Afrique subsaharienne : 748 millions de citadins supplémentaires d’ici 2050, le grand défi économique des villes africaines.
La population urbaine de l’Afrique subsaharienne devrait passer de 913 millions d’habitants en 2025 à 1,7 milliard en 2050, selon la Banque mondiale. Cette progression ouvre un vaste potentiel de croissance, d’investissement et de création d’emplois. Mais sans infrastructures adaptées, planification foncière et financements durables, les villes risquent de subir cette expansion plutôt que d’en tirer profit.
L’Afrique subsaharienne entre dans une nouvelle phase de sa transformation démographique. D’ici à 2050, la région devrait compter 748 millions de citadins supplémentaires. Cette projection figure dans le rapport de la Banque mondiale intitulé Sub-Saharan Africa’s Urban Awakening: Catalyzing Economic Growth and Job Creation, publié le 29 octobre 2026.
La population urbaine devrait ainsi passer de 913 millions de personnes en 2025 à environ 1,7 milliard à l’horizon 2050. Un changement d’échelle considérable qui va remodeler les marchés du travail, les besoins en logements, les réseaux de transport et les politiques d’aménagement du territoire.
Pour la Banque mondiale, cette évolution constitue une occasion majeure de stimuler la croissance économique et de créer des emplois de meilleure qualité. Mais cette perspective dépendra des choix d’investissement et de gouvernance opérés dès maintenant.
Une croissance urbaine qui doit devenir un moteur d’emplois
Chaque année, environ 15 millions de jeunes arrivent sur les marchés du travail d’Afrique subsaharienne. Cette pression démographique rend indispensable la création d’activités économiques capables d’absorber une population active toujours plus nombreuse.
Les villes occupent une place centrale dans cette équation. Elles concentrent les entreprises, les services, les infrastructures et les marchés. Les ménages urbains dépensent d’ailleurs davantage par adulte que les ménages ruraux présentant un niveau d’instruction comparable, ce qui reflète notamment leur accès à des possibilités économiques plus importantes.
Toutefois, cette concentration de population ne se traduit pas encore suffisamment par des gains de productivité. Selon le rapport, les villes d’Afrique subsaharienne génèrent en moyenne près de 50 % moins d’activité économique que des villes de taille comparable situées à la frontière mondiale de la productivité. L’activité économique est ici évaluée notamment à partir de l’intensité des lumières nocturnes.
Le constat est important : l’Afrique s’urbanise rapidement, mais ses villes ne produisent pas encore autant de richesses qu’elles pourraient le faire. Le défi consiste donc à transformer cette croissance démographique en emplois productifs, en entreprises plus compétitives et en revenus plus élevés.
Transports, logements et foncier : les investissements à accélérer
Pour accompagner cette transformation, la Banque mondiale recommande de concentrer les investissements dans les zones où les entreprises peuvent se développer et où les travailleurs peuvent accéder facilement aux emplois.
Dans les grandes agglomérations, cela suppose notamment de renforcer les transports publics, de développer des infrastructures adaptées et de proposer des logements abordables à proximité des bassins d’activité. Une entreprise éloignée de ses fournisseurs, de ses clients et de sa main-d’œuvre supporte des coûts supplémentaires qui peuvent limiter sa compétitivité.
Les périphéries urbaines représentent un autre enjeu majeur. Leur expansion rapide nécessite une anticipation des besoins en routes, en réseaux d’eau et d’électricité, en assainissement et en équipements collectifs. La Banque mondiale recommande notamment de réserver les terrains nécessaires aux infrastructures avant que l’urbanisation informelle ne rende leur aménagement plus difficile et plus coûteux.
Le rapport souligne également le potentiel de plus de 15 000 petites villes et agglomérations de la région. Ces localités, souvent moins présentes dans les stratégies nationales d’investissement, pourraient devenir des pôles économiques importants, notamment lorsqu’elles sont situées le long des corridors de transport ou à proximité de zones agricoles, industrielles et commerciales.
Le financement des collectivités, un levier décisif
L’ampleur des besoins dépasse les capacités des seuls budgets publics. La construction de logements, l’aménagement des routes, l’extension des réseaux et la modernisation des services urbains nécessiteront des ressources financières considérables.
La Banque mondiale préconise donc de renforcer les capacités financières des collectivités territoriales. Parmi les pistes avancées figure la modernisation de la fiscalité foncière, afin d’améliorer la mobilisation des recettes locales. Une meilleure collecte des impôts liés à la propriété pourrait accroître les ressources disponibles et renforcer la solvabilité des villes.
L’institution recommande également des transferts financiers plus prévisibles et transparents entre les États et les collectivités, ainsi qu’une mobilisation accrue des capitaux privés. Les partenariats public-privé peuvent notamment contribuer au financement de projets structurants dans les domaines du transport, du logement et des services urbains.
Mais l’accès au financement ne suffit pas. Les collectivités doivent aussi disposer d’institutions capables de planifier les investissements, de suivre leur exécution et de rendre compte de l’utilisation des ressources.
Un enjeu stratégique pour le Mali et l’UEMOA
Cette transformation concerne directement les pays de l’UEMOA et, plus largement, les économies sahéliennes. Bamako, Abidjan, Dakar ou Ouagadougou sont confrontées à des besoins croissants en matière de mobilité, d’habitat, d’assainissement, d’énergie et d’accès aux services essentiels.
Pour le Mali, l’enjeu est particulièrement important : la croissance des agglomérations doit être accompagnée par une planification du foncier, des infrastructures et des activités économiques. Les villes secondaires peuvent également jouer un rôle plus important dans l’organisation des échanges, le développement des chaînes de valeur agricoles et l’accès aux marchés.
Le rapport de la Banque mondiale invite ainsi à ne pas concentrer toute la politique urbaine sur les seules capitales. Les villes intermédiaires et les petites agglomérations peuvent contribuer à mieux répartir les activités économiques et à réduire la pression sur les grandes métropoles.
2050 se prépare dès aujourd’hui
L’augmentation de 748 millions de citadins annoncée pour l’Afrique subsaharienne est à la fois une pression sur les infrastructures et une opportunité économique considérable. Elle pourrait élargir les marchés de consommation, soutenir l’investissement privé et renforcer le potentiel de création d’emplois.
Mais les décisions prises au cours des prochaines années pèseront lourdement sur la trajectoire des villes africaines. Construire après coup des routes, des réseaux d’assainissement ou des équipements collectifs coûte généralement plus cher que de réserver les espaces et de planifier leur installation en amont.
L’Afrique subsaharienne ne construit pas seulement les villes qui accueilleront sa population de 2050 : elle détermine aussi les conditions dans lesquelles cette population pourra travailler, produire et créer de la richesse. Le véritable enjeu n’est donc pas seulement de loger 748 millions de nouveaux citadins, mais de faire de cette urbanisation un investissement dans la compétitivité des économies africaines.
La Rédaction



