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Sénégal : La microfinance cherche le financement durable pour changer d’échelle.

Avec près de 887 milliards de FCFA de crédits en circulation et 4,84 millions de clients, la microfinance sénégalaise pèse désormais lourd dans le financement de l’économie. Mais la progression du secteur s’accompagne d’un défi majeur : trouver des ressources plus longues et plus stables pour financer durablement les petites entreprises, les agriculteurs, les femmes et les jeunes, tout en maîtrisant le risque de crédit.

La microfinance sénégalaise entre dans une nouvelle phase. Après avoir longtemps été associée au simple accès au petit crédit pour les populations éloignées du système bancaire, elle cherche désormais à devenir un véritable instrument de financement du développement productif et de la transition environnementale.

Le signal est venu de Dakar, où s’est ouverte le 1er octobre 2026 la 30e session du Comité national de coordination des activités de microfinance (CNC), consacrée au thème « La microfinance face aux défis de la mobilisation du financement durable ». La rencontre réunit notamment les autorités publiques, la BCEAO, les institutions de microfinance et les partenaires techniques et financiers.

Près de 900 milliards FCFA de crédits

Les chiffres expliquent l’importance prise par le secteur.

Au deuxième trimestre 2026, les institutions de microfinance comptaient 4 839 301 membres et clients, soit une progression de 1,3 % en trois mois. Le taux d’inclusion financière attribué au secteur atteignait 20,5 %.

Sur la même période, l’encours des dépôts s’est établi à 641,8 milliards de FCFA, tandis que l’encours des crédits atteignait 887,4 milliards de FCFA, en hausse de 1 %. Les IMF ont accordé 241,1 milliards de FCFA de nouveaux crédits au cours du trimestre. Le secteur représentait ainsi 12,1 % du crédit à l’économie et 5,1 % du PIB.

La microfinance n’est donc plus un segment périphérique du système financier sénégalais. Elle constitue désormais un canal important de financement des activités économiques qui ont souvent du mal à accéder au crédit bancaire classique.

Cette montée en puissance pose toutefois une question essentielle : avec quelles ressources financer cette croissance ?

Le problème des ressources longues

C’est l’un des principaux enjeux placés au centre des discussions de Dakar.

Les institutions de microfinance doivent financer des activités dont les cycles peuvent être relativement longs, notamment dans l’agriculture, l’élevage, la pêche ou la transformation. Or, leurs ressources ne sont pas toujours adaptées à ces besoins.

Le gouvernement sénégalais veut donc favoriser une diversification des sources de financement : garanties, refinancement, finance verte et climatique, obligations sociales ou durables et autres instruments permettant de mobiliser des ressources à plus long terme.

Cette orientation correspond également aux ambitions affichées dans la stratégie Sénégal 2050. Les documents de planification prévoient notamment le renforcement du refinancement des institutions de microfinance et la mobilisation de ressources longues.

Le changement de logique est important. Il ne s’agit plus uniquement de demander aux IMF de distribuer davantage de crédits. Il faut également leur permettre d’accéder à des ressources suffisamment stables pour financer correctement leurs clients.

Le financement vert entre dans le jeu

La dimension environnementale devient parallèlement un nouvel axe de développement.

En avril 2026, l’Association professionnelle des systèmes financiers décentralisés du Sénégal, avec l’appui de la GIZ, a organisé un atelier destiné à renforcer les capacités des IMF en matière de finance durable. L’objectif est notamment d’aider ces institutions à intégrer davantage les enjeux environnementaux et sociaux dans leurs stratégies de financement.

L’intérêt est concret. Une IMF pourrait par exemple financer l’acquisition d’équipements solaires, des systèmes d’irrigation plus économes, des solutions d’efficacité énergétique ou encore certaines activités agricoles adaptées aux effets du changement climatique.

Cette évolution est particulièrement importante dans un pays où une grande partie des clients de la microfinance exerce dans des secteurs directement exposés aux aléas climatiques.

La finance durable ne signifie donc pas simplement « financer des projets verts ». Elle consiste aussi à réduire la vulnérabilité économique des bénéficiaires et à rendre les activités financées plus résilientes.

Une équation encore fragile

Le passage à une microfinance plus durable intervient cependant alors que plusieurs indicateurs appellent à la prudence.

