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Mali : Le Trésor mobilise 38,23 milliards FCFA, les investisseurs privilégient les trois ans.

Le Trésor malien a levé 38,23 milliards de francs CFA lors de son émission de bons et d’obligations réalisée le mercredi 30 septembre 2026 sur le marché financier régional. L’opération, qui visait à mobiliser 40 milliards FCFA, a suscité une demande supérieure à l’objectif, mais avec une forte concentration des investisseurs sur les titres à trois ans. À l’inverse, l’obligation à cinq ans n’a enregistré aucune soumission.

Cette adjudication offre ainsi une double lecture : le Mali conserve un accès effectif au marché régional, mais la structure des offres montre une préférence pour des maturités intermédiaires plutôt que pour un engagement plus long.

Une demande supérieure à l’objectif

Pour cette opération, le Trésor recherchait 40 milliards FCFA.

Les investisseurs ont transmis des offres pour un montant total de 44,49 milliards FCFA, soit un taux de couverture de 111,21 %. Au terme de l’adjudication, le Trésor a retenu 38,23 milliards FCFA, correspondant à 95,58 % du montant mis en adjudication.

Le montant non retenu s’élève à environ 6,25 milliards FCFA.

Le règlement de l’opération était prévu pour le 1er octobre 2026.

Sur le papier, la demande dépasse donc l’objectif de financement. Mais le détail des offres est plus instructif que le seul taux de couverture.

Le trois ans concentre l’essentiel des capitaux

La principale source de financement de l’opération est l’obligation à trois ans.

Les investisseurs ont proposé 36,04 milliards FCFA sur cette maturité, dont 33,79 milliards FCFA ont finalement été retenus par le Trésor.

Le rendement moyen pondéré ressort à 7,74 %.

Ce niveau est légèrement supérieur à celui observé lors des deux précédentes émissions comparables : 7,73 % le 16 septembre et 7,69 % le 2 septembre 2026.

La progression reste limitée, mais elle traduit une rémunération légèrement plus élevée demandée par les investisseurs pour prêter à l’État malien sur trois ans.

Pour le Trésor, cette maturité constitue donc le cœur de l’opération. Pour les investisseurs, elle semble offrir un compromis entre rendement et durée d’immobilisation des capitaux.

Le bon du Trésor à 364 jours complète la levée

Le deuxième instrument proposé était un bon du Trésor à 364 jours.

Il a recueilli 8,44 milliards FCFA de soumissions, dont 4,44 milliards FCFA ont été retenus.

Le rendement moyen pondéré s’est établi à 4,90 %.

La différence avec l’obligation à trois ans est importante : le rendement demandé sur le financement à moyen terme est nettement supérieur à celui du titre à un an.

Cette différence correspond notamment à la durée plus longue pendant laquelle les investisseurs immobilisent leurs ressources.

Cinq ans : aucune offre

Le principal signal de la séance se trouve toutefois du côté de l’obligation à cinq ans.

Le titre, assorti d’un taux d’intérêt annuel de 6,20 % et arrivant à échéance en septembre 2031, n’a reçu aucune soumission lors de cette adjudication.

Cette absence d’offres contraste avec la précédente opération du 16 septembre. À cette date, la même maturité avait attiré 5 milliards FCFA de propositions, intégralement retenues, avec un rendement moyen de 7,59 %.

Il convient donc de ne pas interpréter cette absence de demande comme un désengagement général du marché. Les investisseurs ont bien participé à l’opération, mais leurs offres se sont concentrées sur les échéances plus courtes et intermédiaires.

Les investisseurs maliens fournissent près des deux tiers des ressources

La répartition géographique des soumissions retenues apporte également un éclairage intéressant.

Les offres transmises depuis le Mali représentent 24,5 milliards FCFA, soit environ 64,1 % du montant finalement retenu.

Le Burkina Faso arrive ensuite avec 4,05 milliards FCFA, devant le Sénégal avec 3,5 milliards, la Côte d’Ivoire avec 3 milliards, le Togo avec 2,51 milliards et le Bénin avec 665,2 millions FCFA.

Ces chiffres correspondent au pays d’établissement des intermédiaires financiers ayant présenté les offres. Ils ne permettent donc pas d’identifier directement la nationalité des investisseurs finaux.

Le marché régional joue ainsi pleinement son rôle de canal de financement, avec une participation provenant de plusieurs places financières de l’UEMOA.

Plus de 1 200 milliards FCFA mobilisés depuis janvier

Cette opération porte à environ 1 207,35 milliards FCFA les ressources brutes mobilisées par le Mali sur le marché régional depuis le début de l’année.

Le montant comprend environ 982,6 milliards FCFA obtenus par adjudication, auxquels s’ajoutent 224,75 milliards FCFA issus de deux emprunts obligataires réalisés par syndication.

Le programme de financement du Mali pour 2026 prévoit au total 1 450 milliards FCFA de levées sur le marché régional.

À l’issue de l’opération du 30 septembre, environ 83,3 % de ce programme avait donc déjà été exécuté. Il reste près de 242,65 milliards FCFA à mobiliser d’ici à la fin de l’année.

Ces montants sont toutefois des ressources brutes : une partie des nouvelles émissions sert notamment au remboursement ou au refinancement de titres arrivant à échéance.

Le marché continue de financer l’État, mais à quel prix ?

Au-delà du montant levé, l’adjudication du 30 septembre donne un aperçu de la relation entre le Trésor malien et les investisseurs régionaux.

La demande globale reste supérieure au montant recherché, ce qui signifie que le Mali a trouvé suffisamment d’offres pour couvrir son objectif de financement. Mais la répartition des offres montre une sélectivité accrue selon les maturités.

Les trois ans absorbent l’essentiel de la demande, tandis que les cinq ans ne recueillent aucune offre.

Pour le Trésor, le coût du financement constitue évidemment un paramètre central. Le rendement moyen de 7,74 % sur trois ans signifie qu’une ressource de 33,79 milliards FCFA retenue sur cette maturité implique un coût financier significatif sur la durée de vie des titres, même si le rendement de marché ne correspond pas à lui seul à l’ensemble du coût budgétaire.

Cette dynamique rappelle que l’accès au marché régional ne se mesure pas uniquement à la capacité de lever des fonds. Il se mesure également au prix auquel ces ressources sont obtenues et à la durée sur laquelle les investisseurs acceptent de prêter.

Une levée réussie, mais un signal à surveiller

L’émission du 30 septembre permet donc au Mali de poursuivre son programme annuel de financement avec 38,23 milliards FCFA mobilisés sur 40 milliards recherchés.

Mais derrière ce taux de réalisation de près de 96 %, un autre indicateur mérite l’attention : l’absence totale de soumission sur cinq ans, alors que cette maturité avait trouvé preneur deux semaines plus tôt.

Le marché n’a pas fermé la porte au financement du Mali. Il semble plutôt avoir indiqué où il souhaite rester assis : sur trois ans plutôt que cinq.

Pour le Trésor, le défi des prochaines adjudications sera donc double : continuer à sécuriser les montants nécessaires au financement du budget tout en maîtrisant le coût et la maturité de la dette. Car sur le marché financier régional, lever de l’argent est une chose ; convaincre les investisseurs de le laisser travailler assez longtemps en est une autre.

La Rédaction

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