Emploi : 1,2 milliard de jeunes à intégrer d’ici 2035, le grand défi économique des pays en développement.
Entre 2025 et 2035, environ 1,2 milliard de jeunes des économies émergentes et en développement atteindront l’âge de travailler. Selon la Banque mondiale, les trajectoires actuelles ne permettraient de générer qu’un peu plus de 400 millions d’emplois. L’écart est considérable. Pour éviter qu’une opportunité démographique ne se transforme en crise sociale et économique, trois priorités se dégagent : investir dans les compétences et les infrastructures, permettre aux entreprises de grandir et mobiliser davantage de capitaux privés.
Le chiffre donne immédiatement la mesure du défi. Au cours de la prochaine décennie, 1,2 milliard de jeunes entreront dans la population en âge de travailler dans les économies émergentes et en développement. La Banque mondiale présente cette évolution comme l’un des plus grands défis de l’emploi auxquels l’économie mondiale devra faire face.
Mais cette arrivée massive de jeunes sur le marché du travail ne constitue pas nécessairement une mauvaise nouvelle.
Une population jeune peut devenir un puissant moteur de croissance, à condition que les économies soient capables de lui offrir des emplois productifs, des revenus et des perspectives professionnelles.
Le problème est précisément là.
Sur la base des tendances actuelles, seulement environ 400 à 420 millions d’emplois devraient être créés au cours de la même période. La Banque mondiale estime ainsi que l’écart pourrait atteindre près de 800 millions d’opportunités d’emploi.
Il ne faut toutefois pas interpréter mécaniquement cet écart comme 800 millions de chômeurs supplémentaires. Certains jeunes poursuivront leurs études, d’autres travailleront dans l’économie informelle ou créeront leur propre activité. Mais le chiffre révèle une réalité incontestable : les économies concernées doivent accélérer fortement leur capacité à créer des emplois productifs.
Premier levier : investir dans les compétences et les infrastructures
La première réponse commence bien avant l’entrée sur le marché du travail.
Les systèmes éducatifs doivent préparer les jeunes aux besoins réels des économies. La formation professionnelle, les compétences numériques, les métiers techniques et l’apprentissage doivent prendre davantage de place aux côtés de l’enseignement général.
Cette question devient encore plus importante avec l’intelligence artificielle, l’automatisation et la transformation numérique.
Une partie des emplois de demain n’existe pas encore, tandis que certains métiers actuels vont profondément évoluer. La Banque mondiale souligne elle-même que les transformations technologiques modifient les compétences recherchées et rendent nécessaire une meilleure articulation entre formation et besoins des entreprises.
Mais former les jeunes ne suffit pas.
Il faut également construire l’économie capable de les employer.
Routes, énergie, eau, télécommunications, infrastructures logistiques et numériques constituent les fondations de l’activité productive. Sans électricité fiable, par exemple, une entreprise industrielle ne peut pas accroître durablement sa production. Sans connexion abordable, une PME aura du mal à exploiter pleinement le commerce électronique ou les outils numériques.
La Banque mondiale considère justement les infrastructures et le capital humain comme des éléments essentiels pour créer les conditions d’une croissance génératrice d’emplois.
Deuxième levier : permettre aux entreprises de grandir
Le deuxième chantier concerne directement le secteur privé.
Pour absorber une nouvelle génération de travailleurs, les économies doivent disposer d’entreprises capables d’investir, d’augmenter leur production et surtout d’embaucher.
Cela suppose un environnement dans lequel les entrepreneurs peuvent créer une entreprise, accéder au financement, produire, exporter et grandir sans être freinés par des coûts ou des procédures excessifs.
La Banque mondiale insiste sur la nécessité de renforcer les entreprises locales et de créer les conditions permettant au secteur privé de générer davantage d’emplois productifs.
L’enjeu est particulièrement important pour les PME.
Dans de nombreux pays en développement, une grande partie de l’activité économique repose sur de petites entreprises. Pourtant, beaucoup restent bloquées à une échelle réduite, avec un accès limité au crédit, à l’énergie, aux marchés ou aux technologies.
Le défi n’est donc pas simplement de créer davantage d’entreprises.
Il faut surtout permettre à celles qui existent de passer de la survie à la croissance.
Troisième levier : mobiliser le capital privé
Le troisième levier est financier.
