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Burkina Faso : Le gasoil passe à 750 FCFA, le gouvernement veut réduire le poids des subventions.

Le prix du litre de gasoil augmente de 75 FCFA à partir du 10 août 2026. Cette première hausse depuis quatre ans doit permettre à l’État burkinabè de réduire le coût des subventions aux hydrocarbures, alors que la consommation nationale progresse et que les cours internationaux continuent de peser sur la facture énergétique.

Le Burkina Faso réajuste le prix du gasoil, à partir du lundi 10 août 2026, le litre de gasoil sera vendu 750 FCFA, contre 675 FCFA auparavant. L’augmentation de 75 FCFA, soit environ 11,1 %, a été annoncée le dimanche 9 août à la télévision nationale par Abdoul Salam Gampéné, secrétaire général de la Primature et président du Comité interministériel de détermination des prix des hydrocarbures.

Le prix du Super 91 reste, lui, fixé à 850 FCFA le litre.

Cette décision constitue la première augmentation du prix du gasoil depuis août 2022 et intervient dans un contexte où le gouvernement cherche à contenir le coût des subventions énergétiques.

Une hausse de 75 FCFA par litre

Concrètement, les automobilistes et les transporteurs devront désormais payer 750 FCFA pour un litre de gasoil.

La hausse représente :

675 FCFA → 750 FCFA

Soit une augmentation de 75 FCFA par litre, équivalente à 11,1 %.

Pour un véhicule consommant 50 litres, le plein coûtera désormais 3 750 FCFA de plus qu’avant la mesure, cette hausse concerne particulièrement les transporteurs et les entreprises, le gasoil étant largement utilisé dans le transport routier, les activités industrielles et certains équipements de production.

Pourquoi le gouvernement augmente-t-il le prix ?

La principale justification avancée par les autorités concerne le coût réel d’approvisionnement.

Selon le gouvernement, le prix du gasoil à la pompe reste inférieur à son coût réel en raison des mécanismes de subvention.

À certains moments, le coût réel du litre aurait atteint environ 1 050 FCFA, alors que les consommateurs continuaient de le payer 675 FCFA.

L’État prenait donc à sa charge une partie importante de la différence.

Cette politique permettait de maintenir un prix relativement bas pour les consommateurs, mais elle représentait une charge croissante pour les finances publiques.

Plus de 60 milliards FCFA de subventions au premier semestre

Le poids budgétaire de cette politique est devenu particulièrement important.

Selon les données présentées par les autorités, les subventions consacrées au gasoil auraient atteint environ 60 milliards de FCFA au premier semestre 2026.

Si le prix de 675 FCFA avait été maintenu sur l’ensemble de l’année, la facture pourrait dépasser 135 milliards de FCFA.

Pour un État confronté à des besoins considérables en matière de sécurité, d’infrastructures et de dépenses sociales, cette situation devient difficilement soutenable.

Le relèvement du prix apparaît donc comme un moyen de réduire progressivement cette pression.

Une consommation nationale en forte progression

Autre élément déterminant : la consommation de gasoil.

Le Burkina Faso aurait consommé environ 365 millions de litres de gasoil au cours des six premiers mois de 2026.

Sur cette base, la consommation annuelle pourrait atteindre environ 730 millions de litres.

Chaque franc de subvention appliqué à un litre représente donc un coût important lorsque la consommation se chiffre en centaines de millions de litres.

Cette équation explique en partie pourquoi le gouvernement cherche à réduire l’écart entre le prix payé par le consommateur et le coût réel d’approvisionnement.

Le pétrole international et le dollar dans l’équation

Le prix du carburant au Burkina Faso dépend également de facteurs extérieurs.

Les autorités évoquent notamment :

  • l’évolution des cours internationaux du pétrole ;
  • les coûts de transport ;
  • les frais de fret ;
  • les fluctuations du dollar américain face au franc CFA.

Même lorsque le prix international du pétrole se stabilise, une hausse des coûts logistiques ou une évolution défavorable du taux de change peut renchérir la facture d’importation.

