Bénin : 67 milliards FCFA de financements illustrent le potentiel de la titrisation.
Le Capital Reach Forum 2026 s’est achevé à Cotonou sur un enjeu majeur pour les économies africaines : transformer l’épargne disponible en financements capables de soutenir les entreprises, le logement et l’industrialisation. Organisée les 26 et 27 octobre par la Société de gestion et d’intermédiation Africaine de Gestion et d’Intermédiation (SGI-AGI), cette première édition a notamment mis en lumière deux opérations de titrisation totalisant 67 milliards de FCFA : 52 milliards pour le programme Keur Samba et 15 milliards pour ZAKA. Deux mécanismes qui montrent comment le marché financier régional peut compléter le crédit bancaire traditionnel.
Rapprocher les capitaux des besoins de l’économie
Placée sous le thème « Finance africaine de proximité : rendre le marché plus accessible, plus utile et plus transactionnel », la rencontre a réuni des représentants des pouvoirs publics, des institutions financières, des investisseurs et des entreprises.
Le constat est partagé : la présence de capitaux dans le système financier ne garantit pas que les entreprises puissent y accéder. Les PME, en particulier, se heurtent souvent à des garanties insuffisantes, à des exigences de transparence financière et à des conditions de crédit difficiles à satisfaire.
Pour les organisateurs, l’enjeu est donc de mieux connecter les porteurs de projets aux investisseurs, tout en améliorant la structuration des opérations et la compréhension des instruments financiers. Le crédit bancaire, les garanties, le capital-investissement, les obligations et la titrisation sont appelés à fonctionner de manière complémentaire, selon les besoins et la capacité financière des entreprises.
Keur Samba, 52 milliards FCFA pour soutenir les PME
Le programme Keur Samba illustre cette diversification des sources de financement. Au Bénin, une opération réalisée en 2025 avec NSIA Banque Bénin a permis de mobiliser 52 milliards de FCFA.
Le principe de la titrisation consiste à regrouper des créances, par exemple des prêts accordés par une banque, puis à les transférer à un fonds spécialisé qui émet des titres financiers souscrits par des investisseurs. La banque obtient ainsi des ressources supplémentaires et peut dégager de nouvelles capacités de financement.
Le programme Keur Samba vise notamment à renforcer l’accès des PME aux financements au Bénin, au Togo et au Sénégal. Selon les informations présentées par les partenaires, 25 % des ressources sont destinées aux entreprises détenues ou dirigées par des femmes et 15 % à des financements liés au climat.
ZAKA, 15 milliards FCFA mobilisés pour le logement abordable
Autre illustration présentée au forum, l’opération ZAKA portée par BSIC Bénin a permis de mobiliser 15 milliards de FCFA, entièrement placés auprès des investisseurs à la clôture de l’opération, le 26 octobre 2026.
Structurée avec l’appui d’AFINHAB et de BOAD Titrisation, cette opération est consacrée au financement du logement abordable. La banque s’est engagée à affecter la totalité des fonds levés à des projets immobiliers dont le coût unitaire ne dépasse pas 150 millions de FCFA. Le dispositif doit notamment soutenir les acquéreurs et les promoteurs immobiliers.
Cette opération montre que la titrisation ne se limite pas au financement des entreprises. Elle peut aussi mobiliser des ressources pour des besoins sociaux, à condition que l’utilisation des fonds soit encadrée et que les engagements pris envers les investisseurs soient suivis.
L’industrialisation, autre chantier du financement africain
Les échanges ont également porté sur les besoins en capitaux des entreprises industrielles. Pour grandir, augmenter leur production et conquérir de nouveaux marchés, ces entreprises ont besoin de financements adaptés à chaque étape de leur développement.
L’enjeu est particulièrement important en Afrique subsaharienne, où l’industrie manufacturière représentait environ 11 % du PIB en 2023, contre près de 18 % au début des années 1980, selon les chiffres cités par Sika Finance.
Le développement de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) et les ambitions industrielles du Bénin, notamment autour de la Zone industrielle de Glo-Djigbé, renforcent la nécessité de trouver des financements capables d’accompagner les investissements productifs.
Pour les entreprises, l’accès au capital reste toutefois conditionné par la qualité des projets, la gouvernance, la transparence des comptes et la capacité à rembourser les financements obtenus. La diversification des instruments financiers ne supprime donc pas le risque : elle permet surtout de mieux répartir les sources de financement et d’élargir les possibilités de mobilisation des ressources.
Après le forum, place aux opérations concrètes
À la clôture de cette première édition, Théodore Ganflè, directeur général de la SGI-AGI, a appelé les acteurs financiers à poursuivre les échanges afin de faire émerger de nouvelles opérations. Une prochaine édition est envisagée dans un délai de 18 mois à deux ans.
Le Capital Reach Forum aura ainsi posé une question essentielle pour le Bénin et, plus largement, pour l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) : comment faire circuler davantage de capitaux vers les entreprises et les projets qui créent de la valeur ?
Les 67 milliards de FCFA mobilisés à travers Keur Samba et ZAKA donnent une illustration concrète des possibilités offertes par la titrisation. Mais la portée du forum se jugera sur la durée : dans les financements réellement accordés, les logements rendus accessibles et les entreprises capables d’investir, de produire et de créer des emplois.
La Rédaction



