UMOA : Les banques détiennent désormais plus de 23 600 milliards FCFA de dette publique.
Les banques de l’Union monétaire ouest-africaine ont fortement accru leur exposition aux titres publics en 2025. Selon le rapport annuel de la BCEAO, leur portefeuille de dette souveraine a atteint 23 651,1 milliards de FCFA à fin décembre, en hausse de 16,6 % sur un an. Une progression qui confirme le rôle central des banques dans le financement des États, mais qui pose aussi la question du financement de l’économie privée.
Le financement des États de l’UMOA repose de plus en plus sur les banques de la région. À fin décembre 2025, les établissements bancaires détenaient 23 651,1 milliards de FCFA de titres publics, contre 20 278 milliards un an auparavant. En une année, leur portefeuille a donc progressé de 16,6 %, selon les données du rapport annuel 2025 de la BCEAO, publié en juillet 2026.
Ce montant, équivalent à près de 43 milliards de dollars, illustre le poids désormais pris par le marché régional des titres publics dans le financement des économies de l’UEMOA.
Les banques, principaux créanciers des États
Le mécanisme est relativement simple.
Pour financer leurs déficits budgétaires, leurs investissements ou refinancer une partie de leur dette, les États de l’Union émettent des bons et obligations du Trésor sur le marché régional.
Les banques souscrivent à ces émissions et deviennent ainsi des créancières des États.
Pour les gouvernements, ce mécanisme permet de mobiliser des ressources en francs CFA directement sur le marché régional. Pour les banques, les titres souverains constituent des placements rémunérés qui peuvent également être utilisés dans leur gestion de liquidité.
La progression à 23 651,1 milliards de FCFA montre donc que ce canal de financement est devenu incontournable.
Le marché régional s’est d’ailleurs considérablement développé au cours de la dernière décennie. Selon les données présentées par la BCEAO, l’encours des titres publics émis par adjudication est passé de 5,6 % du PIB régional en 2014 à près de 15 % en 2025.
Une progression qui interpelle
Cette évolution comporte toutefois un autre aspect.
Lorsque les banques consacrent une part importante de leurs ressources à l’achat de dette publique, une question se pose : reste-t-il suffisamment de financement pour les entreprises et les ménages ?
C’est le risque d’« effet d’éviction ».
En pratique, une banque qui trouve dans les titres publics un placement rémunérateur et relativement sûr peut être davantage incitée à acheter des obligations souveraines qu’à accorder certains crédits aux entreprises, notamment aux PME, dont le risque est généralement plus élevé.
Le sujet est particulièrement important dans une région où l’accès au financement bancaire demeure un enjeu majeur pour les entreprises.
Les États gagnent en autonomie financière
Il serait toutefois réducteur de considérer uniquement cette progression comme un risque.
Le développement du marché régional des titres publics constitue également un important levier de souveraineté financière.
Les États peuvent mobiliser davantage de ressources localement, en monnaie régionale, sans dépendre exclusivement des bailleurs internationaux ou des marchés financiers internationaux.
Le marché des titres publics est ainsi devenu un pilier du financement des États de l’UEMOA. UMOA-Titres organise et accompagne précisément ce marché régional dédié au financement des États membres.
Pour les économies de l’Union, l’enjeu est désormais de faire grandir ce marché tout en évitant qu’il ne devienne trop dépendant d’un seul type d’investisseur.
Le défi du financement de l’économie réelle
La progression des portefeuilles bancaires de titres publics intervient parallèlement à une volonté de renforcer le financement des PME et du secteur privé.
La BCEAO indique d’ailleurs que les crédits accordés aux PME ont atteint 6 844 milliards de FCFA en 2025, signe que les banques continuent également de financer l’économie productive.
Mais l’équilibre reste à surveiller.
Car les besoins de financement des États sont importants, notamment dans un contexte où plusieurs pays de l’Union doivent financer leurs déficits, leurs infrastructures et leurs politiques publiques.
Plus les émissions souveraines augmentent, plus la capacité du système bancaire à absorber ces titres devient stratégique.
Une question de concentration des risques
Cette forte exposition crée également un autre enjeu : la concentration du risque souverain dans les bilans bancaires.
Si une banque détient une quantité importante de titres émis par les États, sa santé financière devient mécaniquement davantage liée à la capacité de ces derniers à honorer leurs engagements.
Des travaux consacrés au marché régional ont d’ailleurs souligné les risques liés à une forte concentration des banques sur les titres publics. La Banque de France relève notamment que la détention de dette souveraine par les banques de l’UEMOA est liée aux rendements de ces titres et à leur utilisation dans les opérations de refinancement.
Cela ne signifie pas que les titres publics constituent un placement problématique en soi. Mais leur poids croissant appelle une surveillance attentive de la qualité des portefeuilles bancaires et de la diversification des actifs.
L’équation des prochaines années
Le développement du marché régional des titres publics est appelé à se poursuivre.
Pour les États, il représente une source essentielle de financement. Pour les banques, il constitue un marché important de placement et de gestion de liquidité. Pour la BCEAO et les régulateurs, il devient un élément central de la stabilité financière régionale.
Mais l’équation économique est désormais claire : il faut financer les États sans assécher le financement du secteur privé.
Les 23 651,1 milliards de FCFA détenus par les banques témoignent de la profondeur croissante du marché souverain de l’UMOA. La prochaine étape sera de faire en sorte que cette puissance financière profite aussi davantage à l’investissement productif.
Car une banque qui finance l’État finance la puissance publique. Une banque qui finance aussi les entreprises finance la croissance. Le véritable enjeu pour l’UMOA sera de réussir à faire les deux.
La Rédaction