Pour un pays qui dépend largement des importations de produits pétroliers, ces facteurs sont difficiles à maîtriser.

Le risque d’un effet domino sur les prix

La principale inquiétude économique concerne désormais la transmission de la hausse du gasoil au reste de l’économie.

Le carburant constitue un intrant essentiel du transport.

Une augmentation de 75 FCFA par litre peut donc se répercuter sur les coûts des transporteurs, puis sur les prix du transport de marchandises.

Et lorsque le coût du transport augmente, les prix des produits peuvent suivre.

L’impact potentiel concerne notamment :

  • les produits alimentaires ;
  • les matériaux de construction ;
  • les biens de consommation ;
  • les services de transport ;
  • les activités industrielles.

Le gouvernement devra donc surveiller attentivement l’évolution des prix dans les prochaines semaines.

Pourquoi maintenir le prix du Super 91 ?

Le gouvernement a choisi de ne pas modifier le prix de l’essence Super 91.

Celui-ci reste fixé à 850 FCFA le litre, alors que son coût réel serait d’environ 920 FCFA hors subvention.

Cette décision permet de limiter l’impact immédiat de la réforme sur les automobilistes utilisant principalement l’essence.

Elle traduit également une volonté de cibler prioritairement le produit dont le coût budgétaire est jugé le plus lourd.

Le gaz butane reste également subventionné

La réforme ne remet pas en cause toutes les subventions énergétiques.

Le gouvernement maintient notamment le soutien au gaz butane, avec une bouteille de 6 kg vendue à 2 000 FCFA et celle de 12 kg à 5 500 FCFA.

Cette décision répond à un objectif social.

Le gaz butane est en effet directement lié aux dépenses quotidiennes des ménages et constitue également un outil de lutte contre la consommation excessive de bois et de charbon de bois.

Le spectre des approvisionnements transfrontaliers

Les autorités mettent également en avant un autre facteur : les écarts de prix avec certains pays voisins. Lorsque le carburant est vendu moins cher au Burkina Faso que dans les pays voisins, la différence de prix peut encourager des achats transfrontaliers.

Une partie de la consommation nationale peut alors ne pas correspondre aux besoins réels du marché intérieur, cette situation augmente la pression sur les stocks et sur les finances publiques lorsque le carburant est subventionné. Le gouvernement estime donc que le réajustement du prix du gasoil peut contribuer à réduire ces distorsions.

Une décision à double tranchant

La mesure répond à une logique budgétaire claire, d’un côté, l’État cherche à réduire une dépense qui pourrait dépasser 135 milliards FCFA sur une année si les conditions précédentes étaient maintenues. De l’autre, une hausse du prix du gasoil peut alimenter les coûts de production et peser sur le pouvoir d’achat.

Le gouvernement se retrouve donc face à un arbitrage classique de politique économique : protéger les consommateurs par des subventions ou préserver les finances publiques en rapprochant progressivement les prix de leur coût réel.

Le vrai prix du gasoil se mesure aussi à son impact sur l’économie

La hausse du gasoil à 750 FCFA ne doit pas être analysée uniquement à travers les 75 FCFA supplémentaires payés à la pompe, le véritable sujet est celui de la soutenabilité du système énergétique burkinabè. Subventionner massivement le carburant permet de protéger temporairement les consommateurs, mais cette politique devient coûteuse lorsque la consommation augmente et que le coût d’importation reste élevé.

À l’inverse, augmenter les prix sans mécanismes de protection peut rapidement alimenter l’inflation et fragiliser les ménages comme les entreprises. Le défi pour Ouagadougou sera donc de trouver le juste équilibre : réduire progressivement la facture budgétaire des subventions tout en empêchant que le coût de l’ajustement ne soit entièrement transféré aux consommateurs.

Car le véritable succès de cette réforme ne se mesurera pas seulement aux milliards économisés par l’État. Il se mesurera aussi à une question beaucoup plus concrète : combien coûtera le transport, le panier de la ménagère et la production burkinabè dans les prochains mois ?

La Rédaction

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