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Afrique : Les capitaux privés délaissent progressivement la tech au profit de l’énergie et des services B2B.

Le ralentissement des transactions technologiques contraste avec l’attrait croissant de l’énergie et des services aux entreprises. Selon l’AVCA, ces deux secteurs ont capté près de la moitié des capitaux privés déployés au troisième trimestre 2026, dans un marché marqué par moins d’opérations, mais des financements plus concentrés.

Le capital-investissement africain change de dynamique. Après plusieurs années durant lesquelles la technologie et la fintech ont concentré une part importante de l’attention des investisseurs, l’énergie et les services aux entreprises prennent davantage de place dans les financements. Les chiffres du troisième trimestre 2026 publiés le 28 octobre par l’Association africaine du capital-investissement et du capital-risque (AVCA) illustrent cette réorientation.

Sur la période, le nombre de transactions de capital privé recensées sur le continent a reculé de 25 % sur un an, à 296 opérations. Pourtant, leur valeur cumulée a progressé de 31 %, pour atteindre 4,6 milliards de dollars. Cette évolution révèle un marché où les capitaux se concentrent davantage sur des opérations de grande taille, alors que les transactions se raréfient.

La technologie et la fintech sous pression

Le recul est particulièrement marqué dans la technologie. Selon l’AVCA, le nombre de transactions du secteur a chuté de 52 % sur un an au troisième trimestre 2026. Dans les services financiers, où la fintech occupe une place importante, la baisse atteint 39 %. Le nombre de transactions de capital-risque a également diminué de 35 %.

Ces chiffres traduisent un ralentissement des opérations, mais pas nécessairement un désengagement général des investisseurs envers les entreprises technologiques. Le financement se concentre davantage sur certaines sociétés capables d’attirer des montants importants, tandis que les petites levées de fonds deviennent plus difficiles.

Cette sélectivité modifie les conditions de financement des jeunes entreprises. Les sociétés qui n’ont pas encore démontré la solidité de leur modèle économique ou leur capacité à générer des revenus réguliers peuvent rencontrer davantage de difficultés pour convaincre les investisseurs.

L’énergie et les services B2B captent près de la moitié des capitaux

À l’inverse, l’énergie et les services aux entreprises progressent dans la répartition des financements. Au troisième trimestre, l’énergie a représenté 23 % des capitaux privés déployés et les services aux entreprises 24 %, soit 47 % à eux deux, selon l’AVCA.

Les services B2B, pour business-to-business, regroupent les entreprises qui vendent des produits ou prestations à d’autres entreprises. Il peut s’agir de logistique, de services techniques, de solutions professionnelles ou de prestations permettant d’améliorer la gestion et la productivité des sociétés.

L’énergie répond, de son côté, à des besoins structurels du continent : accès à l’électricité, sécurisation de l’approvisionnement des entreprises et développement de nouvelles capacités de production. Ces besoins offrent des perspectives d’investissement, même si les projets énergétiques nécessitent souvent des financements importants et des délais de réalisation longs.

Il convient toutefois de distinguer la part de ces secteurs dans les capitaux privés recensés par l’AVCA des investissements énergétiques au sens large. Les deux indicateurs ne couvrent pas exactement les mêmes opérations.

Des montants en hausse, mais un financement plus concentré

La progression de 31 % de la valeur des transactions ne signifie pas que les entreprises africaines accèdent plus facilement aux capitaux. Selon l’AVCA, les opérations d’au moins 50 millions de dollars ont représenté 52 % des capitaux déployés, tandis que le nombre de transactions inférieures à ce seuil a diminué de 28 % sur un an.

Ce décalage entre la valeur et le nombre d’opérations est essentiel pour comprendre la situation. Quelques financements importants peuvent faire progresser les montants globaux, sans que cette amélioration profite à l’ensemble des entreprises.

Le rapport trimestriel de Stears Intelligence, publié le 20 octobre, met également en évidence cette concentration, avec 240 transactions recensées et 19 milliards de dollars de valeur déclarée au troisième trimestre. Ces chiffres ne sont pas directement comparables à ceux de l’AVCA, car les deux organismes utilisent des périmètres et des méthodes de comptabilisation différents. Ils confirment néanmoins que la lecture du marché dépend fortement des grandes opérations enregistrées.

Un enjeu majeur pour les PME africaines

Cette évolution pose une question centrale pour les économies africaines : comment faire en sorte que les capitaux soutiennent non seulement les grands projets, mais aussi les petites et moyennes entreprises qui créent des emplois et développent les chaînes de valeur locales ?

L’énergie et les services B2B peuvent contribuer à la productivité des entreprises, notamment en améliorant l’accès à l’électricité, la logistique et les services professionnels. Mais leur effet sur l’économie dépendra de la capacité des financements à se traduire en infrastructures opérationnelles, en services accessibles et en activités créatrices de valeur.

Pour les jeunes entreprises technologiques, l’enjeu sera de s’adapter à un environnement de financement plus sélectif, en démontrant plus clairement la viabilité de leurs modèles et leur capacité à générer des revenus durables.

Le défi, transformer les capitaux en croissance réelle

Les chiffres du troisième trimestre ne signalent pas un retrait uniforme des investisseurs privés d’Afrique. Ils témoignent plutôt d’une recomposition sectorielle et d’une concentration accrue des financements sur des opérations importantes.

Pour le continent, la question ne sera donc pas uniquement de savoir combien de milliards de dollars sont investis, mais où ils vont, quelles entreprises peuvent y accéder et quelles retombées économiques ils produisent.

Dans un marché où les capitaux deviennent plus sélectifs, la performance ne se mesurera pas seulement au volume des investissements, mais à leur capacité à financer une économie africaine plus productive, plus diversifiée et créatrice d’emplois.

La Rédaction

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