Ghana-Inde : Accra veut transformer la croissance des échanges en investissements industriels.
Le président ghanéen John Dramani Mahama et le ministre indien des Affaires extérieures, Subrahmanyam Jaishankar, veulent donner une nouvelle dimension au partenariat entre Accra et New Delhi. Commerce, investissements, infrastructures ferroviaires, pharmacie et production de vaccins figurent désormais parmi les principaux axes de coopération. Avec des exportations ghanéennes vers l’Inde passées d’environ 3 à près de 7 milliards de dollars, Accra entend transformer cette dynamique commerciale en davantage de production et de valeur ajoutée locale.
Le Ghana veut accélérer son rapprochement économique avec l’Inde. Le président John Dramani Mahama a reçu le 6 octobre 2026 à Accra le ministre indien des Affaires extérieures, Subrahmanyam Jaishankar, pour discuter des moyens de donner davantage de contenu économique au partenariat entre les deux pays.
Les discussions ont porté notamment sur le commerce, les investissements, les infrastructures ferroviaires et l’industrie pharmaceutique. Elles interviennent alors que les relations économiques entre les deux pays connaissent une progression significative. Selon les autorités ghanéennes, les exportations du Ghana vers l’Inde sont passées d’environ 3 milliards à près de 7 milliards de dollars.
Pour Accra, l’objectif n’est toutefois plus seulement de vendre davantage à l’Inde. Il s’agit désormais d’attirer davantage de capitaux, de technologies et de capacités de production indiennes sur le territoire ghanéen.
Des échanges commerciaux en forte progression
L’Inde est déjà l’un des principaux partenaires commerciaux du Ghana et constitue une destination majeure pour les exportations ghanéennes.
Les principaux produits ghanéens exportés vers le marché indien comprennent notamment l’or, le cacao, les noix de cajou et les produits du bois. L’or occupe une place particulièrement importante dans cette relation commerciale. Selon le ministère indien des Affaires extérieures, il représentait plus de 70 % des importations indiennes en provenance du Ghana dans les données disponibles pour 2026.
Du côté indien, les échanges portent notamment sur les produits pharmaceutiques, les machines agricoles, les véhicules, les équipements électriques, les plastiques ainsi que certains produits sidérurgiques.
Les données indiennes montrent qu’au cours de l’exercice 2024-2025, les échanges bilatéraux avaient atteint environ 3,14 milliards de dollars, avec 1,35 milliard de dollars d’exportations indiennes vers le Ghana et 1,79 milliard de dollars d’importations indiennes en provenance du Ghana.
Le chiffre de près de 7 milliards de dollars avancé par le président Mahama semble donc correspondre à une évolution plus récente des exportations ghanéennes vers l’Inde, et non au total des échanges bilatéraux sur une année complète. Cette distinction est importante pour mesurer correctement la dynamique commerciale.
Accra veut passer du commerce à l’investissement
Le principal enjeu de la rencontre du 6 octobre réside dans la volonté du Ghana de transformer ses relations commerciales en investissements productifs.
Le pays cherche notamment à attirer les entreprises indiennes dans des secteurs capables de créer de la valeur ajoutée localement.
Cette stratégie s’inscrit dans l’ambition du gouvernement Mahama de renforcer la production nationale et de faire du Ghana une plateforme industrielle et commerciale plus attractive.
Le président ghanéen a ainsi présenté le pays comme « ouvert aux affaires » et invité les entreprises indiennes à saisir les opportunités offertes par le marché ghanéen. Il a également affirmé que les fondamentaux économiques du pays s’amélioraient, avec une inflation en baisse, des taux d’intérêt orientés à la baisse et une monnaie jugée plus stable.
Selon la présidence ghanéenne, les investissements directs étrangers pourraient dépasser 3 milliards de dollars en 2026, contre 2,6 milliards en 2025.
Le rail comme colonne vertébrale industrielle
Les infrastructures ferroviaires occupent une place particulière dans le partenariat.
John Mahama a cité le Tema-Mpakadan Railway Line comme l’un des projets emblématiques de la coopération avec l’Inde.
La ligne a notamment bénéficié d’un financement de l’Exim Bank of India et constitue une pièce importante de la stratégie ghanéenne visant à développer le transport ferroviaire des marchandises.
Pour Accra, le développement du rail répond à un double objectif : réduire la pression exercée par le transport lourd sur les routes et diminuer les coûts logistiques pour les entreprises.
Le gouvernement envisage notamment de prolonger le réseau ferroviaire vers les zones industrielles et les grands axes économiques du pays.
