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UEMOA : Le mobile money brasse 219 151 milliards de FCFA, mais sept comptes sur dix restent inactifs.

Les paiements par monnaie électronique changent d’échelle en Afrique de l’Ouest. En 2025, leur valeur a atteint 219 151 milliards de FCFA dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), en hausse de 39,7 % sur un an. Publiées le 20 octobre 2026, les données de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) confirment l’essor des services financiers numériques. Mais derrière cette progression spectaculaire, un défi demeure : transformer les centaines de millions de comptes ouverts en usages réguliers et accessibles à tous.

Plus de 219 000 milliards de FCFA de transactions en un an

Le mobile money s’impose progressivement comme un rouage majeur des échanges économiques dans l’UEMOA. Selon le Tableau de bord de l’inclusion financière dans l’UEMOA au titre de l’année 2025 publié par la BCEAO, la valeur des transactions de monnaie électronique est passée de 156 889 milliards de FCFA en 2024 à 219 151 milliards en 2025.

Cette progression de 39,7 % représente plus de 62 000 milliards de FCFA supplémentaires en une seule année. Le nombre d’opérations a également fortement augmenté, atteignant environ 16,37 milliards de transactions, contre 11,92 milliards en 2024.

Ces chiffres traduisent l’intégration croissante des paiements numériques dans les habitudes financières des populations et des entreprises. Transferts d’argent, paiements de factures, règlements auprès des commerçants et mouvements entre portefeuilles électroniques participent à cette dynamique.

Il convient toutefois de distinguer la valeur cumulée des transactions de la richesse créée par l’économie. Les 219 151 milliards de FCFA représentent des flux financiers traités au cours de l’année, et non le chiffre d’affaires des opérateurs ni la contribution directe du mobile money au produit intérieur brut.

284,8 millions de comptes, mais seulement 92,7 millions d’actifs

L’expansion du marché se reflète dans le nombre de comptes de monnaie électronique. À la fin de 2025, l’UEMOA en comptait environ 284,8 millions, contre 248,7 millions un an auparavant, soit une hausse de 14,5 %.

Mais le nombre de comptes ouverts ne signifie pas que tous leurs titulaires utilisent régulièrement le service. Parmi ces comptes, 92,7 millions étaient considérés comme actifs, c’est-à-dire utilisés au cours des trois derniers mois.

Le taux d’activité s’établit ainsi à 32,56 %. Autrement dit, près de sept comptes sur dix n’ont enregistré aucune opération pendant cette période.

Ce décalage révèle une limite importante de la progression actuelle. L’ouverture d’un portefeuille électronique constitue une première étape, mais l’inclusion financière suppose que les utilisateurs puissent s’en servir régulièrement pour effectuer des paiements, recevoir des revenus, transférer de l’argent ou accéder à d’autres services financiers.

Pour les opérateurs, l’enjeu est désormais de fidéliser les utilisateurs et de développer des services répondant à des besoins concrets. Pour les autorités, il s’agit notamment de renforcer la confiance, la sécurité des transactions et l’accessibilité des services.

Côte d’Ivoire, Sénégal et Burkina Faso dominent les flux

La croissance du mobile money reste concentrée dans quelques économies de l’Union. Selon les données reprises par EcoMatin à partir des statistiques de la BCEAO, la Côte d’Ivoire arrive en tête avec 71 307 milliards de FCFA de transactions en 2025, soit 32,5 % du total régional.

Le Sénégal suit avec 58 617 milliards de FCFA, devant le Burkina Faso, qui enregistre 43 456 milliards. À eux trois, ces pays représentent près de 79 % de la valeur totale des transactions de monnaie électronique dans l’UEMOA.

Le Mali occupe la quatrième place, avec 22 309 milliards de FCFA. Il devance le Bénin, à 13 938 milliards, et le Togo, à 4 435 milliards. La Guinée-Bissau et le Niger enregistrent respectivement 894 milliards et 409 milliards de FCFA.

