Mali : B2Gold obtient le feu vert pour Menankoto-Sud, un nouveau levier dans le portefeuille aurifère du pays.
Le gouvernement malien a approuvé l’attribution à B2Gold Mali Resources d’un permis d’exploitation de grande mine d’or à Menankoto-Sud, dans le cercle de Kéniéba. Cette décision ouvre une nouvelle étape pour un projet situé dans l’orbite du complexe minier de Fekola et pourrait renforcer à terme les retombées économiques du secteur aurifère.
Le Mali continue de faire évoluer son paysage minier, réuni en Conseil des ministres le vendredi 7 août 2026, le gouvernement malien a approuvé l’attribution à B2Gold Mali Resources SARL d’un permis d’exploitation de grande mine d’or à Menankoto-Sud, dans le cercle de Kéniéba, région de Kayes.
La décision marque le passage d’une phase principalement consacrée à l’exploration à une étape permettant le développement d’une exploitation industrielle. Pour le Mali, où l’or occupe une place centrale dans les exportations et les recettes publiques, l’enjeu dépasse donc le seul développement d’un nouveau site minier. Il concerne également la capacité du pays à accroître la valeur économique tirée de ses ressources naturelles.
Un projet qui s’inscrit dans une histoire minière déjà engagée
Menankoto-Sud n’est pas un projet apparu récemment, B2Gold Mali Resources dispose depuis plusieurs années de droits de recherche sur cette zone située dans le cercle de Kéniéba. Un arrêté pris le 31 décembre 2021 avait accordé à la société un permis de recherche portant sur l’or et certaines substances minérales, sur une superficie de 52 km².
Le permis prévoyait notamment un programme de travaux et des dépenses minimales de recherche évaluées à près de 9,81 milliards de FCFA, après plusieurs années de travaux d’exploration, le dossier a progressivement évolué. En octobre 2024, le gouvernement avait renouvelé le permis de recherche pour trois années supplémentaires, faisant état de zones jugées prometteuses et nécessitant la poursuite des investigations.
Cette étape était importante dans l’industrie minière, plusieurs années peuvent séparer la découverte d’un potentiel géologique et la décision de construire effectivement une mine.
Menankoto-Sud et Bakolobi, un périmètre élargi
Le projet a connu une nouvelle évolution en mai 2025, lorsque le Conseil des ministres a approuvé la fusion des permis de recherche de Menankoto-Sud et Bakolobi, les deux périmètres, situés dans le cercle de Kéniéba, sont contigus.
La fusion a porté la superficie du permis à environ 162 km², permettant à B2Gold de poursuivre ses travaux d’exploration sur un périmètre élargi. Cette évolution avait notamment pour objectif de faciliter la poursuite des travaux géologiques et l’évaluation du potentiel minier de la zone. Le feu vert donné en août 2026 constitue donc l’aboutissement d’un processus engagé plusieurs années auparavant.
Un actif situé dans l’orbite de Fekola
L’un des principaux intérêts de Menankoto-Sud réside dans sa proximité avec le complexe minier de Fekola, exploité par B2Gold au Mali, elle constitue l’un des principaux actifs aurifères du groupe canadien. Cette proximité géographique pourrait présenter un intérêt stratégique pour le développement futur de Menankoto-Sud, notamment en matière d’infrastructures, de logistique et de synergies opérationnelles.
Il convient toutefois de distinguer les deux projets : l’attribution du permis d’exploitation de Menankoto-Sud ne signifie pas automatiquement que le minerai sera traité dans les installations de Fekola ni que les paramètres techniques du futur projet sont déjà arrêtés. Ces éléments devront être précisés par les documents techniques et réglementaires à venir.
Pour l’État, une nouvelle source potentielle de recettes
L’attribution du permis intervient dans un contexte particulier pour le secteur minier malien, depuis plusieurs années, les autorités cherchent à accroître la part de la richesse minière revenant à l’État et aux collectivités. Le nouveau cadre minier adopté en 2023 a notamment renforcé la participation de l’État dans les projets miniers et accordé une place plus importante au contenu local.