En juillet 2026, Mahama avait présenté un projet d’extension du corridor ferroviaire oriental visant notamment à relier la zone industrielle de Dawa, Keta et les infrastructures portuaires et logistiques du pays.
L’enjeu est donc plus large que le simple transport de passagers : il s’agit de construire une infrastructure capable d’accompagner l’industrialisation et la circulation des marchandises.
La pharmacie, nouveau terrain de coopération
La santé constitue l’autre grand axe de cette nouvelle phase du partenariat.
Le Ghana souhaite attirer des entreprises pharmaceutiques indiennes afin de développer la production locale de médicaments et de vaccins.
John Mahama a explicitement invité les entreprises indiennes à établir des partenariats avec les acteurs ghanéens. L’objectif est de réduire progressivement la dépendance du pays aux importations de produits pharmaceutiques et de renforcer ses capacités industrielles dans le secteur de la santé.
Le président ghanéen a cité comme exemple la coopération entre Atlantic Life Sciences, entreprise indienne, et KinaPharma, société pharmaceutique ghanéenne. Les deux entreprises travaillent notamment sur le développement de vaccins destinés au Ghana.
Pour Accra, ce type de partenariat permettrait de combiner le capital et l’expertise technologique indiens avec les capacités industrielles et le marché ghanéens.
Une relation qui dépasse désormais le commerce
La coopération entre les deux pays ne se limite pas aux échanges commerciaux.
L’Inde a déjà participé à plusieurs projets structurants au Ghana, notamment le Centre Kofi Annan pour les technologies de l’information et de la communication, le projet ferroviaire Tema-Mpakadan et la construction de la Jubilee House.
Le partenariat couvre également les technologies numériques, l’agriculture, l’énergie, la santé et la formation.
Lors de la visite du Premier ministre indien Narendra Modi au Ghana en juillet 2025, les deux pays avaient décidé d’élever leurs relations au niveau de partenariat global, avec notamment l’ambition de doubler les échanges commerciaux sur cinq ans.
Jaishankar est désormais chargé, avec son homologue ghanéen, de donner une traduction plus concrète à cette orientation.
Près de 2 milliards de dollars d’investissements indiens
L’intérêt indien pour le Ghana ne date pas de cette rencontre.
Selon les données du ministère indien des Affaires extérieures, les entreprises indiennes ont investi environ 1,92 milliard de dollars dans 820 projets au Ghana entre 1994 et 2024. Des groupes comme Tata, Ashok Leyland, Mahindra & Mahindra, Escorts, Larsen & Toubro, NIIT ou Shapoorji Pallonji disposent déjà d’activités ou d’une présence dans le pays.
L’industrie pharmaceutique constitue également un secteur dans lequel les entreprises indiennes sont déjà présentes.
La nouvelle stratégie d’Accra consiste donc moins à créer une relation économique ex nihilo qu’à changer d’échelle.
Pour l’Inde, un partenariat stratégique en Afrique de l’Ouest
Pour New Delhi, le Ghana représente également une porte d’entrée importante en Afrique de l’Ouest.
Le pays dispose d’infrastructures portuaires, d’un marché relativement développé et d’une position stratégique au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest.
La coopération avec Accra permet à l’Inde de renforcer sa présence économique dans une région où la concurrence avec la Chine, la Turquie, les pays du Golfe et les puissances occidentales s’intensifie.
Les deux pays partagent par ailleurs une volonté de renforcer la place du Sud global dans la gouvernance internationale.
Lors de leur entretien, Mahama et Jaishankar ont ainsi également évoqué la nécessité d’un ordre international plus équitable et le rejet de l’unilatéralisme.
Le véritable enjeu, produire davantage au Ghana
La rencontre de Accra intervient donc à un moment où les relations Ghana-Inde disposent déjà d’une base commerciale et institutionnelle solide.
Mais le prochain chapitre pourrait être davantage industriel.
Pour Accra, l’objectif est clair : transformer l’augmentation des échanges en emplois, usines, infrastructures et capacités de production locales.
Pour l’Inde, le Ghana offre en retour un marché, une plateforme régionale et un environnement permettant de déployer ses entreprises dans plusieurs secteurs stratégiques.
Le partenariat pourrait ainsi évoluer d’un modèle essentiellement fondé sur l’échange de marchandises vers une relation davantage centrée sur l’investissement et la production locale.
Le Ghana vend déjà davantage à l’Inde. Il veut désormais que l’Inde produise davantage avec lui. C’est probablement là que se jouera la prochaine étape du partenariat entre Accra et New Delhi.
La Rédaction



