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Togo : Après 17 mois de gel, Lomé rouvre les portes de l’exploration minière.

Après avoir suspendu pendant près de 17 mois la délivrance de nouveaux titres de prospection et de recherche minière, le Togo relance les procédures sur l’ensemble de son territoire. Une décision qui vise à stimuler l’exploration du sous-sol, tout en poursuivant la réforme du cadre réglementaire. Pour les investisseurs, le signal est positif. Pour l’État, le véritable enjeu sera de transformer cette reprise en découvertes, puis en projets miniers créateurs de valeur.

Le sous-sol togolais retrouve progressivement le chemin des investisseurs.

Par un arrêté signé le 18 août 2026, le ministre délégué chargé de l’Énergie et des Ressources minières, Robert Koffi Messan Eklo, a levé la suspension qui frappait depuis mars 2025 la délivrance des autorisations de prospection et des permis de recherche de substances minérales. La mesure concerne l’ensemble du territoire national.

Le texte, référencé arrêté n°023/MEVS/MDERM/CAB/DGMG/2026, abroge celui du 24 mars 2025 qui avait instauré le gel. Les entreprises et investisseurs peuvent donc à nouveau déposer des demandes, qui seront examinées par l’administration minière selon les procédures en vigueur.

Cette réouverture ne constitue toutefois pas une distribution automatique de permis. Elle marque plutôt le redémarrage d’un processus administratif et technique suspendu pendant plus d’un an.

Une « pause stratégique » pour revoir les règles

Le gel des nouveaux titres miniers n’était pas présenté par les autorités comme un désengagement du secteur.

Il devait permettre au gouvernement de prendre le temps de revoir le cadre juridique applicable aux activités minières. Cette période a notamment été consacrée à la préparation d’une réforme du Code minier et de ses textes d’application.

Un comité ad hoc a ainsi été mis en place en novembre 2025 pour travailler à cette révision, avec la volonté d’adapter la réglementation aux évolutions du secteur et aux standards régionaux et internationaux.

Pour Lomé, l’objectif est de parvenir à un cadre jugé plus rigoureux, notamment en matière de transparence, de durabilité, d’inclusion et de valorisation des ressources naturelles.

Le choix de rouvrir les demandes avant l’aboutissement complet de la réforme traduit donc une volonté de ne pas laisser l’exploration minière paralysée indéfiniment.

Prospection et recherche : deux étapes à ne pas confondre

La décision gouvernementale mérite une précision importante.

La réouverture des demandes ne signifie pas que les entreprises peuvent immédiatement commencer à exploiter des minerais.

Elle permet d’abord de reprendre les procédures de prospection et de recherche.

L’autorisation de prospection relève d’un régime non exclusif. Elle permet de rechercher des substances minérales sur un périmètre défini pendant deux ans, avec la possibilité de deux renouvellements d’un an.

Le permis de recherche est plus engageant. Il confère un droit exclusif sur le périmètre attribué. Il est délivré pour trois ans, avec deux possibilités de renouvellement de deux ans chacune.

Pour l’obtenir, l’opérateur doit notamment démontrer ses capacités techniques et financières, présenter un programme de travaux et préciser le périmètre concerné. La Direction générale des Mines et de la Géologie reste chargée de l’instruction et du suivi des dossiers.

Autrement dit, le Togo rouvre la porte de l’exploration, mais garde la clé.

Le sous-sol togolais reste largement à documenter

Derrière cette décision se trouve une ambition plus fondamentale : mieux connaître ce que renferme le sous-sol national.

L’exploration constitue en effet la première étape avant toute décision d’investissement dans une mine. Sans données géologiques fiables, il est difficile pour une entreprise de déterminer la présence d’un gisement, son volume, sa qualité et surtout sa rentabilité potentielle.

Le ministère indique avoir analysé 370 ressources minières en 2024, parmi lesquelles des lingots d’or, des pierres précieuses et des échantillons géochimiques.

Ces travaux participent à l’amélioration de la connaissance du potentiel minier du pays.

Pour les investisseurs, cette information géologique est essentielle. Pour l’État, elle constitue également un outil de négociation : mieux connaître ses ressources permet de mieux apprécier leur valeur et, potentiellement, de mieux encadrer leur exploitation.

Du phosphate à l’or, le Togo veut élargir son potentiel minier

Le Togo est historiquement associé au phosphate, qui constitue l’une des principales ressources minières du pays.

Mais le potentiel identifié va au-delà de cette ressource.

Les autorités mettent notamment en avant des possibilités dans l’or, le manganèse, le calcaire et certains minéraux critiques.

