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AES-CEDEAO : A Ouagadougou, le Sahel prépare sa doctrine de négociation avec l’Afrique de l’Ouest.

Le Burkina Faso, le Mali et le Niger élaborent une position commune avant de futures discussions avec la CEDEAO. Un exercice diplomatique qui pourrait redessiner les relations économiques et politiques de toute l’Afrique de l’Ouest.

Après le temps de la rupture, vient celui de la négociation. Réunis mardi à Ouagadougou, des experts du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont entamé des travaux destinés à élaborer un document-cadre stratégique commun en prélude aux futures consultations entre la Confédération des États du Sahel (AES) et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

L’objectif est clair : permettre aux trois pays sahéliens de parler d’une seule voix face au bloc ouest-africain et définir une doctrine de négociation commune sur les questions d’intérêt régional.

L’initiative marque une nouvelle étape dans les relations entre l’AES et la CEDEAO, plus d’un an après le retrait officiel du Burkina Faso, du Mali et du Niger de l’organisation régionale.

Construire une position commune

Selon les autorités burkinabè, les travaux de Ouagadougou visent à identifier les intérêts stratégiques de la Confédération et à harmoniser les positions des trois États membres avant l’ouverture de discussions formelles avec la CEDEAO.

Le secrétaire général du ministère burkinabè des Affaires étrangères, l’ambassadeur Hermann Yirigouin Toé, a indiqué que l’ambition est de préparer « l’avenir des rapports futurs » entre les deux espaces régionaux.

L’exercice dépasse donc le simple cadre diplomatique. Il s’agit de définir les lignes rouges, les priorités économiques et les domaines de coopération que l’AES entend préserver ou renforcer avec la CEDEAO.

Cette démarche traduit également la volonté de l’organisation sahélienne de consolider sa cohésion interne avant de s’engager dans des négociations qui pourraient avoir des conséquences durables sur l’intégration régionale.

Des enjeux économiques considérables

Derrière les discussions diplomatiques se cachent des intérêts économiques majeurs.

Les trois pays de l’AES restent profondément interconnectés avec les économies de la CEDEAO. Une part importante de leurs importations et exportations transite par les ports des pays côtiers de l’Afrique de l’Ouest, notamment ceux du Togo, du Bénin, de la Côte d’Ivoire et du Ghana.

La libre circulation des marchandises, des personnes et des capitaux constitue donc un enjeu crucial pour les économies sahéliennes.

Toute détérioration des relations entre les deux ensembles pourrait perturber :

  • les corridors commerciaux ;
  • les échanges de biens de consommation ;
  • les approvisionnements en produits stratégiques ;
  • les investissements régionaux ;
  • les flux financiers et bancaires.

Pour les entreprises et les opérateurs économiques, la stabilité des relations entre l’AES et la CEDEAO est devenue une question de compétitivité et de sécurité économique.

Sécurité et intégration régionale au cœur des discussions

Les experts réunis à Ouagadougou doivent également examiner les questions liées à la sécurité régionale.

Le terrorisme, les trafics transfrontaliers et la criminalité organisée continuent de représenter des menaces communes pour les pays de l’AES et ceux de la CEDEAO.

Malgré la séparation institutionnelle, les défis sécuritaires demeurent largement partagés, rendant indispensable une forme de coopération entre les deux espaces.

Les discussions portent également sur les mécanismes de concertation politique et les modalités de collaboration future entre les deux organisations.

La fin de la rupture ?

Le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la CEDEAO, devenu effectif le 29 janvier 2025, avait ouvert une période d’incertitude sans précédent pour l’intégration ouest-africaine.

Les trois États avaient dénoncé les sanctions imposées par l’organisation régionale après les changements de pouvoir intervenus dans chacun des pays et avaient choisi de créer leur propre cadre d’intégration à travers la Confédération des États du Sahel.

Mais la réalité économique a rapidement rappelé l’interdépendance des économies ouest-africaines.

Aucun des deux blocs ne peut ignorer l’importance des échanges commerciaux, des mouvements de populations et des impératifs de sécurité collective.

La préparation d’un document-cadre stratégique apparaît ainsi comme un signal d’ouverture et de pragmatisme.

Vers un nouveau modèle de coopération régionale

Au-delà de la dimension diplomatique, la réunion de Ouagadougou pourrait marquer le début d’une nouvelle architecture des relations régionales en Afrique de l’Ouest.

L’enjeu n’est plus de savoir si l’AES et la CEDEAO doivent coopérer, mais comment organiser cette coopération dans un contexte institutionnel inédit.

Pour la première fois depuis la rupture, les trois pays sahéliens se dotent d’une feuille de route commune pour négocier avec leur ancien espace communautaire.

L’exercice pourrait jeter les bases d’une relation renouvelée entre les deux ensembles, fondée sur le dialogue, les intérêts économiques mutuels et la recherche d’un équilibre entre souveraineté nationale et intégration régionale.

Car malgré les divergences politiques qui ont conduit à leur séparation, l’AES et la CEDEAO demeurent liées par une même géographie, des échanges économiques intenses et des défis sécuritaires communs. Et en Afrique de l’Ouest, l’histoire montre souvent qu’après les ruptures les plus profondes, les nécessités économiques finissent toujours par imposer le chemin du dialogue.

La Rédaction

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