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Mali : 18,4 milliards FCFA du fonds minier orientés vers des projets locaux.

Le Mali franchit une nouvelle étape dans la redistribution des revenus issus de son activité minière. Le Comité national de suivi du Fonds minier de développement local (FMDL) a validé, mardi 29 septembre 2026, des projets d’investissement proposés par les collectivités territoriales et destinés à être financés sur une enveloppe de 18,435 milliards de francs CFA, constituée au titre des recettes minières de l’exercice 2025.

Cette décision transforme ainsi une enveloppe financière déjà répartie entre les collectivités en projets concrets, notamment dans les domaines de l’eau, de l’éducation et de la santé. Elle constitue l’une des premières traductions opérationnelles du nouveau mécanisme de partage des retombées minières instauré par le Code minier de 2023.

Une enveloppe de 18,435 milliards FCFA

La dotation examinée par le Comité national s’élève précisément à 18 milliards 435 millions 386 334 FCFA.

Ce montant correspond aux ressources mobilisées au titre de l’exercice 2025. Sa répartition entre les collectivités avait été arrêtée lors de la première session du Comité national de suivi, le 2 mars 2026, avant la remise symbolique des chèques aux collectivités en mars.

Le fonds est alimenté par les contributions prévues par le dispositif minier malien, notamment celles des titulaires de titres miniers d’exploitation et des bénéficiaires d’autorisations industrielles de substances de carrières.

L’enjeu est de faire en sorte qu’une partie des revenus générés par l’exploitation des ressources naturelles bénéficie directement au développement des territoires.

Des forages, des écoles et des centres de santé

Les projets désormais validés couvrent plusieurs besoins de base.

Parmi les investissements retenus figurent notamment :

  • la réalisation de forages ;
  • la construction de salles de classe ;
  • l’équipement de centres de santé ;
  • la fabrication de tables-bancs.

Selon les autorités, chaque collectivité a déterminé ses priorités en fonction de la dotation qui lui a été attribuée.

Cette approche donne aux collectivités une marge de décision sur l’utilisation des ressources, tout en maintenant plusieurs niveaux de contrôle avant la validation des projets.

Le choix des infrastructures de base traduit également une réalité économique : dans de nombreuses zones rurales, l’accès à l’eau, à l’éducation et aux services de santé constitue encore l’un des principaux freins au développement local.

Une répartition pensée pour dépasser les seules zones minières

Le FMDL ne bénéficie pas exclusivement aux communes qui abritent directement des mines.

La réglementation prévoit une clé de répartition en trois niveaux.

50 % des ressources reviennent aux communes directement affectées par les activités minières.

25 % sont destinés aux autres collectivités territoriales situées dans les zones minières.

Les 25 % restants sont répartis entre les collectivités des autres régions du Mali.

Le dispositif vise ainsi à éviter que les retombées financières de l’exploitation minière restent concentrées uniquement autour des sites d’extraction. Les autorités présentent cette formule comme un mécanisme de péréquation et de justice territoriale.

Les 819 communes concernées

La redistribution opérée en 2026 concerne l’ensemble des 819 communes du Mali, même si la remise symbolique des chèques du 12 mars avait concerné neuf communes sélectionnées représentant plusieurs régions du pays.

Les régions citées lors de cette cérémonie comprenaient notamment Kayes, Koulikoro, Sikasso, Bougouni, Kita, Tombouctou, San, Gao et Kidal.

Le mécanisme élargit donc la logique de redistribution au-delà des seuls grands bassins aurifères.

Pour les collectivités qui ne disposent pas directement d’une mine sur leur territoire, le fonds constitue une forme de redistribution des revenus tirés de l’exploitation des ressources nationales.

Bougouni : 57 communes déjà mobilisées

La préparation des projets s’est effectuée progressivement au niveau local.

Dans la région de Bougouni, par exemple, les représentants des 57 communes ont participé à une session du Comité régional de suivi le 17 septembre 2026 afin d’examiner et de sélectionner les projets soumis au financement du fonds.

Cette étape devait permettre de faire remonter les priorités des communes avant leur transmission au niveau national.

Cette organisation à plusieurs niveaux vise à rapprocher la décision d’investissement des populations bénéficiaires tout en conservant un contrôle régional et national.

Trois niveaux de contrôle

Le fonctionnement du FMDL repose sur trois comités : communal, régional et national.

Le comité communal identifie les besoins et les projets prioritaires.

Le comité régional examine et sélectionne les projets structurants proposés par les collectivités.

Enfin, le Comité national de suivi procède à leur approbation et assure le suivi global de la collecte, de la répartition et de l’utilisation des ressources.

Ce dispositif est prévu dans le cadre du nouveau régime minier malien. Le FMDL a notamment été organisé par le Code minier de 2023 et le décret n°2025-0179/PT-RM du 11 mars 2025.

Le véritable enjeu : passer du chèque au chantier

La validation des projets constitue une étape importante, mais elle ne signifie pas encore que les infrastructures sont réalisées.

Les informations disponibles ne détaillent pas encore, pour chaque collectivité, le montant affecté à chaque projet ni le calendrier précis d’exécution. La prochaine étape sera donc celle de la mise en œuvre effective des investissements.

C’est là que se situera une partie du véritable enjeu du FMDL.

Pour les collectivités, recevoir une dotation financière ne suffit pas. Il faudra démontrer que les ressources se transforment effectivement en infrastructures fonctionnelles et en services supplémentaires pour les populations.

L’expérience de nombreux mécanismes de développement local montre que la question de la gouvernance ne s’arrête pas à la mobilisation des fonds : elle se poursuit dans la sélection des projets, les marchés publics, l’exécution des travaux, le contrôle des dépenses et la maintenance des infrastructures.

Un nouvel outil de redistribution des revenus miniers

La création et la montée en puissance du FMDL s’inscrivent dans la réforme plus large du secteur minier engagée avec le Code minier de 2023 et la loi sur le contenu local.

Le gouvernement malien affirme vouloir augmenter les retombées économiques de l’exploitation des ressources naturelles, renforcer la participation nationale et favoriser davantage de valeur ajoutée dans l’économie locale. Le ministère des Mines indique notamment que cinq fonds miniers ont été créés ou redynamisés dans le cadre de ces réformes.

Le ministère affirme également que le secteur a fait l’objet d’un important travail de recouvrement, avec plus de 760 milliards FCFA récupérés auprès de compagnies minières au titre de redevances ajustées et d’impôts impayés. Ce chiffre relève de la communication officielle du ministère et doit être distingué des ressources du FMDL.

Quand l’or doit financer autre chose que l’or

Pour le Mali, l’intérêt du FMDL dépasse donc le simple transfert financier aux communes.

Le pays cherche à transformer une partie de la rente minière en investissements durables dans les territoires : eau, écoles, santé et équipements collectifs.

L’enveloppe de 18,435 milliards FCFA représente certes une somme limitée au regard de l’ensemble des revenus générés par l’industrie extractive. Mais son impact dépendra surtout de la qualité des projets financés et de leur exécution.

Le défi commence désormais après la validation : faire en sorte que les 18,4 milliards FCFA ne restent pas seulement une ligne dans les comptes des collectivités, mais deviennent des forages qui fonctionnent, des salles de classe qui accueillent des élèves et des centres de santé réellement équipés. Pour le nouveau modèle minier malien, c’est sur le terrain que la promesse de redistribution sera véritablement mesurée.

La Rédaction

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