Ghana : Un gazoduc de 500 millions de dollars pour renforcer l’ossature énergétique du pays.
Le Ghana prépare un nouveau maillon de son réseau gazier. Ghana Gas, la compagnie publique chargée du traitement et du transport du gaz naturel, envisage la construction d’un gazoduc terrestre de 278 kilomètres entre l’ouest du pays et la zone industrielle de Tema, dans le sud-est. Estimé à environ 500 millions de dollars, le projet vise à sécuriser l’approvisionnement des centrales et des industries, tout en réduisant la dépendance à certaines infrastructures régionales.
Un corridor gazier de 278 kilomètres
Le projet doit relier les installations gazières de la région de Takoradi, dans l’ouest du Ghana, aux pôles industriels et énergétiques de Tema. Le futur ouvrage doit s’étendre sur environ 278 kilomètres et constituer une nouvelle liaison entre les zones où le gaz est traité et celles où la demande industrielle est particulièrement importante.
Selon Judith Adjobah Blay, directrice générale de Ghana Gas, citée par Reuters le 16 septembre 2026, la compagnie vise une décision finale d’investissement au début de 2027. L’objectif affiché est de pouvoir engager le projet d’ici la fin du premier trimestre 2027, à condition de réunir les financements nécessaires.
Le projet n’est donc pas encore une infrastructure en construction. Son financement demeure à structurer et plusieurs étapes doivent encore être franchies avant le lancement effectif des travaux.
Un investissement évalué à plusieurs milliards de cedis
Le coût communiqué par Ghana Gas est d’environ 500 millions de dollars. Le plan de développement à moyen terme 2026-2029 du ministère ghanéen de l’Énergie inscrit également la construction du gazoduc Takoradi–Tema de 278 kilomètres parmi les projets du secteur, avec un coût estimatif de 6,655 milliards de cedis ghanéens.
Le montage envisagé doit associer capitaux publics et privés. Selon la direction de Ghana Gas, l’État ghanéen pourrait prendre une participation de 30 %, tandis que le financement restant serait apporté par des investisseurs privés.
Cette dimension financière sera déterminante. Le projet est annoncé depuis plusieurs années, mais sa concrétisation dépendra notamment de la capacité du Ghana à sécuriser les capitaux nécessaires et à finaliser son montage d’investissement.
Réduire la pression sur le réseau régional
L’un des objectifs du projet est de renforcer l’autonomie du système gazier ghanéen. Le pays utilise notamment le West African Gas Pipeline, un réseau régional de 678 kilomètres qui transporte du gaz depuis le Nigeria vers le Bénin, le Togo et le Ghana.
Le futur corridor Takoradi–Tema doit offrir une capacité supplémentaire pour acheminer le gaz produit et traité au Ghana vers les grands centres de consommation du pays. Il permettrait ainsi de mieux relier l’offre disponible dans l’ouest aux besoins industriels et énergétiques concentrés dans le sud-est.
Pour Accra, l’enjeu est aussi économique. Un approvisionnement plus régulier en gaz peut contribuer à sécuriser la production d’électricité et l’activité des industries fortement dépendantes de cette ressource.
Une demande appelée à progresser
La nécessité de renforcer les infrastructures s’explique également par l’évolution attendue de la consommation. Ghana Gas estime que la demande nationale de gaz pourrait atteindre 715 millions de pieds cubes standards par jour en 2030, contre environ 502 millions actuellement. Le pays importe par ailleurs environ 70 millions de pieds cubes standards par jour de gaz sec depuis le Nigeria.
Le gouvernement veut notamment privilégier l’utilisation du gaz pour la production d’électricité, afin de limiter le recours à des combustibles plus coûteux. Le développement des infrastructures de transport devient ainsi un élément central de la stratégie énergétique ghanéenne.
Le gaz domestique au cœur du dispositif
Le futur gazoduc doit également accompagner l’augmentation attendue de la production nationale. Ghana Gas prévoit notamment de bénéficier d’une hausse de la production du projet offshore Sankofa, exploité par Eni, qui pourrait passer d’environ 280 millions de pieds cubes standards par jour actuellement à 350 millions en 2028, selon la direction de Ghana Gas.
La compagnie traite également environ 130 millions de pieds cubes standards par jour de gaz associé provenant des champs pétroliers Jubilee et TEN, opérés par Tullow. Selon sa direction, ces champs disposent encore d’environ 50 millions de pieds cubes supplémentaires par jour qui pourraient être traités dans une future installation de traitement du gaz, sous réserve des approbations nécessaires.
En parallèle, le plan énergétique national prévoit la construction du deuxième train de traitement du gaz à Atuabo. Cette infrastructure figure parmi les investissements destinés à renforcer les capacités nationales de traitement et de distribution.
Une infrastructure au service de l’industrie
Au-delà du secteur énergétique, le projet Takoradi–Tema doit surtout répondre à une problématique industrielle. Tema concentre une importante activité manufacturière et énergétique, avec des centrales électriques et des entreprises dont la compétitivité dépend en partie de la disponibilité et du coût de l’énergie.
En reliant plus efficacement les ressources gazières de l’ouest aux consommateurs de l’est, le Ghana cherche donc à construire une chaîne énergétique plus intégrée.
Mais le calendrier reste conditionné au financement. Une décision finale d’investissement est attendue au début de 2027 et le démarrage visé au premier trimestre de la même année demeure un objectif, et non une garantie de construction.
Le véritable enjeu pour Accra sera désormais de transformer cette ambition en infrastructure financée, construite et opérationnelle. Car dans une économie où la demande énergétique progresse rapidement, disposer de gaz ne suffit plus : encore faut-il pouvoir l’acheminer au bon endroit, au bon moment et à un coût compatible avec les ambitions industrielles du pays.
La Rédaction



