AES : Tafouk TV et Daandè Liptako, les nouveaux instruments médiatiques d’une Confédération en construction.
Le CNT malien ouvre la voie à la création de deux médias communs à l’espace AES. Derrière ce projet audiovisuel et radiophonique se joue un enjeu stratégique : maîtriser l’information, renforcer l’intégration régionale et accompagner la construction d’un nouvel espace politique et économique au Sahel.
La Confédération des États du Sahel (AES) poursuit la mise en place de ses outils communs. Le Conseil national de Transition (CNT) du Mali a adopté, le 10 juillet 2026, les projets de loi autorisant la ratification des accords portant création de Tafouk TV et de Daandè Liptako, deux médias destinés à devenir les plateformes audiovisuelles communes du Burkina Faso, du Mali et du Niger.
Adoptés à l’unanimité par les membres du CNT avec 123 voix pour, zéro contre et zéro abstention, ces textes constituent une nouvelle étape juridique dans la concrétisation du dispositif médiatique de l’AES.
Au-delà de la création de deux nouveaux médias, cette initiative traduit une volonté politique plus large : bâtir une communication commune capable d’accompagner les ambitions institutionnelles, diplomatiques et économiques de la Confédération.
Deux médias pour porter la voix de l’AES
Les accords ratifiés concernent deux projets complémentaires.
Le premier porte sur la création de Tafouk TV, une chaîne de télévision confédérale appelée à assurer la diffusion d’informations relatives aux activités et aux initiatives communes des trois États membres.
Le second concerne Daandè Liptako, une radio destinée à renforcer la proximité avec les populations et à toucher notamment les zones rurales où la radio demeure un outil majeur d’accès à l’information.
Les deux médias doivent servir de plateformes de diffusion des actions de l’AES, mais également valoriser les cultures, les langues et les réalités sociales des pays membres.
Des accords signés entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger
La création de ces médias repose sur deux accords interétatiques.
L’accord relatif à Daandè Liptako a été signé à Ouagadougou le 26 novembre 2025, tandis que celui concernant Tafouk TV a été conclu à Bamako le 21 décembre 2025.
L’adoption par le CNT permet au Mali de franchir une étape importante dans le processus de ratification et d’intégration de ces structures dans l’architecture institutionnelle de la Confédération.
Les textes ont été présentés aux conseillers nationaux par le ministre malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop.
La communication, un nouveau pilier de l’intégration sahélienne
Pour les autorités de l’AES, la création de médias communs répond à un besoin stratégique : disposer d’outils capables de diffuser une vision partagée des enjeux régionaux.
Dans un contexte marqué par de fortes mutations géopolitiques, les États membres considèrent l’information comme un élément essentiel de souveraineté.
Ces nouveaux médias devraient notamment permettre :
- de renforcer la visibilité des actions communes de l’AES ;
- de promouvoir les initiatives économiques et sociales des trois pays ;
- de lutter contre la désinformation ;
- de valoriser les identités culturelles sahéliennes ;
- de rapprocher les institutions des populations.
La communication devient ainsi un instrument d’accompagnement de l’intégration régionale, au même titre que la coopération sécuritaire, diplomatique ou économique.
Un outil pour renforcer la souveraineté médiatique
La création de Tafouk TV et Daandè Liptako intervient dans un environnement où la maîtrise de l’information est devenue un enjeu majeur pour les États.
Avec la multiplication des plateformes numériques, des réseaux sociaux et des campagnes d’influence, les gouvernements cherchent de plus en plus à développer leurs propres canaux de communication.
Pour l’AES, ces médias doivent contribuer à renforcer une narration commune sur les défis du Sahel, tout en offrant une plateforme de diffusion des projets portés par la Confédération.
Cette approche rejoint une tendance observée dans plusieurs régions du monde : les espaces politiques en construction cherchent souvent à développer leurs propres outils médiatiques pour accompagner leur identité institutionnelle.
Un potentiel levier économique et d’intégration régionale
Au-delà de leur dimension politique, ces médias pourraient également jouer un rôle économique.
Une plateforme audiovisuelle commune pourrait contribuer à mieux faire connaître :
- les opportunités d’investissement dans les pays membres ;
- les projets d’infrastructures ;
- les initiatives agricoles et industrielles ;
- les programmes d’intégration commerciale ;
- les politiques publiques communes.
Dans un espace qui ambitionne de renforcer ses échanges internes, la circulation de l’information économique constitue un facteur essentiel.
Informer les entrepreneurs, les investisseurs et les populations sur les opportunités disponibles peut devenir un outil supplémentaire pour stimuler l’activité économique.
Les défis de la gouvernance et de la crédibilité
Si la création de ces médias représente une étape importante, leur réussite dépendra largement de leur gouvernance et de leur crédibilité auprès du public.
Les futurs médias de l’AES devront répondre à plusieurs défis :
- garantir une information accessible et de qualité ;
- trouver un équilibre entre communication institutionnelle et traitement journalistique ;
- toucher des audiences diversifiées dans trois pays aux réalités différentes ;
- intégrer les langues locales pour renforcer la proximité.
La confiance des citoyens sera un élément déterminant de leur succès.
L’AES poursuit la construction de ses institutions communes
Après les initiatives dans les domaines de la sécurité, de la diplomatie et de la coopération économique, la mise en place d’un dispositif médiatique commun constitue une nouvelle étape dans la construction de l’AES.
Tafouk TV et Daandè Liptako ne sont donc pas seulement deux nouveaux médias. Ils représentent un outil stratégique destiné à accompagner l’émergence d’un espace confédéral avec ses propres institutions, ses propres priorités et sa propre vision du développement.
Dans le Sahel en pleine recomposition, l’information devient un territoire stratégique. Celui qui maîtrise le récit maîtrise aussi une partie de la construction de son avenir.
La Rédaction



