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Mali : L’école et la culture appelées à devenir des leviers de réconciliation.

Le Mali place l’éducation, la culture et la citoyenneté au cœur de sa stratégie de réconciliation. Lancée le 15 septembre 2026 à Bamako, la 5ᵉ édition de la Semaine nationale de la réconciliation (SENARE) se déroule jusqu’au 21 septembre autour d’un thème qui élargit la réflexion sur la paix : « Éducation, culture et réconciliation : bâtir une citoyenneté résiliente pour une paix au sein de l’AES et de la sous-région ». Pour les autorités, la consolidation de la paix ne relève plus uniquement des réponses sécuritaires. Elle doit également se construire dans les salles de classe, les familles et les communautés.

Faire de l’éducation un outil de cohésion

La cérémonie officielle de lancement s’est tenue au Centre international de conférences de Bamako, sous la présidence du Premier ministre Abdoulaye Maïga, représentant le chef de l’État.

Le message porté par le gouvernement est clair : la réconciliation doit s’inscrire dans la durée et commencer par la formation des citoyens. Le Premier ministre a ainsi défendu une approche de la paix qui dépasse le seul registre sécuritaire, en insistant sur le rôle de l’école, de la famille et des communautés dans la construction du vivre-ensemble.

Cette orientation donne à l’éducation une fonction qui dépasse la transmission des connaissances scolaires. Elle vise également la formation civique, la transmission des valeurs communes et la capacité des jeunes générations à vivre avec les différences sociales, culturelles et communautaires.

Dans un pays confronté depuis plusieurs années à des tensions et à des fractures, cet enjeu est particulièrement important. L’école constitue en effet l’un des rares espaces où des enfants issus de milieux différents peuvent apprendre ensemble et développer des références communes.

La culture comme patrimoine commun

La deuxième composante de la SENARE 2026 est la culture.

Le programme prévoit des manifestations culturelles et sportives, mais également des initiatives éducatives, des dialogues citoyens, des actions de solidarité et des projets communautaires. L’objectif affiché est de mobiliser différents acteurs de la société autour de la prévention des divisions et du rapprochement entre les communautés.

La culture est ainsi présentée comme un moyen de rappeler ce qui rapproche les populations plutôt que ce qui les sépare. Musique, arts, patrimoine, traditions et pratiques culturelles peuvent servir de supports à la transmission d’une mémoire collective et à la valorisation de la diversité.

Cette dimension prend également une portée régionale. L’édition 2026 inscrit explicitement la réflexion sur la paix dans l’espace de l’Alliance des États du Sahel, qui regroupe le Mali, le Burkina Faso et le Niger. La SENARE élargit ainsi progressivement son horizon au-delà du seul cadre national.

Une mobilisation qui dépasse l’État

La démarche ne repose pas uniquement sur les institutions publiques. Parents, enseignants, autorités religieuses et coutumières, artistes, médias et utilisateurs des réseaux sociaux sont appelés à participer à la prévention des discours de division et au rapprochement entre les communautés.

Cette mobilisation traduit une conception plus large de la réconciliation. Elle ne se limite pas aux accords politiques ou aux mécanismes institutionnels. Elle suppose également une évolution des comportements et des relations quotidiennes entre les citoyens.

Les médias et les réseaux sociaux occupent, dans ce dispositif, une place particulière. Ils peuvent contribuer à diffuser des messages de cohésion, mais constituent également des espaces où les discours de division peuvent rapidement circuler. Leur implication dans les initiatives de sensibilisation apparaît donc comme un élément important de cette stratégie.

Une politique inscrite dans la durée

La SENARE n’est pas une initiative nouvelle. Organisée chaque année depuis 2022, elle constitue désormais l’un des cadres publics consacrés au dialogue, à la cohésion sociale et à la réconciliation au Mali. Les éditions précédentes avaient notamment mis l’accent sur le vivre-ensemble, la culture et le patrimoine commun.

L’édition 2026 intervient également dans un nouveau contexte institutionnel. La Charte nationale pour la paix et la réconciliation, remise au président de la Transition en juillet 2025, constitue désormais l’un des cadres de référence défendus par les autorités maliennes. Un Observatoire chargé de suivre son application a également été mis en place.

La SENARE s’inscrit donc dans une démarche plus large visant à inscrire la réconciliation dans les politiques publiques et dans la vie sociale.

Un investissement dans le capital humain

Au-delà du discours institutionnel, le choix de mettre l’éducation et la culture au centre de la SENARE présente une dimension économique et sociale.

Un pays ne construit pas durablement sa stabilité uniquement avec des infrastructures ou des dispositifs sécuritaires. Il a également besoin d’un capital humain capable de travailler ensemble, de participer à la vie collective et de préserver les mécanismes de confiance indispensables au développement.

L’éducation contribue à former les compétences dont l’économie a besoin. La culture, elle, participe à la construction de l’identité collective et au maintien du lien social. La réconciliation peut ainsi être considérée comme une condition du développement : lorsque les tensions fragilisent la confiance entre les citoyens et les communautés, elles peuvent également affecter l’activité économique, la mobilité, l’investissement et la réalisation des projets locaux.

Mais cette ambition devra être évaluée à l’aune de ses résultats concrets. Les semaines de sensibilisation peuvent créer des espaces de dialogue ; leur impact durable dépendra de la capacité à inscrire les valeurs de cohésion dans les programmes éducatifs, les initiatives culturelles et les politiques publiques.

À travers la 5ᵉ SENARE, le Mali fait donc le pari que la paix se prépare aussi bien dans une salle de classe que dans un espace culturel ou communautaire. Le véritable enjeu sera désormais de transformer cette mobilisation annuelle en une culture quotidienne du dialogue. Car une réconciliation durable ne se décrète pas : elle se construit progressivement, génération après génération, dans les connaissances transmises, les histoires racontées et les relations que les citoyens entretiennent entre eux.

La Rédaction

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