Les gouvernements des économies en développement ne pourront pas, à eux seuls, financer les infrastructures, les entreprises et les millions d’opportunités économiques nécessaires.
Le secteur privé devra donc prendre une place beaucoup plus importante.
Cela implique de rendre les économies plus attractives pour les investisseurs en réduisant les risques liés à l’environnement réglementaire, aux infrastructures insuffisantes, au financement ou encore à l’instabilité des marchés.
La Banque mondiale place précisément la mobilisation du capital privé au cœur de sa réponse au défi mondial de l’emploi.
L’objectif est de faire en sorte que davantage de capitaux financent des activités productives : industrie, agriculture et agro-industrie, énergie, infrastructures, santé, tourisme ou services numériques.
Autrement dit, l’argent doit davantage aller vers les entreprises qui créent de la valeur et des emplois.
L’Afrique au cœur du défi
Pour l’Afrique, la question est particulièrement stratégique.
Le continent connaît une croissance rapide de sa population en âge de travailler. Cette dynamique peut constituer un avantage considérable si elle s’accompagne d’une hausse de la productivité et d’une transformation structurelle des économies.
L’enjeu consiste notamment à faire évoluer une partie de la main-d’œuvre depuis des activités de subsistance vers des emplois à plus forte productivité.
Agriculture, agro-industrie, industrie manufacturière, construction, énergie, services, numérique et économie verte peuvent ainsi devenir des secteurs clés.
La Banque mondiale souligne d’ailleurs que les infrastructures et l’énergie, l’agriculture et l’agro-industrie, la santé, le tourisme et les industries manufacturières à valeur ajoutée présentent un potentiel important pour la création d’emplois à grande échelle.
Pour les pays africains, le défi est donc double : créer des emplois pour une population croissante et augmenter suffisamment la productivité pour que ces emplois améliorent réellement les revenus.
Une opportunité démographique, pas seulement une menace
Il serait toutefois dangereux de regarder cette évolution uniquement sous l’angle du risque.
Une jeunesse nombreuse représente également un immense marché.
Ces jeunes seront des travailleurs, mais aussi des consommateurs, des entrepreneurs, des agriculteurs, des ingénieurs, des commerçants et des créateurs de nouvelles activités.
S’ils disposent des compétences, du financement et d’un environnement économique favorable, ils peuvent devenir le moteur d’une nouvelle phase de croissance.
C’est le principe du dividende démographique : une population active plus importante peut accélérer la croissance lorsqu’elle est suffisamment productive et que les conditions économiques permettent de valoriser son travail.
Mais ce dividende n’est jamais automatique.
Une jeunesse nombreuse sans emplois productifs peut au contraire accentuer la pauvreté, l’informalité et les tensions sociales.
Le temps presse
Le véritable enjeu est peut-être là.
Une réforme éducative demande du temps. Une infrastructure énergétique se construit sur plusieurs années. Une industrie ne se développe pas en quelques mois. Une PME a besoin de temps pour investir, produire et recruter.
Attendre que les nouveaux entrants arrivent massivement sur le marché du travail avant d’agir serait donc une erreur économique.
La Banque mondiale considère ce défi comme un enjeu qui touchera directement la prospérité et la stabilité mondiales au cours des prochaines décennies.
Pour les pays en développement, la fenêtre d’action est ouverte maintenant.
Transformer la démographie en croissance
Le débat sur les 1,2 milliard de jeunes ne devrait finalement pas être réduit à une question de statistiques démographiques.
Il s’agit de savoir quelle économie les pays veulent construire pour cette génération.
Une économie capable de transformer ses ressources naturelles localement, de développer son industrie, de moderniser son agriculture, de soutenir ses PME, d’améliorer ses infrastructures et d’intégrer les nouvelles technologies aura davantage de chances de convertir sa jeunesse en force productive.
À l’inverse, une économie qui crée peu de valeur et peu d’emplois risque de voir sa croissance démographique devenir une pression supplémentaire sur les finances publiques et les marchés du travail.
Les 1,2 milliard de jeunes qui arriveront sur le marché du travail d’ici 2035 ne constituent donc pas une bombe démographique. Ils représentent un choix économique. Former, investir et produire davantage peut transformer cette vague démographique en dividende. Ne rien faire reviendrait à demander à une génération de construire son avenir avec une économie qui n’a pas encore construit suffisamment de places pour elle.
La Rédaction



