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Mali : L’intelligence artificielle, nouveau rempart contre les cybermenaces.

À Bamako, les Journées nationales de cybersécurité mettent l’intelligence artificielle au centre de la protection des données, des infrastructures stratégiques et des services numériques. Pour le Mali, l’enjeu dépasse la technologie : il s’agit aussi de renforcer les compétences locales et de réduire la dépendance technologique.

Le numérique ouvre de nouvelles perspectives aux administrations, aux entreprises et aux citoyens maliens. Mais cette transformation élargit également le champ des risques : fraudes en ligne, usurpations d’identité, vols de données et attaques contre les systèmes informatiques. Face à des menaces qui évoluent rapidement, le Mali mise notamment sur l’intelligence artificielle (IA) pour renforcer ses capacités de défense.

C’est dans cette perspective que s’est ouverte, le 27 octobre 2026 à Bamako, la quatrième édition des Journées nationales de cybersécurité (JNC). Organisée par l’Autorité malienne de régulation des télécommunications, des technologies de l’information et de la communication et des postes (AMRTP), avec la participation de la Faculté des sciences et techniques, la rencontre se tient jusqu’au 30 octobre autour du thème : « L’intelligence artificielle et le cyberespace : nouveaux défis pour la cybersécurité ».

L’IA, un outil de défense mais aussi une source de risques

L’intelligence artificielle peut aider les spécialistes à analyser de grandes quantités de données, repérer des comportements inhabituels sur un réseau informatique et détecter plus rapidement certaines tentatives d’intrusion. Dans les administrations comme dans les entreprises, ces capacités peuvent contribuer à limiter les interruptions de service et à mieux protéger les informations sensibles.

Mais cette technologie peut aussi servir les cybercriminels. L’IA générative permet notamment de produire des messages frauduleux plus crédibles, de personnaliser des tentatives d’escroquerie et d’automatiser certaines opérations malveillantes. Les attaques deviennent ainsi potentiellement plus rapides et plus difficiles à identifier.

Lors de l’ouverture des JNC, le président de l’AMRTP, Saïdou Pona Sankaré, a insisté sur les transformations induites par l’IA générative et les systèmes d’apprentissage automatique. Les échanges doivent permettre d’examiner comment exploiter ces outils pour mieux anticiper les menaces, sans négliger les risques liés à leur détournement.

Pour les entreprises, notamment celles qui manipulent des données financières ou réalisent des transactions numériques, la cybersécurité devient un enjeu opérationnel. Une attaque peut entraîner des pertes financières, perturber les activités et fragiliser la confiance des clients. La prévention n’est donc plus seulement une question informatique : elle participe à la continuité des activités économiques.

Un cadre national en construction

La tenue de ces journées intervient alors que le Mali structure son dispositif institutionnel de cybersécurité. Le 25 février 2026, le gouvernement a approuvé, par le décret n° 2026-0097/PT-RM, la Stratégie nationale de cybersécurité et son plan d’action pour la période 2026-2030.

Le 10 juin 2026, le Conseil des ministres a également adopté les textes relatifs à la création, à l’organisation et au fonctionnement de l’Agence nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information (ANSSI). Selon le communiqué officiel, cette structure doit contribuer à sécuriser les systèmes d’information et les communications électroniques, coordonner la réponse aux cyberattaques et participer à la protection des infrastructures et services critiques.

Ces orientations concernent des secteurs essentiels au fonctionnement du pays, notamment les télécommunications, les services financiers, l’énergie et l’administration. Leur protection est déterminante pour la continuité des services publics et des activités économiques.

Toutefois, l’adoption d’une stratégie et la création d’une agence ne suffisent pas à garantir la sécurité des systèmes. L’efficacité du dispositif dépendra aussi des moyens mobilisés, de la coordination entre les institutions et de la capacité à transformer les orientations nationales en mesures concrètes.

Plus de 1 300 dossiers de cybercriminalité en 2025

L’ampleur du phénomène donne une dimension concrète à ces enjeux. Selon l’Agence de presse africaine (APA), le Pôle national de lutte contre la cybercriminalité a enregistré 1 338 dossiers en 2025, dont 1 130 plaintes et 208 auto-saisines. Au moment de la présentation du bilan, 834 procédures étaient encore en cours d’enquête.

Ces données couvrent les affaires enregistrées par ce service et ne représentent pas nécessairement l’ensemble des infractions commises au Mali. Elles illustrent néanmoins la diversité des risques auxquels sont exposés les citoyens, les entreprises et les institutions.

Fraudes en ligne, usurpations d’identité, escroqueries liées aux moyens de paiement et atteintes aux systèmes informatiques figurent parmi les dossiers traités. Dans un environnement où les échanges commerciaux et financiers s’appuient de plus en plus sur les outils numériques, la sécurité devient une condition de confiance. Pour les entreprises, elle implique aussi d’investir dans la prévention, la protection des données et la formation des salariés.

Former les talents et renforcer la souveraineté numérique

Les JNC 2026 accordent une place importante au développement des compétences. Le programme prévoit des formations techniques, des conférences, des échanges entre spécialistes et des activités destinées à encourager l’innovation locale. Des représentants du Burkina Faso et du Niger prennent également part aux travaux, ouvrant un espace de partage d’expériences entre pays du Sahel.

Cette dimension répond à un enjeu stratégique : la capacité à sécuriser les systèmes dépend aussi des ressources humaines, de la recherche et de la maîtrise des outils utilisés. Une dépendance excessive à l’égard de technologies développées ailleurs peut compliquer la compréhension de certains mécanismes, le contrôle des données sensibles ou la réponse aux incidents.

La souveraineté numérique ne signifie pas pour autant se couper des technologies internationales. Elle consiste notamment à renforcer la capacité du pays à protéger ses données stratégiques, à sécuriser ses infrastructures et à développer des compétences capables d’évaluer les solutions disponibles.

Pour le Mali, l’intelligence artificielle peut ainsi devenir un levier de modernisation de la cybersécurité. Mais son efficacité dépendra de la qualité de sa mise en œuvre, de la disponibilité de spécialistes et de l’existence de règles adaptées à la protection des données.

La sécurité numérique, une condition de confiance économique

À mesure que les paiements, les services publics, les échanges commerciaux et les communications migrent vers le numérique, les cyberrisques prennent une dimension économique croissante. Une attaque peut affecter la disponibilité d’un service, compromettre des informations confidentielles ou provoquer des pertes financières. La confiance des utilisateurs, elle, peut être longue à rétablir.

Les Journées nationales de cybersécurité placent donc le Mali face à un double impératif : tirer parti des capacités de l’intelligence artificielle pour anticiper les menaces et éviter que ces mêmes technologies ne renforcent les moyens des cybercriminels.

Le véritable test ne sera pas seulement de faire entrer l’intelligence artificielle dans la cybersécurité, mais de construire les compétences, les institutions et les moyens nécessaires pour que le Mali maîtrise durablement sa défense numérique.

La Rédaction

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