Burkina Faso : 2 800 milliards FCFA pour l’électricité, un chantier colossal pour transformer l’économie.
Avec l’initiative présidentielle Faso Wa-Fulu, le Burkina Faso prévoit plus de 2 800 milliards de FCFA d’investissements sur dix ans pour accélérer l’accès à l’électricité. Adopté le 22 octobre 2026, le programme ambitionne de desservir 6 700 nouvelles localités et de toucher 3,5 millions de ménages et d’entreprises supplémentaires. Derrière cette enveloppe spectaculaire, le défi sera de mobiliser les financements, de construire les infrastructures et de garantir une alimentation électrique suffisamment fiable pour soutenir l’activité économique.
Le Burkina Faso place l’électrification au cœur de sa stratégie de transformation économique. Réuni le 22 octobre 2026 à Ouagadougou, le Conseil des ministres a adopté un décret portant création de l’initiative présidentielle « Faso Wa-Fulu », qui signifie « lumière » en langue san.
Porté par le ministère de l’Énergie, des Mines et des Carrières, ce programme prévoit plus de 2 800 milliards de FCFA d’investissements sur dix ans. Il vise à accélérer l’accès à l’électricité à l’horizon 2030, avant une phase de consolidation des acquis.
Selon le compte rendu officiel du Conseil des ministres, l’initiative doit permettre d’électrifier 6 700 nouvelles localités et d’élargir l’accès aux services énergétiques à 3,5 millions de ménages et d’entreprises supplémentaires, soit environ 17,9 millions de personnes.
Ces chiffres constituent des objectifs à atteindre, et non des raccordements déjà réalisés. Leur concrétisation dépendra de la capacité du pays à transformer les annonces en travaux, puis les infrastructures en services électriques durables.
44 brigades pour accélérer les raccordements
Faso Wa-Fulu repose sur quatre composantes : les brigades d’électrification, l’inclusion communautaire, l’accès aux services énergétiques et le renforcement de la souveraineté énergétique.
Le premier volet prévoit l’opérationnalisation de 44 brigades d’électrification, avec le recrutement de 1 208 agents. Une enveloppe de 22 milliards de FCFA est annoncée pour les équipements et les infrastructures nécessaires à leur fonctionnement.
Ces équipes doivent renforcer les capacités d’intervention sur le terrain et accélérer les travaux d’électrification. L’approche entend rapprocher l’exécution des chantiers des localités concernées, dans un pays où l’extension des réseaux constitue un enjeu majeur.
Le programme prévoit également une participation des communautés aux travaux, notamment par la sécurisation des sites, la fourniture de matériaux et la formation à certaines opérations de raccordement.
Cette mobilisation locale pourrait favoriser l’emploi et faciliter la réalisation des projets. Elle devra néanmoins s’accompagner d’un encadrement technique rigoureux afin de garantir la sécurité et la qualité des installations.
Près de 59 000 kilomètres de nouvelles lignes annoncés
L’ampleur du programme se mesure aussi à ses objectifs d’infrastructures. Le gouvernement prévoit la construction de 29 980 kilomètres de lignes de moyenne tension, dites HTA, et de 28 940 kilomètres de lignes basse tension.
À cela s’ajoute la réhabilitation de 14 470 kilomètres de lignes HTA et de 14 470 kilomètres de lignes basse tension.
Ces travaux doivent étendre la couverture électrique, renforcer les réseaux existants et améliorer la desserte des localités encore insuffisamment raccordées.
Mais construire des lignes ne suffit pas à garantir l’accès effectif à l’électricité. Les capacités de production doivent suivre la demande, les équipements doivent être entretenus et les réseaux doivent pouvoir assurer une alimentation régulière.
La disponibilité de l’énergie sera déterminante pour les ménages, mais aussi pour les entreprises qui ont besoin d’une alimentation stable pour fonctionner.
L’électricité, un levier pour les entreprises et l’emploi
L’enjeu de Faso Wa-Fulu dépasse le raccordement des ménages. L’accès à une énergie fiable peut soutenir l’activité des petites entreprises, faciliter la conservation des produits agricoles, favoriser la transformation locale et réduire certaines contraintes qui pèsent sur les unités de production.
Dans les zones rurales, l’électrification peut également ouvrir de nouvelles possibilités aux commerces, aux ateliers, aux services de santé et aux établissements de formation.
Pour les investisseurs, la disponibilité de l’électricité figure parmi les facteurs qui influencent le choix d’implantation d’une activité industrielle ou commerciale. Une extension efficace des réseaux pourrait donc contribuer à améliorer l’attractivité économique de certaines régions.
Toutefois, les bénéfices dépendront du coût du service, de sa fiabilité et de la capacité des populations et des entreprises à payer les raccordements et leur consommation.
Une ambition de souveraineté énergétique
Le quatrième volet du programme porte sur le renforcement de la souveraineté énergétique, notamment à travers le développement des infrastructures de production et de transport de l’électricité.
Cette orientation s’inscrit dans le programme « Souveraineté énergétique » du Plan RELANCE, le référentiel de développement du Burkina Faso.
L’objectif est de renforcer les infrastructures nationales et d’améliorer l’alimentation des différents centres de consommation. Pour une économie confrontée à des besoins croissants en énergie, l’extension des réseaux doit donc s’accompagner d’une capacité suffisante à produire et à acheminer l’électricité.
Le programme se déploiera sur dix ans, avec une première période consacrée à l’accélération des interventions, puis cinq années de consolidation. Cette durée souligne que la généralisation de l’accès à l’électricité constitue un chantier structurel, dont les résultats dépendront de la continuité des investissements.
Le financement, principal test de crédibilité
Les 2 800 milliards de FCFA annoncés représentent une enveloppe considérable. Pourtant, le compte rendu officiel ne détaille pas encore un plan de financement complet précisant les contributions respectives de l’État, des partenaires financiers et des autres sources de ressources, ni la ventilation annuelle des dépenses.
Cette absence de détail ne remet pas en cause l’existence du programme, mais elle limite la possibilité d’évaluer immédiatement sa faisabilité financière.
Pour suivre son exécution, plusieurs indicateurs seront essentiels : les ressources effectivement mobilisées, les kilomètres de lignes construits et réhabilités, le nombre de localités raccordées, les délais de réalisation et la qualité du service fourni.
Il faudra également mesurer les retombées économiques réelles, notamment la création d’activités, l’accès des petites entreprises à l’électricité et l’évolution des coûts énergétiques supportés par les usagers.
Avec Faso Wa-Fulu, le Burkina Faso affiche une ambition à la hauteur de ses besoins énergétiques. Mais les 2 800 milliards de FCFA ne prendront leur véritable valeur que lorsqu’ils se traduiront par des raccordements effectifs, une électricité disponible et des entreprises capables de produire davantage. En matière d’énergie, la souveraineté ne se décrète pas : elle se construit, ligne après ligne, financement après financement.
La Rédaction



