Niger : Dans les campagnes, l’électricité devient un moteur de croissance économique.
Avec plus d’un million de personnes ayant bénéficié d’un accès nouveau ou amélioré à l’électricité entre janvier et octobre 2026, le programme Haské accélère l’électrification du Niger. Au-delà de l’éclairage des ménages, l’enjeu est désormais économique : améliorer la productivité agricole, moderniser les petits ateliers et permettre aux commerces ruraux de développer de nouvelles activités.
Au Niger, l’électricité commence à changer le quotidien des entrepreneurs ruraux. Dans les villages, elle ne sert plus seulement à éclairer les habitations après le coucher du soleil. Elle permet aussi de faire fonctionner des équipements, de réduire le temps de production, de conserver des produits et d’élargir l’offre de services.
Cette évolution intervient dans un contexte de déficit énergétique particulièrement marqué. Selon la Banque mondiale, environ 23 % de la population nigérienne avait accès à l’électricité en 2024. En milieu rural, où vit plus de huit Nigériens sur dix, le taux d’accès était estimé à seulement 5,3 % en 2020.
Pour réduire cet écart, le pays mise notamment sur le Projet d’accélération de l’accès à l’électricité au Niger, baptisé Haské, un programme soutenu par la Banque mondiale. Les résultats publiés le 21 octobre 2026 montrent une progression importante : plus d’un million de personnes ont bénéficié d’un accès nouveau ou amélioré à l’électricité entre janvier et octobre 2026.
Haské accélère l’électrification des zones rurales
Dotée d’un financement initial de 317,5 millions de dollars pour sa première phase, Haské combine plusieurs solutions : extension et renforcement du réseau électrique national, mini-réseaux solaires et systèmes autonomes destinés aux ménages, aux entreprises et aux institutions publiques.
Ce modèle répond à une contrainte structurelle du Niger. Dans un territoire vaste, où de nombreuses localités sont éloignées les unes des autres, le raccordement systématique au réseau national peut être coûteux et prendre du temps. Les installations solaires décentralisées permettent ainsi d’apporter des solutions énergétiques à des communautés qui resteraient autrement difficiles à desservir.
Le programme ne se limite pas à raccorder les habitations. Il entend également encourager les usages productifs de l’électricité, soutenir les activités génératrices de revenus et renforcer les institutions chargées du secteur énergétique.
À l’horizon 2027, Haské vise 2,5 millions de personnes bénéficiant de services électriques nouveaux ou améliorés. Une ambition qui inscrit le projet dans une logique de transformation économique, au-delà de la seule amélioration des conditions de vie.
Dans les ateliers, l’électricité améliore la productivité
À Bamou, dans la région de Maradi, l’expérience du forgeron Issaka Bakoye illustre concrètement les effets de l’électrification sur les petites entreprises rurales.
Pendant des années, son activité reposait essentiellement sur des outils traditionnels et un travail physique exigeant. Avec l’arrivée de l’électricité, il a pu accélérer certaines opérations et diversifier ses prestations, notamment en proposant des travaux de soudure qui étaient auparavant réalisés ailleurs.
Selon le témoignage publié par la Banque mondiale, des opérations qui nécessitaient auparavant cinq minutes peuvent désormais être effectuées en une minute. Ses gains journaliers seraient passés d’environ 2 000 à 3 000 FCFA à au moins 5 000 FCFA.
Ce cas montre comment une meilleure alimentation électrique peut agir directement sur la productivité d’un artisan : davantage de travaux réalisés dans une même journée, de nouveaux services proposés et des revenus potentiellement plus élevés.
L’effet dépasse ainsi la seule disponibilité de l’énergie. Il touche à la capacité des petites entreprises à développer leur activité et à mieux répondre à la demande locale.
Le commerce rural profite également de l’accès à l’énergie
L’électricité ouvre aussi de nouvelles perspectives dans le petit commerce. Toujours dans la région de Maradi, Saoude Oumarou a développé une activité de vente de jus frais, de glace et de produits alimentaires grâce à l’électricité disponible à son domicile.
Pendant la saison chaude, elle déclare réaliser jusqu’à 5 000 FCFA de ventes quotidiennes. La disponibilité de l’énergie lui permet notamment de proposer des produits frais et de diversifier ses sources de revenus.