Le développement de Menankoto-Sud pourrait ainsi générer plusieurs catégories de retombées économiques :
les impôts et taxes liés à l’exploitation ;
les revenus miniers revenant à l’État ;
les emplois directs et indirects ;
les contrats attribués aux entreprises maliennes ;
les investissements dans les infrastructures locales ;
et les ressources destinées aux collectivités.
Mais ces retombées ne seront réellement mesurables qu’une fois connus les paramètres définitifs du projet.
Le chiffre d’affaires potentiel ne doit pas être confondu avec les recettes publiques
Dans le débat sur les mines, une distinction reste essentielle, la valeur de l’or produit par une mine ne correspond pas aux recettes encaissées par l’État. Entre la valeur brute de la production et les revenus publics interviennent notamment les coûts d’exploitation, les investissements, les mécanismes fiscaux, les participations de l’État et les différentes obligations prévues par la réglementation.
Il faudra donc attendre la publication des détails économiques du projet Menankoto-Sud avant d’estimer précisément son impact sur les finances publiques. À ce stade, les informations communiquées autour de l’attribution du permis ne permettent pas encore de confirmer publiquement une capacité annuelle de production, un montant d’investissement ou un niveau précis de réserves exploitables.
Kéniéba, un territoire déjà façonné par l’activité minière
Pour le cercle de Kéniéba, l’enjeu est également local, la région de Kayes accueille depuis plusieurs années d’importantes activités minières. Le développement d’un nouveau projet peut créer des opportunités pour les entreprises locales dans des domaines comme le transport, la maintenance, la restauration, la construction, la sécurité ou encore les services.
Mais l’exploitation minière pose également des questions en matière d’accès aux terres, d’environnement, de ressources en eau et de partage des retombées avec les communautés. Le véritable impact territorial dépendra donc autant du volume de production que de la capacité du projet à intégrer l’économie locale.
Une nouvelle étape pour B2Gold au Mali
Pour B2Gold, l’autorisation constitue une avancée significative dans la consolidation de son portefeuille malien, le groupe dispose déjà d’une présence importante dans le pays à travers Fekola. L’accès à de nouvelles ressources dans la même région pourrait contribuer à renforcer sa position au Mali et à soutenir sa stratégie de long terme.
Mais entre l’obtention d’un permis et la production commerciale, plusieurs étapes restent nécessaires : études techniques détaillées, développement des infrastructures, financement, construction, recrutement et mise en production. Le permis constitue donc un feu vert réglementaire majeur, mais pas encore le démarrage de la production industrielle.
Un test pour le nouveau modèle minier malien
L’arrivée de nouveaux projets miniers intervient alors que Bamako cherche à rééquilibrer davantage les relations entre l’État et les compagnies minières. Le Mali veut désormais capter une part plus importante de la valeur créée par ses ressources naturelles tout en développant le contenu local.
Menankoto-Sud sera donc également observé à travers ce prisme, la question sera simple : quelle part de la richesse créée restera réellement dans l’économie malienne ? Les réponses dépendront des conditions économiques du permis, du niveau de participation de l’État, de la fiscalité applicable, des achats locaux et des mécanismes de redistribution vers les communautés.
Le vrai enjeu commence après le permis
L’autorisation accordée à B2Gold pour Menankoto-Sud constitue une nouvelle étape dans la stratégie minière du Mali. Mais le permis n’est qu’un commencement, le véritable enjeu sera de transformer les réserves du sous-sol en valeur économique durable : recettes publiques, emplois qualifiés, entreprises locales, infrastructures et investissements productifs.
Le Mali dispose d’une richesse aurifère considérable. Son défi n’est désormais plus seulement de produire davantage d’or, mais de faire en sorte que chaque once extraite génère davantage de valeur pour l’économie nationale. À Menankoto-Sud, la prochaine bataille ne sera donc pas sous terre. Elle se jouera dans les chiffres : combien sera investi, combien sera produit, combien reviendra à l’État et surtout combien restera dans l’économie malienne.
La Rédaction



