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Sénégal–Tchad : La normalisation devient un levier pour conquérir les marchés africains.

À N’Djamena, Dakar et N’Djamena veulent donner un nouvel élan à leur coopération dans le domaine de la normalisation. Au-delà des aspects techniques, le partenariat entre l’Association sénégalaise de normalisation (ASN) et l’Agence tchadienne de normalisation (ATNOR) vise un objectif économique : améliorer la qualité des productions tchadiennes, renforcer leur compétitivité et faciliter leur accès aux marchés régional et international.

La normalisation s’installe progressivement au cœur de la stratégie industrielle du Tchad. À l’occasion d’une mission de l’Association sénégalaise de normalisation à N’Djamena, les autorités des deux pays ont affiché leur volonté de renforcer leur coopération dans ce domaine considéré comme essentiel pour la compétitivité des entreprises.

Le directeur général de l’ASN, El Hadji Abdourahmane Ndione, en mission au Tchad dans le cadre d’un séminaire consacré à la sécurité des denrées alimentaires, a été reçu par le ministre tchadien du Commerce et de l’Industrie, Dr Guibolo Fanga Mathieu. Les discussions ont notamment porté sur la normalisation, la qualité des produits et les perspectives de coopération entre les deux pays.

La qualité, nouveau terrain de compétitivité

Derrière le terme parfois très technique de « normalisation » se trouve une question simple : comment garantir qu’un produit fabriqué, transformé ou commercialisé respecte des exigences précises de qualité et de sécurité ?

Pour le Tchad, cette question prend une dimension économique particulière. Le pays cherche à développer davantage sa production locale et à renforcer le « Made in Tchad ». Mais pour qu’un produit local puisse dépasser les frontières nationales, il doit pouvoir répondre à des exigences reconnues par les marchés auxquels il souhaite accéder.

La normalisation permet justement de fixer ces références. Elle concerne notamment les caractéristiques des produits, les procédés de fabrication, la sécurité, la qualité et, plus largement, les conditions permettant de démontrer qu’une production répond à un niveau d’exigence donné.

Pour les autorités tchadiennes, disposer d’une infrastructure de qualité suffisamment solide constitue donc un préalable à l’amélioration de la compétitivité des entreprises. Cette ambition s’inscrit également dans le cadre du Plan national de développement « Tchad Connexion 2030 », qui entend ouvrir davantage le pays aux investissements et au développement industriel.

Un partenariat qui ne date pas d’hier

La coopération entre Dakar et N’Djamena sur la normalisation n’est pas une initiative nouvelle.

En décembre 2022, l’ASN et l’ATNOR avaient signé un protocole de partenariat destiné notamment à accompagner l’agence tchadienne dans son organisation et sa structuration. L’accord prévoyait également un appui à la mise en place de comités techniques de normalisation.

À cette occasion, une équipe de l’ASN s’était rendue au Tchad pour travailler avec les responsables de l’ATNOR ainsi qu’avec plusieurs acteurs tchadiens, dont le ministère du Commerce et de l’Industrie, la Chambre de commerce et le Centre de contrôle de qualité des denrées alimentaires.

Quatre ans plus tard, ce partenariat semble entrer dans une nouvelle phase. Il ne s’agit plus seulement de contribuer à la mise en place de l’infrastructure institutionnelle, mais davantage de renforcer les capacités et de rapprocher les systèmes de qualité des besoins concrets de l’économie tchadienne.

L’agroalimentaire au premier plan

Le secteur alimentaire constitue actuellement l’un des principaux terrains d’application de cette coopération.

Les 2 et 3 septembre 2026, l’ATNOR a organisé à N’Djamena un séminaire national consacré aux systèmes de management de la sécurité des denrées alimentaires, autour de la norme ISO 22000:2018.

Cette norme fournit un cadre permettant aux entreprises et aux différents acteurs de la chaîne alimentaire d’identifier, d’évaluer et de maîtriser les risques susceptibles d’affecter la sécurité des aliments.

La présence du directeur général de l’ASN à cette rencontre illustre ainsi la volonté de mobiliser l’expertise sénégalaise dans un domaine où les enjeux économiques et sanitaires sont étroitement liés.

