AES : A New York, le dialogue s’ouvre avec l’Allemagne, l’Italie et la Suisse.
En marge de la 81e Assemblée générale des Nations unies, les chefs de la diplomatie du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont échangé le 22 septembre à New York avec leurs homologues d’Allemagne, d’Italie et de Suisse. Au menu : dialogue politique, sécurité et perspectives de coopération économique, commerciale et industrielle. Une séquence qui illustre la volonté de la Confédération des États du Sahel de maintenir des canaux avec plusieurs partenaires européens malgré la recomposition de ses alliances.
Une rencontre au cœur de la semaine diplomatique
La Confédération des États du Sahel (AES) a profité de la semaine de haut niveau de l’ONU pour engager un échange direct avec trois partenaires européens : l’Allemagne, l’Italie et la Suisse.
La réunion s’est tenue le 22 septembre 2026 à New York, en marge de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies. Elle a réuni les ministres des Affaires étrangères des trois pays de l’AES et leurs homologues allemand, italien et suisse, selon le ministère nigérien des Affaires étrangères. Le gouvernement malien avait lui-même annoncé cette rencontre parmi les principaux rendez-vous diplomatiques de sa délégation à New York.
Cette séquence intervient dans un contexte de transformation profonde des relations entre les pays de l’AES et leurs partenaires extérieurs. Depuis la création de l’Alliance des États du Sahel en 2023, devenue Confédération en juillet 2024, le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont progressivement réorganisé leurs relations diplomatiques et sécuritaires. Leur retrait de la CEDEAO est devenu effectif en janvier 2025.
Le dialogue politique maintenu
Le premier enjeu de la rencontre était politique.
Les échanges ont porté sur l’importance de maintenir le dialogue entre les deux ensembles, mais également sur les attentes des populations sahéliennes et les priorités des gouvernements du Burkina Faso, du Mali et du Niger. Les questions de sécurité, notamment la menace terroriste, figuraient également parmi les sujets abordés.
Cette volonté de maintenir le dialogue est également cohérente avec la démarche défendue par la Suisse à New York. Dans son bilan de la semaine de haut niveau de l’ONU, le Département fédéral des affaires étrangères indique qu’Ignazio Cassis a consacré une partie de ses échanges aux enjeux de sécurité, de stabilité et de développement dans le Sahel et défendu une approche fondée sur le dialogue.
Pour l’AES, cette ouverture ne signifie pas un retour aux anciennes configurations diplomatiques. Les représentants de la Confédération ont réaffirmé leur volonté de poursuivre les échanges dans un cadre présenté comme fondé sur le respect mutuel et l’égalité entre partenaires.
La sécurité reste au centre des discussions
La question sécuritaire demeure l’un des principaux points de contact entre les deux parties.
Le Burkina Faso, le Mali et le Niger sont confrontés à une menace persistante de groupes armés dans plusieurs zones de leur espace commun. Pour les gouvernements de l’AES, la réponse à cette menace doit tenir compte des réalités nationales et des priorités exprimées par les populations.
À New York, cette question a donc été abordée parallèlement au dialogue politique. L’intérêt de cette discussion réside notamment dans le maintien d’un canal d’échange avec des États européens alors que les dispositifs sécuritaires occidentaux ont fortement évolué dans la région.
L’économie entre dans le champ des discussions
Au-delà de la sécurité, la dimension économique constitue l’un des éléments les plus importants de la rencontre.
Les délégations ont évoqué les possibilités de renforcer la coopération économique, commerciale et industrielle entre l’AES et l’Allemagne, l’Italie et la Suisse.
Ce volet ouvre potentiellement un espace de discussion sur les investissements, les échanges commerciaux, les infrastructures, l’industrie et la transformation locale des ressources.
Pour les économies du Sahel, la question est particulièrement stratégique. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger cherchent à accroître la transformation de leurs ressources naturelles et à développer des chaînes de valeur régionales. Dans ce contexte, maintenir des relations économiques diversifiées peut permettre de multiplier les débouchés et les sources de capitaux et de technologies.
La rencontre de New York ne fournit toutefois pas, à ce stade, de montant d’investissement ni de projet commercial précis. Il s’agit avant tout d’un cadre de dialogue permettant d’identifier des perspectives de coopération.
Une ouverture européenne qui dépasse les seuls enjeux sécuritaires
Le choix de l’Allemagne, de l’Italie et de la Suisse est également révélateur de la volonté de maintenir des relations avec plusieurs capitales européennes.
La Suisse, notamment, affirme continuer à s’intéresser aux questions de sécurité, de stabilité et de développement au Sahel. Son chef de la diplomatie a rencontré plusieurs partenaires africains durant la semaine de haut niveau de l’ONU.
Pour l’AES, l’enjeu consiste désormais à convertir le dialogue diplomatique en relations économiques concrètes. Les secteurs de l’énergie, des infrastructures, de l’agriculture, des mines, de l’industrie et du commerce constituent autant de domaines où les besoins d’investissement restent importants.
Mais aucun engagement financier spécifique n’a été annoncé à l’issue de la réunion du 22 septembre. Il faudra donc attendre d’éventuelles négociations bilatérales ou sectorielles pour mesurer la portée économique réelle de cette ouverture.
New York, vitrine diplomatique de la Confédération
Cette rencontre intervient également dans une séquence plus large de coordination de l’AES à l’ONU.
Le Burkina Faso, le Mali et le Niger avaient organisé dès le 21 septembre une réunion préparatoire afin d’harmoniser leur participation à la 81e Assemblée générale et de coordonner leurs messages. Un événement parallèle consacré à la Confédération devait notamment être animé par les trois chefs de diplomatie.
Pour Bamako, cette coordination fait partie d’un agenda diplomatique comprenant également des rencontres bilatérales et des consultations avec plusieurs partenaires internationaux. Le gouvernement malien avait explicitement annoncé à l’avance la rencontre avec les ministres des Affaires étrangères de l’Allemagne, de la Suisse et de l’Italie.
La présence coordonnée des trois pays vise ainsi à donner davantage de visibilité à leur nouvelle architecture régionale.
Du dialogue aux résultats, le prochain test
La rencontre de New York constitue un signal diplomatique : malgré la recomposition des alliances au Sahel, des canaux de discussion restent ouverts avec plusieurs pays européens.
Mais la portée de cette séquence dépendra désormais de sa traduction concrète. Sur le plan économique, la question sera de savoir si le dialogue peut déboucher sur des investissements, des partenariats industriels, une progression des échanges commerciaux ou des projets dans les secteurs prioritaires de l’AES.
Sur le plan sécuritaire, les discussions devront également permettre d’identifier des points de convergence, malgré les différences d’approche entre les partenaires.
À New York, l’AES a donc rouvert une porte plutôt que signé un nouveau chapitre. Le véritable enjeu sera désormais de transformer cette porte diplomatique en passerelle économique et politique durable, capable de relier les intérêts du Sahel à ceux de partenaires européens disposés à maintenir le dialogue.
La Rédaction



