UEMOA : L’inflation remonte, le Moyen-Orient ravive le risque sur les prix.
Après une période de forte modération des prix, l’inflation reprend progressivement de la hauteur dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine. La BCEAO anticipe une accélération à 1,5 % en septembre, sous l’effet notamment des tensions géopolitiques au Moyen-Orient et de leurs conséquences possibles sur l’énergie et le coût du transport. Pour l’heure, la pression reste contenue, mais le risque extérieur revient au premier plan.
La trajectoire des prix dans l’UEMOA est en train de changer.
Après une période de faible inflation, l’indice des prix à la consommation commence à accélérer. Selon les dernières données de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), l’inflation s’est établie à 0,8 % en juin 2026, contre 0,4 % en mai.
La Banque centrale prévoit ensuite une progression à 1,1 % en juillet, 1,3 % en août et 1,5 % en septembre. Une remontée graduelle qui reste, à ce stade, loin d’une situation de forte inflation, mais qui marque un changement de tendance.
Le Moyen-Orient redevient un facteur de risque
Pour expliquer cette accélération attendue, la BCEAO pointe notamment la persistance des tensions géopolitiques au Moyen-Orient.
Le mécanisme est relativement simple. Les économies de l’UEMOA importent une grande partie de leurs produits énergétiques. Une perturbation durable de l’offre mondiale de pétrole ou une augmentation des risques sur les routes commerciales peut donc entraîner une hausse des coûts d’approvisionnement.
Cette pression peut ensuite se diffuser à l’ensemble de l’économie : carburants, transport, production industrielle, logistique et, finalement, prix payés par les consommateurs.
La BCEAO estime ainsi que les tensions au Moyen-Orient pourraient avoir des répercussions sur les prix des produits pétroliers et les coûts du fret, deux éléments particulièrement sensibles pour des économies dépendantes des importations.
Du pétrole au prix du panier de consommation
Le risque énergétique ne se limite pas au prix à la pompe.
Lorsqu’un transporteur paie davantage pour le carburant, le coût du déplacement des marchandises augmente. Pour un commerçant qui importe des produits depuis l’extérieur de l’Union, une hausse du fret peut également renchérir le coût d’arrivée de ces marchandises.
À terme, une partie de ces coûts supplémentaires peut être répercutée sur le consommateur.
C’est précisément ce mécanisme qui rend les tensions géopolitiques particulièrement importantes pour l’UEMOA. Même lorsqu’un conflit se déroule à des milliers de kilomètres de Dakar, Bamako, Abidjan ou Lomé, ses effets peuvent finir par apparaître dans les coûts de transport et d’approvisionnement.
Le Fonds monétaire international souligne également que les économies importatrices d’énergie sont particulièrement exposées lorsque les prix des combustibles fossiles augmentent.
L’alimentation reste l’autre point de vigilance
Le pétrole n’est toutefois pas le seul facteur surveillé par la BCEAO.
La Banque centrale mentionne également la période de soudure, ainsi que les perturbations des circuits de distribution des produits alimentaires liées à l’insécurité dans certaines zones de l’Union.
Ces contraintes peuvent provoquer des tensions locales sur l’offre de certains produits et accentuer les variations de prix.
Mais un élément joue actuellement en faveur de la stabilité alimentaire : la bonne performance de la campagne agricole 2025/2026.
Selon les données reprises par la BCEAO, la production céréalière de cette campagne aurait progressé de 6,8 %, contribuant à renforcer la disponibilité des produits alimentaires et à limiter les pressions inflationnistes.
Une inflation encore loin du seuil communautaire
Il convient donc de relativiser la remontée observée.
Une inflation de 1,5 % prévue pour septembre ne constitue pas, en elle-même, une situation de crise des prix. La dynamique reste modérée et demeure sous le seuil de 3 % correspondant à l’objectif de stabilité des prix dans l’espace UEMOA.
Le sujet est davantage celui de la direction prise par l’inflation.
Après avoir connu une inflation moyenne annuelle nulle en 2025, l’Union évolue désormais vers un environnement où les prix recommencent progressivement à augmenter.
Pour les ménages, cette évolution mérite d’être suivie car une inflation faible ne signifie pas nécessairement que les prix baissent. Elle signifie principalement que les prix augmentent plus lentement.
Autrement dit, même avec une inflation de 1,5 %, le panier de consommation peut continuer à coûter davantage qu’un an auparavant.
Une économie toujours dynamique
Cette remontée des prix intervient alors que l’activité économique régionale demeure relativement solide.
La BCEAO projette une croissance du PIB réel de l’UEMOA de 6,0 % au deuxième trimestre 2026, après 6,1 % au premier trimestre.
L’Union se retrouve donc face à un équilibre délicat : maintenir une croissance robuste tout en empêchant les chocs extérieurs de se transformer en nouvelle poussée inflationniste.
La question est d’autant plus importante que les économies de l’Union restent fortement connectées aux marchés internationaux, aussi bien pour leurs importations énergétiques que pour une partie de leurs biens de consommation et de leurs équipements.
Le véritable risque se trouve dans la durée du choc
Pour l’instant, la situation ne justifie pas de parler d’une explosion des prix.
Le scénario surveillé par les économistes est plutôt celui d’une remontée progressive qui pourrait s’accentuer si les tensions géopolitiques se prolongent et si les prix de l’énergie et du transport restent élevés.
C’est donc la durée du choc qui sera déterminante.
Si les perturbations restent limitées dans le temps, les bonnes récoltes et une offre alimentaire suffisamment abondante pourraient contribuer à absorber une partie des pressions.
À l’inverse, une nouvelle hausse durable des coûts énergétiques et logistiques pourrait progressivement se transmettre aux entreprises, aux importateurs et aux ménages.
Pour la BCEAO, la vigilance reste de mise
La remontée de l’inflation intervient dans un environnement où la Banque centrale doit continuer à surveiller plusieurs paramètres simultanément : activité économique, prix alimentaires, énergie, conditions financières et évolution de l’environnement international.
Le scénario actuel reste relativement favorable : croissance soutenue et inflation encore modérée.
Mais l’expérience récente rappelle que les économies ouest-africaines peuvent rapidement subir les effets de chocs qui se produisent en dehors de leurs frontières.
L’UEMOA n’est donc pas face à une nouvelle crise inflationniste, mais à un changement de régime à surveiller. Après avoir bénéficié d’une période de prix particulièrement calmes, l’Union retrouve progressivement la pression des marchés mondiaux. Et dans cette équation, le Moyen-Orient rappelle une réalité simple : pour des économies ouvertes et importatrices d’énergie, un choc lointain peut rapidement devenir une facture bien locale.
La Rédaction