Pour les producteurs et transformateurs tchadiens, l’objectif est double : mieux protéger le consommateur et renforcer la crédibilité des produits fabriqués localement.

Le pari du « Made in Tchad »

Le renforcement de la normalisation intervient alors que le Tchad cherche à accroître la valeur de sa production nationale.

Pour N’Djamena, le développement du « Made in Tchad » ne peut pas reposer uniquement sur l’augmentation des volumes produits. La qualité doit également suivre.

Un produit agricole transformé localement, par exemple, peut disposer d’un potentiel commercial important. Mais sans procédures de contrôle, de traçabilité, de certification et de conformité reconnues, son accès à certains marchés peut rester limité.

C’est là que la normalisation devient un outil économique.

Elle peut permettre aux entreprises de mieux répondre aux exigences des acheteurs, de gagner en crédibilité et de réduire progressivement les obstacles techniques qui peuvent freiner les échanges.

Le partenariat ASN–ATNOR évoqué à N’Djamena vise justement à favoriser la mutualisation des compétences et à renforcer la reconnaissance des dispositifs de certification, avec l’ambition de faciliter le commerce transfrontalier.

Un enjeu qui dépasse le Tchad et le Sénégal

L’intérêt de cette coopération doit également être lu à l’échelle du continent.

Avec la Zone de libre-échange continentale africaine, les entreprises africaines disposent d’un marché potentiel beaucoup plus vaste. Mais l’ouverture des frontières commerciales ne suffit pas à elle seule à garantir une hausse des échanges.

Encore faut-il que les produits puissent circuler avec des garanties suffisantes en matière de qualité, de sécurité et de conformité.

Dans ce contexte, les infrastructures nationales de qualité deviennent une composante essentielle de la compétitivité africaine.

Le renforcement des capacités de l’ATNOR peut donc contribuer non seulement à améliorer la qualité des produits tchadiens sur le marché intérieur, mais aussi à préparer les entreprises du pays à une concurrence et à des débouchés plus importants sur les marchés africains.

Pour Dakar, cette coopération constitue également une illustration de la capacité d’un pays africain à transmettre son expérience à un autre pays du continent dans un domaine directement lié au développement industriel.

De la norme au marché : le véritable défi

L’adoption d’une norme ne constitue toutefois qu’une première étape.

Pour qu’elle produise un véritable impact économique, les entreprises doivent disposer des moyens de l’appliquer. Cela suppose des compétences, des laboratoires capables d’effectuer les contrôles nécessaires, des systèmes de certification crédibles et un accompagnement adapté aux petites et moyennes entreprises.

Le séminaire organisé par l’ATNOR autour de l’ISO 22000 montre que cette dimension commence à être prise en compte. L’agence cherche à familiariser les différents acteurs de la chaîne alimentaire avec les exigences internationales et leur application concrète.

Le défi sera désormais de transformer cette sensibilisation en pratiques durables dans les entreprises.

Une coopération à vocation économique

Le rapprochement entre l’ASN et l’ATNOR révèle ainsi une évolution importante de la coopération économique africaine.

Longtemps perçue comme une affaire essentiellement administrative ou technique, la normalisation devient progressivement un instrument de politique industrielle. Elle touche à la qualité des produits, à la protection du consommateur, à la compétitivité des entreprises, aux exportations et à l’intégration commerciale.

Pour le Tchad, l’enjeu est de construire une infrastructure qualité suffisamment robuste pour accompagner la montée en puissance de sa production locale.

Pour le Sénégal, il s’agit de mettre son expérience au service d’un partenaire tout en contribuant, plus largement, à l’émergence d’un environnement commercial africain où les produits puissent être évalués et reconnus selon des références communes.

La réussite de ce partenariat se mesurera donc moins au nombre de réunions organisées qu’au nombre d’entreprises capables, demain, de produire selon des standards reconnus et de franchir plus facilement les frontières.

Car dans le commerce africain de demain, la question ne sera plus seulement de savoir qui produit le plus. Il faudra aussi savoir qui produit selon les standards capables de convaincre un marché de plus en plus vaste. Et pour le Tchad, la normalisation pourrait bien être l’une des clés de ce passage du « produit local » au « produit compétitif ».

La Rédaction

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