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Intelligence artificielle : A Cotonou, l’Afrique veut passer du statut de consommatrice à celui de créatrice de technologies.

La 18ᵉ Conférence africaine sur la recherche en informatique et en mathématiques appliquées (CARI 2026), ouverte le 22 octobre à Cotonou, place la recherche scientifique et l’intelligence artificielle au cœur des stratégies de développement du continent. Le Bénin défend une ambition claire : former davantage de talents, renforcer les laboratoires africains et concevoir des technologies adaptées aux réalités locales. Un objectif qui pose aussi la question du financement de la recherche et de la capacité à transformer les découvertes scientifiques en activités économiques.

L’Afrique veut prendre une place plus importante dans la révolution de l’intelligence artificielle. À Cotonou, au Bénin, chercheurs, universitaires, doctorants et experts se retrouvent du 21 au 24 octobre 2026 à l’occasion de la 18ᵉ Conférence africaine sur la recherche en informatique et en mathématiques appliquées (CARI 2026).

Organisée par l’Institut de formation et de recherche en informatique (IFRI), avec l’appui du ministère béninois de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, la rencontre est placée sous le thème : « Mathématiques et informatique appliquées : des solutions innovantes pour construire l’Afrique de demain ».

Au-delà des échanges scientifiques, l’enjeu est stratégique. Il s’agit de rapprocher les travaux de recherche des besoins des économies africaines, tout en renforçant les capacités du continent à concevoir, développer et maîtriser ses propres technologies.

La souveraineté numérique, un enjeu économique

À l’ouverture des travaux, le 22 octobre, la ministre béninoise de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Sèdami Medegan Fagla, a défendu une ambition : faire de l’Afrique un acteur de la transformation numérique plutôt qu’un simple utilisateur de solutions conçues ailleurs.

Cette orientation repose sur trois priorités : la formation scientifique, le soutien à la recherche et la sécurisation des infrastructures numériques.

La question dépasse la seule maîtrise des outils technologiques. Les pays qui développent leurs propres compétences peuvent mieux adapter les solutions numériques à leurs besoins, former une main-d’œuvre qualifiée et favoriser l’émergence d’entreprises innovantes.

À l’inverse, une dépendance excessive aux technologies conçues à l’étranger peut limiter la capacité des États à maîtriser leurs données, à orienter les usages et à développer des écosystèmes technologiques locaux.

La souveraineté numérique suppose donc des investissements dans les compétences, les infrastructures, la recherche et la cybersécurité. Elle implique aussi de créer des conditions permettant aux innovations issues des laboratoires de trouver des applications concrètes dans l’économie.

Former les talents pour préparer les métiers de demain

Le développement de l’intelligence artificielle exige des compétences solides en mathématiques, en statistiques et en informatique. Ces disciplines constituent le socle des algorithmes qui permettent aux systèmes d’analyser des données, de reconnaître des modèles et de produire des prédictions.

Le Bénin entend encourager davantage de jeunes à s’orienter vers ces filières. La ministre a notamment évoqué les Olympiades nationales d’intelligence artificielle organisées en 2026, auxquelles 150 jeunes ont participé. Huit d’entre eux ont ensuite représenté le pays à Astana.

Cette initiative illustre les efforts déployés pour susciter des vocations scientifiques et identifier de nouveaux talents. Mais l’enjeu sera de prolonger cette dynamique par des formations de qualité, des équipements adaptés et des débouchés professionnels.

Pour les économies africaines, la formation de compétences locales peut contribuer à réduire les difficultés de recrutement dans les métiers technologiques et à renforcer la capacité des entreprises à développer leurs propres outils numériques.

Des laboratoires aux entreprises, transformer la recherche en valeur ajoutée

La deuxième priorité défendue par les autorités béninoises concerne le soutien aux laboratoires, aux écoles doctorales et aux publications scientifiques. L’objectif est de renforcer la visibilité de la recherche africaine et de consolider les capacités de production de connaissances sur le continent.

