette architecture traduit une volonté claire : éviter que la croissance guinéenne repose exclusivement sur l’exploitation minière.

Le Groupe de la Banque mondiale veut notamment accompagner la transformation des ressources issues de l’exploitation minière en investissements dans les infrastructures, l’agriculture, les compétences, la gouvernance et les activités privées.

Simandou, de projet minier à corridor économique

Le projet Simandou constitue la toile de fond de cette nouvelle stratégie.

La Banque mondiale considère le corridor de Simandou comme une opportunité de dépasser une approche strictement minière. L’objectif est de transformer les infrastructures associées au projet en corridor économique, capable de stimuler l’agriculture, le transport, les activités industrielles et les services dans les territoires concernés.

Cette orientation est cohérente avec la vision nationale Simandou 2040.

Le défi est particulièrement important pour la Guinée : l’entrée dans la phase de production du minerai de fer de Simandou offre au pays une perspective exceptionnelle d’augmentation des revenus, mais elle pose également la question de leur utilisation.

La Banque mondiale appelle ainsi Conakry à éviter le piège d’une économie simplement portée par les exportations minières. Elle plaide pour transformer les revenus du sous-sol en capital humain, infrastructures, entreprises et emplois.

Agriculture : transformer les financements en emplois

L’agriculture fait partie des secteurs prioritaires du nouveau partenariat.

En avril 2026, le gouvernement guinéen et le Groupe de la Banque mondiale avaient déjà lancé AgriConnect, un cadre destiné à accélérer la transformation des systèmes agroalimentaires, renforcer la sécurité alimentaire et créer des emplois.

Le nouveau CPP prolonge cette orientation.

La deuxième phase du Projet de développement de l’agriculture commerciale doit notamment contribuer à la commercialisation des productions, attirer davantage de capitaux privés et développer les chaînes de valeur agricoles.

La Banque mondiale estime que cette opération pourrait contribuer à créer environ 66 000 emplois d’ici 2033, bénéficier à 250 000 agriculteurs et ménages ruraux et mobiliser jusqu’à 150 millions de dollars de capitaux privés.

Les filières du riz et de la volaille sont notamment ciblées pour renforcer la sécurité alimentaire et réduire la dépendance aux importations, tandis que le maïs, le soja, le fonio et la mangue doivent contribuer à la diversification.

320,8 millions de dollars déjà engagés dans quatre accords

Le nouveau cadre ne reste pas au stade des intentions.

Le lancement officiel du CPP à Conakry a été accompagné, le 5 octobre, par la signature de quatre accords de financement totalisant 320,8 millions de dollars, selon les informations communiquées par les autorités guinéennes.

Ces opérations portent notamment sur l’agriculture commerciale, les compétences, la mobilisation des recettes et la gestion des dépenses publiques.

Elles prolongent les trois opérations approuvées par le Conseil d’administration de la Banque mondiale en juin : 116 millions de dollars pour la deuxième phase du projet de développement de l’agriculture commerciale, 102 millions pour le programme SIRA consacré aux compétences et 75 millions pour la mobilisation des recettes intérieures et la gestion des dépenses publiques.

Un appui au secteur de l’électricité a également été annoncé par les autorités guinéennes comme faisant partie des opérations préparées dans ce nouveau cycle.

Le capital humain au centre de la stratégie

La Guinée doit également relever un défi majeur : transformer la croissance économique en emplois.

Le programme Skills for Innovation, Resilience and Aspirations (SIRA) vise à moderniser le système éducatif et à développer la formation technique et professionnelle en fonction des besoins des secteurs prioritaires.

La Banque mondiale estime que ce programme pourrait bénéficier à environ 2,7 millions de jeunes Guinéens. Les formations doivent notamment être davantage alignées sur les besoins de l’agriculture, de l’énergie et du numérique.

L’objectif est stratégique : faire en sorte que les nouvelles activités économiques créées autour de Simandou et dans les autres secteurs puissent être alimentées par une main-d’œuvre guinéenne suffisamment qualifiée.

Renforcer les recettes avant l’arrivée des revenus miniers

La gestion des finances publiques constitue un autre axe central.

Le projet consacré à la mobilisation des recettes intérieures et à la gestion des dépenses publiques doit aider Conakry à améliorer son système fiscal, renforcer la transparence et accroître l’efficacité de la dépense publique.

La Banque mondiale indique que les recettes fiscales guinéennes restent inférieures aux niveaux observés dans plusieurs économies comparables.

L’objectif fixé dans le cadre du programme est de faire passer le ratio recettes fiscales/PIB de 12,1 % à 15 % d’ici 2031.

L’enjeu est considérable. Lorsque les revenus de Simandou commenceront à prendre une place importante dans les finances publiques, la capacité de l’État à les gérer efficacement déterminera en grande partie leur impact sur le développement.

Le secteur privé appelé à prendre le relais

La nouvelle stratégie accorde enfin une place beaucoup plus importante au secteur privé.

L’IFC doit intervenir notamment dans l’agro-industrie, la pêche, l’industrie manufacturière et l’énergie, tandis que la MIGA pourra fournir des garanties destinées à réduire les risques liés aux investissements privés dans les infrastructures et l’énergie.

Cette approche répond à une faiblesse structurelle : les ressources publiques et l’aide extérieure ne peuvent, à elles seules, financer la transformation économique de la Guinée.

Le pays doit donc attirer des investisseurs, développer ses entreprises locales et créer un environnement permettant au capital privé de s’engager sur le long terme.

La grande équation guinéenne

Le nouveau partenariat intervient à un moment charnière.

Avec Simandou, la Guinée entre dans une période susceptible de modifier profondément sa trajectoire économique. Mais l’abondance de ressources minières ne garantit pas automatiquement une amélioration du niveau de vie.

Le véritable enjeu sera la capacité à convertir les recettes minières en routes, électricité, écoles, compétences, entreprises, agriculture productive et emplois.

Les plus de 3 milliards de dollars annoncés par le Groupe de la Banque mondiale constituent donc un levier important. Mais leur véritable valeur ne se mesurera pas au montant affiché dans les accords.

Elle se mesurera à ce qu’ils permettront de produire dans l’économie réelle.

Pour la Guinée, Simandou peut être une manne minière. Avec une bonne gouvernance et des investissements bien ciblés, il peut surtout devenir le financement initial d’une économie qui ne dépendra plus uniquement de ses mines.

La Rédaction

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