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UEMOA : A Bamako, la bataille des intrants agricoles se joue aussi dans les règles.

Réunis à Bamako du 7 au 11 septembre, les membres du Comité interparlementaire de l’UEMOA examinent la mise en œuvre des règles communautaires sur les semences, les engrais et les pesticides. Derrière ce dossier technique se joue un enjeu beaucoup plus large : sécuriser la production agricole, réduire les ruptures d’approvisionnement et renforcer la souveraineté alimentaire d’une région où les producteurs restent confrontés à des coûts élevés et à un accès encore insuffisant aux intrants de qualité.

À Bamako, l’agriculture s’est invitée au cœur des discussions sur l’intégration économique ouest-africaine. Depuis le 7 septembre, la capitale malienne accueille la 40e session extraordinaire du Comité interparlementaire de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (CIP-UEMOA).

Pendant cinq jours, les représentants des États membres se penchent notamment sur un sujet qui paraît technique, mais dont les conséquences sont très concrètes pour les producteurs et les consommateurs : la gestion des intrants agricoles.

Semences, engrais, pesticides : ces produits sont indispensables pour produire davantage et améliorer les rendements. Leur disponibilité, leur qualité et leur prix conditionnent donc directement la capacité des agriculteurs à exploiter leurs terres dans de bonnes conditions.

Des règles communes pour mieux sécuriser les intrants

Au centre des travaux figure le « renforcement de la mise en œuvre des réglementations régionales relatives à la gestion des intrants agricoles ».

Derrière cette formulation institutionnelle se trouve une question simple : comment faire en sorte qu’un producteur de l’espace UEMOA puisse accéder à des intrants fiables, conformes aux normes et disponibles au moment où il en a besoin ?

Les règles communautaires visent notamment à encadrer l’homologation, le contrôle de qualité, la certification et la commercialisation des semences, engrais et pesticides.

L’objectif est double. D’une part, éviter que des produits de mauvaise qualité ou non conformes ne pénalisent les agriculteurs. D’autre part, faciliter la circulation et la disponibilité des intrants à l’échelle régionale.

Ces mécanismes sont portés par plusieurs cadres régionaux, notamment l’UEMOA, la CEDEAO et le Comité permanent inter-États de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (CILSS).

L’enjeu dépasse donc la seule réglementation. Il touche directement à la productivité agricole et, par conséquent, à l’alimentation des populations.

Quand les crises mondiales arrivent jusque dans les champs

La question de l’approvisionnement est devenue plus sensible ces dernières années.

Les crises économiques et géopolitiques ont perturbé les chaînes d’approvisionnement et contribué à la rareté de certains intrants dans plusieurs pays de la région. À cela s’ajoutent les effets du changement climatique et le coût élevé des technologies agricoles modernes.

Pour les producteurs, le problème ne se résume donc pas à trouver un sac d’engrais ou un paquet de semences. Il faut pouvoir l’obtenir au bon moment, dans la bonne quantité, à un prix compatible avec les revenus agricoles et avec une garantie sur sa qualité.

Lorsque l’un de ces maillons fait défaut, les conséquences peuvent rapidement dépasser l’exploitation agricole et toucher toute la chaîne alimentaire.

Le Mali confronté à une réalité très concrète

La tenue de ces discussions à Bamako prend une résonance particulière alors que le Mali fait lui-même face à des difficultés d’approvisionnement en engrais.

Une mission conduite les 5 et 6 septembre par le ministre de l’Agriculture, Ibrahima Samaké, dans la région de Dioïla a notamment permis de constater les difficultés rencontrées dans la campagne agricole.

À Fana, la direction locale de la Compagnie malienne pour le développement des textiles (CMDT) a fait état de la reconversion de 12 123 hectares, en raison notamment du retard et de l’insuffisance des intrants agricoles.

Ce chiffre donne une dimension très concrète au débat qui se déroule actuellement à Bamako.

Une réglementation mieux appliquée ne produira certes pas, à elle seule, davantage d’engrais. Mais elle peut contribuer à améliorer la qualité des produits, leur circulation, leur contrôle et la prévisibilité du marché.

Autrement dit, le problème est à la fois réglementaire, logistique et économique.

L’enjeu dépasse l’engrais

Le dossier des intrants ne concerne pas uniquement les fertilisants.