Cette ambition répond à un défi économique majeur : les résultats scientifiques ne produisent pas automatiquement de la croissance. Pour générer de la valeur, ils doivent pouvoir déboucher sur des applications, des services, des procédés industriels ou de nouvelles entreprises.

L’intelligence artificielle offre des possibilités dans plusieurs secteurs. En agriculture, elle peut aider à anticiper certaines maladies des cultures et à optimiser l’utilisation de l’eau. Dans la santé, elle peut contribuer à l’analyse de données médicales. Pour les collectivités territoriales, les outils numériques peuvent améliorer la planification urbaine, la gestion des infrastructures et l’organisation des services publics.

Ces applications nécessitent toutefois des données fiables, des compétences adaptées et des financements durables. Elles doivent également être conçues en tenant compte des réalités linguistiques, économiques et sociales des populations auxquelles elles sont destinées.

Le rapprochement entre chercheurs, entreprises et administrations apparaît ainsi essentiel pour faire passer les innovations du laboratoire à leur utilisation sur le terrain.

La protection des données au cœur du modèle africain

Le troisième axe porte sur la sécurisation des infrastructures numériques, la protection des données et le renforcement de la cybersécurité.

À mesure que l’intelligence artificielle se développe, les données deviennent une ressource stratégique. Leur collecte, leur stockage et leur traitement soulèvent des questions de sécurité, de confidentialité et de maîtrise technologique.

Pour les États africains, l’enjeu est de favoriser l’innovation sans négliger la protection des citoyens et la sécurité des systèmes. Une stratégie numérique crédible doit donc associer développement technologique, règles de gouvernance et capacités locales de sécurisation.

Cette dimension est également économique : la confiance dans les systèmes numériques conditionne leur adoption par les entreprises, les administrations et les particuliers.

Cotonou appelle à rapprocher science et développement local

Le ministre béninois de la Décentralisation et de la Gouvernance locale, Janvier Yahouédéou, a insisté sur la nécessité de renforcer les liens entre la recherche scientifique et les collectivités territoriales.

Les communes africaines font face à des défis concrets : urbanisation, assainissement, gestion des ressources, mobilisation des recettes et amélioration des services publics. Les mathématiques appliquées et l’informatique peuvent contribuer à mieux analyser ces problématiques et à améliorer la prise de décision.

L’ambition est de faire de la recherche un outil directement mobilisable dans les politiques publiques et les stratégies de développement local.

Pendant quatre jours, la CARI 2026 prévoit des panels scientifiques et des sessions d’échanges consacrés aux avancées en informatique, en mathématiques appliquées et à leurs domaines d’application. Les organisateurs espèrent voir émerger de nouvelles collaborations et des solutions adaptées aux défis du continent.

Le financement, condition de la souveraineté technologique

L’ambition affichée à Cotonou souligne une réalité : l’intelligence artificielle ne se résume pas à l’acquisition de logiciels. Elle exige un investissement de long terme dans l’enseignement scientifique, la recherche, les infrastructures numériques et la capacité à transformer les découvertes en innovations commercialisables.

Les annonces présentées lors de la conférence mettent en avant des orientations et des initiatives, mais ne précisent pas d’enveloppe financière globale permettant d’évaluer les ressources mobilisées pour atteindre ces objectifs.

Pour les pays africains, la question sera donc de savoir comment financer durablement les laboratoires, retenir les talents, soutenir les jeunes entreprises technologiques et faciliter l’adoption de solutions locales par les administrations et les entreprises.

Cotonou rappelle ainsi que la bataille de l’intelligence artificielle se joue aussi dans les salles de classe, les laboratoires et les entreprises. L’Afrique ne gagnera pas sa souveraineté numérique en utilisant simplement davantage de technologies, mais en développant les compétences, les connaissances et les capacités industrielles qui lui permettront de les concevoir.

La Rédaction

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