Bénin : BSIC mobilise 15 milliards FCFA pour ouvrir davantage le marché financier au logement abordable.
Grâce à une opération de titrisation, la banque transforme une partie de ses créances en ressources mobilisées auprès des investisseurs. Les fonds doivent soutenir les crédits immobiliers, avec des critères sociaux ciblant notamment les primo-accédants et les zones insuffisamment desservies.
La Banque sahélo-saharienne pour l’investissement et le commerce (BSIC) Bénin franchit une nouvelle étape dans le financement de l’habitat. L’établissement a mobilisé 15 milliards de FCFA à travers une opération de titrisation baptisée « FCTC ZAKA BSIC Bénin 2026-2033 ». Les résultats de cette levée de fonds ont été présentés le 26 octobre 2026 à Cotonou, en marge du Capital Reach Forum.
L’opération, intégralement souscrite à l’issue d’une période de souscription organisée en juillet, doit permettre à la banque de diversifier ses sources de financement et de dégager des ressources de long terme destinées au logement abordable. Elle constitue le troisième compartiment du programme régional ZAKA et sa première émission à caractère social.
La titrisation, un levier pour financer de nouveaux crédits
Le mécanisme repose sur un principe relativement simple : une banque cède une partie de ses créances à un fonds spécialisé, qui émet ensuite des titres financiers souscrits par des investisseurs. Les ressources obtenues permettent à la banque de renouveler ses capacités de financement.
Pour BSIC Bénin, cette opération doit contribuer à rapprocher la durée de ses ressources de celle des crédits immobiliers, dont le remboursement s’étale généralement sur plusieurs années. Ce financement de long terme est particulièrement important pour les prêts destinés à l’acquisition de logements.
Selon les informations publiées par L’Économiste du Bénin, la banque entend ainsi transformer une partie de son portefeuille de créances en ressources mobilisables sur le marché financier régional. L’objectif est de compléter les sources de financement bancaires traditionnelles sans dépendre exclusivement des dépôts de la clientèle
Quatre tranches pour mobiliser 15 milliards FCFA
L’opération de titrisation est structurée en quatre tranches. La tranche senior représente 10 milliards de FCFA, avec un taux de rémunération annuel de 7 %. La tranche mezzanine porte sur 3 milliards de FCFA, rémunérés à 9 % par an. Les deux tranches juniors représentent chacune 1 milliard de FCFA : la première offre un taux de 9 %, tandis que la seconde est structurée avec un coupon zéro, c’est-à-dire sans versement périodique d’intérêts.
Les tranches senior et mezzanine, qui totalisent 13 milliards de FCFA, étaient ouvertes aux investisseurs. Les deux tranches juniors, représentant les 2 milliards de FCFA restants, ont été souscrites par BSIC Bénin elle-même.
Cette structuration permet de répartir les risques entre les différentes catégories de titres. Les tranches juniors absorbent en priorité les pertes éventuelles du portefeuille de créances, contribuant ainsi à protéger les investisseurs des tranches senior et mezzanine, sans toutefois éliminer totalement les risques liés à l’opération.
Les tranches senior et mezzanine, qui totalisent 13 milliards de FCFA, étaient ouvertes aux investisseurs. Les deux tranches juniors, représentant 2 milliards de FCFA, ont été souscrites par BSIC Bénin. Pour la tranche à coupon zéro, le rendement est intégré aux modalités de remboursement plutôt que versé périodiquement.
Cette organisation permet de répartir les risques entre les différentes catégories de titres. Les tranches juniors absorbent en priorité les pertes éventuelles du portefeuille de créances, contribuant ainsi à protéger les investisseurs des tranches senior et mezzanine.
Selon les informations disponibles, les tranches senior et mezzanine ont obtenu respectivement les notes AAA et AA- de l’agence GCR. Le montage prévoit également un compte de réserve équivalant à 5 % du capital restant dû des obligations et une ligne de liquidité d’un milliard de FCFA. Ces dispositifs visent à renforcer la sécurité de l’opération, sans supprimer totalement les risques inhérents à un investissement financier.
Une vocation sociale encadrée par des critères précis
La particularité de cette émission tient à la destination annoncée des ressources. Les fonds nets mobilisés doivent être affectés au financement ou au refinancement de logements abordables au Bénin, par l’intermédiaire de crédits aux ménages ou de financements destinés aux promoteurs immobiliers.
Le cadre social prévoit notamment un plafond de 150 millions de FCFA par logement financé. Il fixe également une cible d’au moins 50 % des financements en faveur des primo-accédants, c’est-à-dire des personnes qui achètent leur premier logement, ainsi qu’une part minimale de 10 % destinée aux zones rurales ou insuffisamment desservies.
L’élaboration du cadre social a bénéficié de l’appui technique du Global Green Growth Institute (GGGI). L’opération a également reçu une évaluation SQS2, qualifiée de « très satisfaisant », de Moody’s Ratings. Cette évaluation porte sur la qualité du cadre social et les engagements associés à l’utilisation des fonds ; elle ne doit pas être assimilée à une garantie de rendement ou à une absence de risque pour les investisseurs.
Ces critères donnent à l’émission une dimension sociale clairement définie. Toutefois, leur portée dépendra de leur mise en œuvre : les ressources devront être effectivement affectées aux catégories de logements visées et les résultats devront pouvoir être suivis dans le temps.
Le programme ZAKA atteint près de 30 milliards FCFA
L’opération de BSIC Bénin s’inscrit dans le programme ZAKA, développé par AFINHAB, anciennement CRRH-UEMOA, avec BOAD Titrisation. Ce dispositif vise à mobiliser le marché financier régional pour renforcer les capacités de financement du logement dans l’espace UEMOA.
Avant l’émission béninoise, le programme avait réalisé une opération de 10 milliards de FCFA avec NSIA Banque Côte d’Ivoire en 2025, puis une émission de 4,5 milliards de FCFA avec Ecobank en 2026. Avec les 15 milliards de FCFA levés par BSIC Bénin, le cumul arithmétique des trois opérations atteint 29,5 milliards de FCFA, soit près de 30 milliards.
La participation d’investisseurs du Bénin, de la Côte d’Ivoire, du Togo et du Sénégal, rapportée par L’Économiste du Bénin, illustre par ailleurs la dimension régionale de la mobilisation de l’épargne.
Des capitaux mobilisés aux logements financés
Pour le secteur immobilier béninois, cette opération apporte une source supplémentaire de financement. Mais elle ne règle pas, à elle seule, les difficultés d’accès au logement : le coût du foncier, les matériaux de construction, les conditions de crédit et les revenus des ménages restent déterminants.
Le véritable test sera donc celui de l’exécution. Il faudra mesurer les montants effectivement transformés en crédits, le nombre de ménages bénéficiaires, la part accordée aux primo-accédants et la couverture des zones moins desservies.
Les 15 milliards de FCFA mobilisés marquent une étape financière. Leur véritable portée sociale se mesurera au nombre de ménages qui pourront, grâce à ces ressources, se rapprocher concrètement de l’accès à un logement.
La Rédaction