Cette diversification présente un intérêt économique évident.

Un secteur minier reposant sur plusieurs ressources peut offrir davantage d’opportunités d’investissement et réduire la dépendance aux performances d’un seul produit.

En 2023, le Togo comptait 15 permis de recherche minière actifs, selon les données communiquées par le ministère. La réouverture des demandes pourrait donc progressivement élargir le nombre de projets d’exploration présents sur le territoire.

Une réouverture qui exclut certains matériaux

La mesure n’est toutefois pas totalement générale.

Selon Togo First, la réouverture concerne les substances minérales relevant de ce régime sur l’ensemble du territoire, mais les matériaux de construction et les minéraux industriels restent exclus de son champ d’application.

Cette distinction montre que le gouvernement ne cherche pas simplement à rouvrir indistinctement toutes les activités extractives.

Il conserve une approche différenciée selon la nature des ressources et les régimes miniers applicables.

Pour les investisseurs, un signal après 17 mois d’incertitude

Pour les compagnies minières et les investisseurs spécialisés dans l’exploration, la décision constitue néanmoins un signal important.

Pendant 17 mois, les possibilités d’obtenir de nouveaux titres étaient gelées. Cette situation limitait mécaniquement l’arrivée de nouveaux projets d’exploration.

La reprise permet désormais aux entreprises de positionner de nouveaux projets et de soumettre leurs dossiers.

Mais l’attractivité minière ne dépend pas uniquement de l’ouverture des permis.

Les investisseurs regardent également la stabilité réglementaire, la fiscalité, la sécurité juridique, les infrastructures, l’accès à l’énergie, les conditions d’exportation et la possibilité de rapatrier les capitaux.

C’est pourquoi la future réforme du Code minier sera particulièrement scrutée.

Rouvrir les permis est une chose. Donner aux investisseurs une visibilité sur dix ou vingt ans en est une autre.

L’enjeu, passer du minerai potentiel à la valeur économique

Le Togo doit maintenant franchir une série d’étapes.

Un investisseur peut déposer une demande. Puis mener des travaux de prospection. Ensuite obtenir un permis de recherche. Puis réaliser des campagnes géologiques, des forages et des études économiques.

Et même après plusieurs années de recherche, rien ne garantit qu’un gisement sera suffisamment important ou rentable pour être exploité.

C’est pourquoi les retombées économiques de la mesure ne seront pas immédiates.

La première conséquence attendue est une augmentation des activités d’exploration et des investissements.

La seconde, si des découvertes significatives sont réalisées, pourrait être l’apparition de nouveaux projets miniers.

La troisième serait la création de revenus publics, d’emplois et d’activités de sous-traitance.

Mais entre la première autorisation et la première tonne de minerai commercialisée, le chemin peut être long.

Une nouvelle équation pour Lomé

Le Togo se retrouve donc face à une équation à trois variables.

D’abord, attirer les capitaux nécessaires à l’exploration.

Ensuite, protéger les intérêts économiques du pays, notamment à travers une réglementation claire et une meilleure valorisation des ressources.

Enfin, préparer la transformation locale, afin que les futures ressources minières ne quittent pas systématiquement le territoire sous forme brute.

Cette dernière question sera déterminante pour mesurer l’impact réel de la politique minière.

Une découverte d’or, de manganèse ou d’un autre minerai peut générer des exportations. Mais elle peut également créer une chaîne industrielle plus large : transformation, transport, maintenance, services spécialisés, sous-traitance et emplois.

Le véritable enjeu n’est donc pas seulement de sortir davantage de minerai du sous-sol.

Il est de savoir combien de valeur économique le Togo peut conserver autour de chaque tonne extraite.

Le Togo remet son sous-sol en mouvement

Après 17 mois de suspension, le Togo revient donc à une logique plus offensive sur l’exploration minière.

La décision du 18 août 2026 permet de relancer les demandes de prospection et de recherche tout en maintenant les procédures de contrôle et en poursuivant la réforme du cadre réglementaire.

Pour Lomé, le pari est désormais de transformer cette réouverture administrative en véritable cycle d’investissement.

Le potentiel géologique devra encore être confirmé par les travaux d’exploration. Les investisseurs devront démontrer leur capacité à financer les opérations. Et l’État devra veiller à ce que les éventuelles découvertes se traduisent par des retombées économiques durables.

Après 17 mois à fermer le robinet des nouveaux permis, le Togo vient de le rouvrir. Mais le véritable défi commence maintenant : faire couler, du sous-sol vers l’économie, une valeur suffisamment importante pour que la richesse minière ne reste pas seulement une promesse géologique.

La Rédaction

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