Ces écarts reflètent des différences de taille de marché, de niveau d’utilisation des services numériques et de développement des réseaux de distribution. Ils invitent aussi à ne pas confondre le volume total des transactions avec le degré d’inclusion financière de la population : un marché important n’est pas nécessairement celui où les services sont les plus largement accessibles.

Pour le Mali, le montant enregistré confirme le poids économique des paiements numériques. Le défi consiste à élargir les usages au-delà des transferts courants et à faciliter leur adoption par les commerçants, les petites entreprises et les acteurs des zones rurales.

Un réseau de distribution en forte expansion

La progression du mobile money s’appuie également sur l’extension des points de services. Leur nombre est passé d’environ 962 411 en 2024 à 1,45 million en 2025, soit une augmentation de 50,8 %.

Ce réseau facilite les dépôts, les retraits et les opérations de transfert, notamment dans les zones où l’accès aux agences bancaires reste limité. Il constitue l’un des principaux atouts du modèle de monnaie électronique : rapprocher les services financiers des utilisateurs sans exiger systématiquement un compte bancaire traditionnel.

Cette proximité ne règle cependant pas toutes les difficultés. Les coûts des opérations, la qualité du réseau téléphonique, la disponibilité des agents et la protection contre les fraudes restent déterminants pour une adoption durable.

L’essor des paiements numériques accroît par ailleurs les exigences en matière de cybersécurité, de protection des données personnelles et de lutte contre le blanchiment de capitaux. Plus les flux augmentent, plus la fiabilité des infrastructures et des mécanismes de contrôle devient stratégique.

L’inclusion financière progresse, les banques aussi

L’évolution du mobile money s’inscrit dans une dynamique plus large de développement des services financiers. Selon la BCEAO, le taux global d’utilisation des services financiers dans l’UEMOA, corrigé du phénomène de multibancarité, a atteint 76,1 % en 2025, contre 73,6 % en 2024.

Le taux de bancarisation strict a également progressé, passant de 25,2 % à 26,9 %. En parallèle, les dépôts bancaires ont atteint 56 200 milliards de FCFA, tandis que les crédits accordés à l’économie se sont établis à 38 732 milliards.

Ces évolutions montrent que la progression des services mobiles ne signifie pas la disparition des banques ou de la microfinance. Les différents acteurs peuvent jouer des rôles complémentaires : les portefeuilles électroniques facilitent les paiements et les transferts, tandis que les banques et les systèmes financiers décentralisés contribuent notamment à la collecte de l’épargne et au financement de l’économie.

Le prochain enjeu sera de renforcer les passerelles entre ces services afin que les paiements numériques puissent aussi faciliter l’accès à l’épargne, au crédit et aux services financiers destinés aux petites entreprises.

Le prochain défi : passer du compte ouvert au service réellement utilisé

Les chiffres de 2025 confirment que le mobile money est devenu un marché majeur dans l’UEMOA. Mais sa croissance ne peut être évaluée uniquement à travers les montants transférés ou le nombre de comptes créés.

La progression de l’inclusion financière dépendra aussi de la capacité des acteurs à proposer des services abordables, fiables et utiles au quotidien. Pour les petites entreprises, les commerçants et les travailleurs indépendants, la monnaie électronique peut faciliter les paiements, réduire certaines contraintes liées à la circulation des espèces et améliorer la traçabilité des opérations.

Encore faut-il que les coûts, les risques de fraude et les difficultés d’accès ne découragent pas les utilisateurs.

Avec 219 151 milliards de FCFA de transactions, le mobile money a démontré son poids dans l’économie ouest-africaine. La prochaine étape sera moins spectaculaire dans les statistiques, mais plus décisive pour les populations : faire en sorte que les millions de comptes encore inactifs deviennent de véritables portes d’entrée vers des services financiers utiles, sûrs et accessibles.

La Rédaction

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