Les semences déterminent en partie la qualité et le potentiel des récoltes. Les engrais permettent d’apporter aux sols les éléments nécessaires à la croissance des cultures. Les pesticides, lorsqu’ils sont correctement utilisés et contrôlés, contribuent à limiter certaines pertes liées aux ravageurs et aux maladies.

Une mauvaise disponibilité de l’un de ces éléments peut donc réduire les rendements et fragiliser les revenus des producteurs.

À l’échelle de l’UEMOA, où l’agriculture joue un rôle majeur dans les économies nationales et dans l’emploi rural, la question devient alors stratégique.

Pour les responsables communautaires réunis à Bamako, l’agriculture et l’élevage contribuent directement à la sécurité alimentaire et à la réduction de la pauvreté dans les zones rurales. Mais les producteurs restent confrontés à plusieurs obstacles, parmi lesquels l’accès au financement et aux intrants ainsi que certaines insuffisances réglementaires.

De la réglementation à la souveraineté alimentaire

Le terme de « souveraineté alimentaire » revient de plus en plus dans les politiques agricoles de la région.

Mais cette souveraineté ne se décrète pas. Elle dépend de la capacité des États et des acteurs économiques à produire suffisamment, régulièrement et à des coûts acceptables.

Cela suppose des terres productives, de l’eau, des infrastructures, du financement, des équipements et surtout des intrants disponibles.

C’est là que l’harmonisation régionale peut jouer un rôle.

Des règles communes et correctement appliquées peuvent faciliter les échanges entre les États membres, réduire certaines barrières réglementaires et contribuer à mieux sécuriser les marchés d’intrants.

Encore faut-il que les règles adoptées soient effectivement appliquées sur le terrain.

L’autre dossier, la santé animale

Les travaux du CIP-UEMOA ne se limitent pas aux intrants agricoles.

Les parlementaires examinent également l’harmonisation des législations pharmaceutiques vétérinaires dans les États membres.

Ce dossier touche directement à la santé animale, mais aussi à la santé humaine et à l’environnement. La disponibilité de médicaments vétérinaires sûrs et correctement réglementés constitue en effet un élément important pour les activités d’élevage et la protection des chaînes alimentaires.

La complémentarité entre agriculture et élevage est particulièrement importante dans une région où de nombreuses exploitations dépendent de plusieurs activités rurales pour leurs revenus.

L’UEMOA face au nouveau paysage ouest-africain

Cette session intervient également dans un contexte régional particulier.

Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont quitté officiellement la CEDEAO en janvier 2025 et poursuivent désormais leur projet d’intégration politique au sein de l’Alliance des États du Sahel.

Mais les trois pays restent membres de l’UEMOA.

L’Union continue ainsi de constituer un espace commun en matière monétaire et économique pour ses huit États membres. Le CIP-UEMOA, composé de 40 représentants, soit cinq par État, continue d’ailleurs de réunir les parlementaires de l’ensemble de cet espace.

Cette coexistence entre une nouvelle architecture politique sahélienne et le maintien de l’intégration économique au sein de l’UEMOA donne une dimension supplémentaire aux discussions de Bamako.

Sur les questions agricoles, les réalités économiques imposent en effet de dépasser les frontières politiques.

Le vrai test sera dans les champs

La session extraordinaire doit permettre aux parlementaires de mieux comprendre les réglementations communautaires et de formuler des recommandations sur leur mise en œuvre.

Mais le véritable indicateur de réussite ne sera pas le nombre de recommandations adoptées à Bamako.

Il sera visible dans les exploitations agricoles : des semences disponibles à temps, des engrais accessibles à un prix supportable, des pesticides conformes, des circuits d’approvisionnement plus fiables et des producteurs mieux protégés contre les produits de mauvaise qualité.

Pour l’UEMOA, la question des intrants est donc bien plus qu’un dossier réglementaire. Elle touche à la productivité, aux revenus ruraux, aux prix alimentaires et, finalement, à la capacité de la région à nourrir sa population.

À Bamako, les parlementaires travaillent sur des textes. Mais leur véritable enjeu se trouve ailleurs : dans les champs où, chaque saison, la souveraineté alimentaire se mesure moins aux discours qu’à la disponibilité effective d’un sac d’engrais, d’une semence de qualité ou d’un produit phytosanitaire au bon moment.

La Rédaction

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