Ces exemples, rapportés par la Banque mondiale, illustrent une évolution importante pour les économies rurales : l’électricité favorise l’apparition d’activités qui nécessitent une alimentation énergétique régulière et permet à certains commerces d’élargir leur offre.
Il convient toutefois de considérer ces montants comme des témoignages individuels, et non comme une mesure de l’évolution moyenne des revenus dans les campagnes nigériennes.
L’agriculture, un secteur stratégique pour l’énergie solaire
L’enjeu est particulièrement important pour l’agriculture, qui occupe une place centrale dans l’économie nigérienne. Selon les données présentées par la Banque mondiale en mars 2023, le secteur représentait près de 40 % du produit intérieur brut et employait environ 81 % de la population.
Dans un environnement marqué par l’aridité et les difficultés d’accès à l’eau, l’énergie solaire peut contribuer à renforcer les capacités de production. Les pompes solaires permettent notamment d’irriguer les parcelles sans dépendre systématiquement du carburant nécessaire aux motopompes traditionnelles.
Le Projet d’accès à l’électricité solaire au Niger (NESAP), soutenu par la Banque mondiale, avait déjà contribué à faciliter l’acquisition de ces équipements par les agriculteurs. Environ 800 pompes solaires avaient été introduites dans les exploitations depuis 2017, selon le bilan publié en 2023.
À Finaré, l’agriculteur Boubacar Issoufou Alzouma a ainsi pu étendre les surfaces irriguées, diversifier ses cultures et améliorer ses rendements grâce à plusieurs pompes solaires et à un accompagnement technique.
Cette expérience met en évidence un potentiel économique majeur : l’énergie peut contribuer à réduire certains coûts de production, à améliorer la disponibilité de l’eau et à favoriser la transformation des exploitations agricoles.
À terme, l’enjeu est aussi de développer des activités complémentaires, comme la transformation, le stockage et la conservation des produits agricoles, qui restent indispensables pour limiter les pertes et augmenter la valeur ajoutée locale.
Un financement important, mais des défis persistants
Malgré les progrès enregistrés, l’électrification rurale nigérienne reste confrontée à plusieurs défis. Le premier concerne le coût de l’énergie pour les ménages et les petites entreprises. Un raccordement ou un équipement solaire ne suffit pas si les utilisateurs ne peuvent pas financer les appareils nécessaires à leur activité.
La maintenance des installations constitue un autre enjeu. Les mini-réseaux et les équipements solaires doivent pouvoir être entretenus sur la durée, avec des techniciens qualifiés et des mécanismes de financement adaptés.
Enfin, l’accès à l’électricité doit s’accompagner d’un meilleur accès au crédit, aux équipements productifs et aux débouchés commerciaux. Sans ces conditions, les gains de productivité risquent de rester limités.
Le 21 octobre 2026, la Banque africaine de développement a par ailleurs approuvé un financement de 144,34 millions de dollars, soit environ 80 milliards de FCFA, pour la deuxième phase du Programme d’appui à la gouvernance du secteur énergétique et à la compétitivité (PAGSEC-II). Ce financement doit notamment soutenir l’accès à l’énergie, la gouvernance du secteur et le développement du secteur privé.
Cette initiative complète les efforts engagés pour améliorer les performances du secteur énergétique nigérien, même si elle ne constitue pas un financement direct du programme Haské.
Faire de l’électricité un véritable facteur de développement
Pour le Niger, le défi ne consiste donc plus uniquement à augmenter le nombre de personnes raccordées ou équipées. Il s’agit de transformer l’accès à l’énergie en activité économique, en emplois et en revenus durables.
Les expériences observées à Maradi et les initiatives d’irrigation solaire montrent que cette transformation est possible. Mais son ampleur dépendra de la capacité des ménages, des agriculteurs et des entrepreneurs à utiliser l’électricité pour produire davantage et accéder à de nouveaux marchés.
L’électrification rurale ne sera pleinement réussie que lorsque la lumière dans les villages se traduira aussi par davantage de production dans les champs, de valeur ajoutée dans les ateliers et de revenus dans les commerces. Au Niger, le véritable indicateur de réussite ne sera donc pas seulement le nombre de personnes éclairées, mais celui des activités économiques que cette énergie permettra de faire grandir.
La Rédaction