Au deuxième trimestre 2026, le taux de crédits en souffrance s’est établi à 7,7 %, après une dégradation de 0,6 point sur le trimestre. Il se situe nettement au-dessus de la norme de 3 % rappelée par les autorités de supervision.

Dans le même temps, les fonds propres des IMF ont reculé de 5,8 %, à 242,9 milliards de FCFA. Les emprunts ont, eux, progressé de 0,8 %, à 204,5 milliards de FCFA.

Le message est clair : l’augmentation des volumes de crédit ne suffit pas. Pour être durable, la croissance du secteur doit également s’appuyer sur une meilleure qualité du portefeuille, une gouvernance plus solide et une structure financière capable d’absorber les chocs.

En mai 2026, l’Association professionnelle des institutions de microfinance du Sénégal avait d’ailleurs mis en avant plusieurs options de restructuration du secteur, notamment le regroupement autour de réseaux existants, la création de nouveaux réseaux pour les petites institutions ou encore la fusion-absorption de certaines IMF par des structures plus solides.

Le rôle croissant des garanties publiques

L’État cherche parallèlement à jouer un rôle d’intermédiaire entre les ressources disponibles et les besoins des petits acteurs économiques.

Le Pacte pour l’inclusion financière universelle (PACTIFU) prévoit la mise en commun de ressources provenant notamment de la DER/FJ, de la Caisse des dépôts et consignations et du FONGIP. Le gouvernement annonce une enveloppe globale de 683,34 milliards de FCFA sur la période 2025-2029, destinée notamment à améliorer l’accès des TPE, PME et autres acteurs au financement.

Le dispositif doit notamment permettre aux IMF d’accéder à des ressources adaptées au profil de risque des bénéficiaires, avec l’objectif de proposer des crédits à des conditions plus favorables.

Cette approche traduit une évolution du rôle de la puissance publique : plutôt que de se substituer entièrement aux institutions financières, elle cherche à réduire certains risques et à faciliter la circulation des capitaux vers les segments moins bien servis par le système bancaire.

Femmes, jeunes et agriculture au cœur de la stratégie

Le financement durable prend également une dimension sociale.

Les autorités veulent notamment orienter davantage les ressources vers les femmes, les jeunes et les populations rurales. Cette orientation rejoint les priorités de l’économie sociale et solidaire, dont le gouvernement sénégalais entend faire un levier de création d’emplois, d’inclusion et de développement territorial.

La microfinance peut jouer ici un rôle de relais entre les grands mécanismes de financement et les petites unités économiques présentes sur le terrain.

Mais ce rôle suppose également que les bénéficiaires soient mieux préparés. Le ministère a lancé en septembre 2026 une campagne nationale d’éducation financière visant notamment à améliorer la gestion des ressources, développer l’épargne et promouvoir une gestion responsable de l’endettement.

Car un crédit durable ne se mesure pas seulement à son montant. Il se mesure aussi à la capacité de celui qui l’emprunte à le rembourser et à transformer cette dette en activité génératrice de revenus.

La prochaine étape, passer des intentions aux instruments

Le véritable test sera désormais celui de la mise en œuvre.

La session du CNC doit notamment examiner les mécanismes permettant aux IMF d’accéder aux fonds de garantie et aux lignes de refinancement climatique, ainsi que les conditions de développement du crédit vert. L’objectif annoncé est de déboucher sur une feuille de route assortie de recommandations opérationnelles et d’un calendrier de mise en œuvre.

Le défi est donc double : mobiliser davantage de capitaux tout en évitant que la recherche de volume ne fragilise les institutions qui les distribuent.

Avec près de 900 milliards de FCFA de crédits et près de 5 millions de clients, la microfinance sénégalaise a déjà changé d’échelle. La prochaine transformation sera plus exigeante : convaincre les investisseurs et les partenaires de lui confier des ressources longues, démontrer que ces ressources peuvent financer une économie productive et résiliente, et surtout préserver la solidité financière des institutions qui font le dernier kilomètre du financement.

Au Sénégal, la microfinance ne cherche donc plus seulement à rapprocher le crédit de ceux qui en sont exclus. Elle cherche désormais à rapprocher le capital durable de l’économie réelle. C’est à cette condition que le financement durable cessera d’être un concept de conférence pour devenir un véritable outil de transformation économique.

La Rédaction

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