Burkina Faso : 138 milliards FCFA pour réduire de 95 % les nouvelles infections au VIH d’ici à 2030.
Ouagadougou lance un nouveau cycle de lutte contre le VIH, le sida et les infections sexuellement transmissibles. Estimé à 138,12 milliards FCFA sur la période 2026-2030, le programme prévoit une réduction de 95 % des nouvelles infections et des décès liés au virus. Mais entre les besoins sanitaires, la prise en charge pédiatrique et la mobilisation des ressources, l’exécution du plan sera déterminante.
Le Burkina Faso engage une nouvelle étape dans sa lutte contre le VIH. Réuni le 28 octobre 2026 à Ouagadougou, le Conseil national de lutte contre le sida et les infections sexuellement transmissibles (CNLS-IST) a adopté le Plan stratégique national de lutte contre le VIH, le sida et les IST pour la période 2026-2030. Son coût prévisionnel est estimé à 138,12 milliards FCFA, soit environ 210,56 millions d’euros.
Présidée par le capitaine Martha Céleste Anderson Médah, directeur de cabinet du président du Faso et représentant Ibrahim Traoré, la 23e session ordinaire du CNLS-IST a également permis d’examiner le bilan du Plan national multisectoriel de 2025 et les recommandations de la précédente session.
Ce nouveau document prend le relais du Cadre stratégique national 2021-2025. Il doit coordonner les interventions de l’État, des acteurs communautaires et des partenaires techniques et financiers au cours des cinq prochaines années.
Une ambition : réduire de 95 % les infections et les décès
Le PSN-SIDA 2026-2030 repose sur quatre grands résultats attendus. Le premier vise à réduire de 95 % les nouvelles infections à VIH. Le deuxième prévoit une baisse de 95 % de la mortalité liée au virus et aux maladies associées.
Le troisième axe porte sur l’amélioration de la qualité de vie de 95 % des personnes vivant avec le VIH, des orphelins et enfants vulnérables ainsi que des populations exposées. Le dernier concerne le renforcement des mécanismes de gouvernance pour assurer une coordination plus efficace et durable de la riposte.
Derrière ces objectifs, les autorités veulent notamment améliorer le dépistage, garantir l’accès aux traitements antirétroviraux et renforcer le suivi médical des personnes infectées.
L’objectif affiché est d’éliminer le sida en tant que problème de santé publique d’ici à 2030. Cette ambition ne signifie pas la disparition du virus, mais une réduction suffisamment importante de son impact sanitaire pour qu’il ne constitue plus une menace majeure pour la population.
138,12 milliards FCFA : les ressources au cœur du dispositif
Le montant de 138,12 milliards FCFA représente le coût prévisionnel du programme sur cinq ans. Il ne correspond pas à une somme déjà entièrement mobilisée ou disponible dans les caisses de l’État.
La stratégie prévoit de renforcer la contribution des ressources nationales. Le gouvernement entend porter la participation de l’État à au moins 50 % du financement de la riposte à l’horizon 2030, soit une contribution théorique minimale de 69,06 milliards FCFA sur la durée du plan.
Le financement doit également s’appuyer sur les partenaires techniques et financiers, les collectivités territoriales et le secteur privé. Cette diversification est importante dans un contexte où la continuité des programmes de prévention et de traitement dépend de la disponibilité régulière des ressources.
Le précédent exercice illustre cette difficulté. Selon les données rapportées par Madar, seuls 59,41 % des besoins du plan national ont été couverts en 2025, contre 71,43 % en 2024. L’écart entre les besoins programmés et les financements effectivement mobilisés demeure donc un point de vigilance.
91 000 personnes vivant avec le VIH : des progrès, mais des fragilités
Les données présentées lors de la session du CNLS-IST montrent que la prévalence du VIH dans la population générale était estimée à 0,5 % en 2025. Le pays comptait environ 91 000 personnes vivant avec le virus, dont 5 800 enfants.
Sur la même année, les estimations font état de 1 600 nouvelles infections et de 1 800 décès liés au VIH. Parallèlement, 87 534 personnes bénéficiaient d’un traitement antirétroviral, tandis que 93 % des personnes vivant avec le VIH connaissaient leur statut sérologique.
Ces résultats témoignent des progrès réalisés en matière de dépistage et d’accès aux traitements. Toutefois, plusieurs indicateurs révèlent des insuffisances persistantes.
La prise en charge des enfants constitue notamment l’un des points les plus préoccupants. Selon les chiffres rapportés par Madar, seuls 29 % des enfants vivant avec le VIH étaient identifiés et sous traitement. Autrement dit, une part importante des enfants concernés reste encore en dehors du dispositif de soins.
La suppression de la charge virale représente un autre défi. Cet indicateur mesure la capacité du traitement à réduire la quantité de virus dans le sang jusqu’à un niveau indétectable. Elle concernait environ 61 % des personnes vivant avec le VIH, selon les données présentées lors de la session.
Les autorités ont ainsi appelé à renforcer le dépistage précoce des enfants, l’accès aux examens de suivi et la qualité des traitements.
La contribution de l’État attendue à au moins 50 %
L’augmentation des ressources nationales constitue l’un des axes importants du nouveau programme. Le gouvernement veut progressivement réduire la dépendance de la riposte aux financements extérieurs, tout en maintenant la collaboration avec les partenaires techniques et financiers.
Le représentant du président du Faso a notamment réaffirmé l’engagement des autorités à garantir la gratuité des traitements antirétroviraux et des examens de suivi biologique.
La mise en œuvre du plan devra également tenir compte des besoins des populations affectées par la crise sécuritaire et humanitaire, notamment les personnes déplacées internes et celles retournées dans leurs localités. Leur accès au dépistage, aux traitements et au suivi médical peut être fragilisé par les difficultés de déplacement et la pression sur les infrastructures sanitaires.
À l’issue des travaux, le Secrétariat permanent du CNLS-IST a été chargé de finaliser le document stratégique, de décliner ses orientations dans le Plan national multisectoriel 2027 et de mettre en place un mécanisme de suivi des recommandations.
Le défi de l’exécution
Avec 138,12 milliards FCFA programmés, le Burkina Faso se fixe une trajectoire ambitieuse pour les cinq prochaines années. Mais la réussite du dispositif dépendra moins du montant inscrit dans le document que de la capacité à mobiliser les financements, à les répartir efficacement et à garantir la continuité des services de santé.
La faiblesse de la prise en charge pédiatrique, les difficultés d’accès aux examens de charge virale et le déficit de financement du précédent plan montrent que les besoins restent importants.
D’ici à 2030, le véritable bilan ne se lira donc pas uniquement dans les milliards annoncés, mais dans les infections évitées, les vies préservées et les patients qui auront effectivement accès aux soins.
La Rédaction



