Côte d’Ivoire : 110 milliards FCFA pour l’acier et le médicament, Abidjan accélère son pari sur l’industrialisation.
La Côte d’Ivoire poursuit sa montée en puissance industrielle. Le gouvernement ivoirien et le Groupe B5 Plus ont signé un mémorandum d’entente portant sur un investissement de 110 milliards de FCFA destiné à la création d’une aciérie moderne et d’une industrie pharmaceutique. Au-delà du montant annoncé, ce partenariat illustre la volonté d’Abidjan de réduire sa dépendance aux importations, de renforcer la transformation locale et de consolider sa position de hub industriel en Afrique de l’Ouest.
Un investissement stratégique au service de la transformation économique
Le 7 juillet 2026, le ministère du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat et le Groupe B5 Plus ont signé à Abidjan un mémorandum d’entente ouvrant la voie à deux projets industriels majeurs, représentant un investissement global estimé à 110 milliards de FCFA.
Le document a été paraphé par le ministre Kalil Konaté et le président-directeur général du Groupe B5 Plus, Mukesh Thakwani. Il formalise la volonté des deux parties de développer des infrastructures industrielles dans deux secteurs considérés comme stratégiques pour l’économie ivoirienne : la sidérurgie et l’industrie pharmaceutique.
Cette initiative s’inscrit dans la politique nationale visant à accroître la transformation locale, à développer une industrie plus compétitive et à attirer des investissements privés à forte valeur ajoutée.
Une aciérie pour soutenir les grands chantiers du pays
Le premier volet du partenariat prévoit la construction d’une aciérie moderne équipée d’un laminoir.
Selon les informations communiquées par le ministère, l’aciérie sera implantée au PK 47, sur l’autoroute du Nord, tandis que le laminoir sera installé au PK 24, au sein de la zone industrielle développée par ARISE Ivoire.
Ce projet répond à une demande croissante en acier portée par les nombreux programmes d’infrastructures, de logements, de bâtiments industriels et de travaux publics engagés en Côte d’Ivoire.
Aujourd’hui, une part importante des produits sidérurgiques utilisés dans le pays provient de l’importation. En développant une capacité de production locale, les autorités espèrent renforcer l’autonomie industrielle du pays, sécuriser les approvisionnements et améliorer la compétitivité des entreprises nationales.
Au-delà du marché ivoirien, cette nouvelle capacité pourrait également alimenter les besoins des pays voisins, dans un contexte où les investissements en infrastructures se multiplient en Afrique de l’Ouest.
Une industrie pharmaceutique pour renforcer la souveraineté sanitaire
Le second pilier du mémorandum concerne la création d’une unité de production pharmaceutique.
Cette composante répond à une priorité devenue centrale pour de nombreux États africains depuis la pandémie de Covid-19 : réduire la dépendance aux importations de médicaments et renforcer les capacités locales de production.
L’objectif est de favoriser l’émergence d’une industrie capable de produire une partie des médicaments consommés sur le marché national, tout en développant des compétences techniques et scientifiques dans un secteur à forte valeur ajoutée.
Au-delà des enjeux de santé publique, cette initiative participe également à la stratégie de diversification industrielle du pays et pourrait ouvrir de nouvelles perspectives pour les exportations régionales.
Une ambition cohérente avec la Vision Côte d’Ivoire industrielle
Ces investissements s’inscrivent dans une stratégie plus large portée par les autorités ivoiriennes.
Depuis plusieurs années, le gouvernement multiplie les initiatives destinées à accélérer l’industrialisation du pays, à travers le développement de nouvelles zones industrielles, l’amélioration du climat des affaires et l’attraction d’investisseurs privés.
L’objectif est de faire évoluer progressivement l’économie ivoirienne d’un modèle fondé principalement sur l’exportation de matières premières vers une économie davantage orientée vers la transformation locale.
Cette approche vise à créer davantage de valeur ajoutée sur le territoire national, à stimuler l’innovation industrielle et à renforcer la compétitivité des entreprises ivoiriennes.
Des retombées attendues sur l’emploi et les chaînes de valeur
Au-delà des infrastructures elles-mêmes, les deux projets devraient générer des effets d’entraînement sur l’ensemble de l’économie.
Les phases de construction mobiliseront de nombreux acteurs du bâtiment, de la logistique et des services techniques.
À terme, l’exploitation des installations pourrait favoriser la création d’emplois qualifiés dans les métiers de la métallurgie, de la maintenance industrielle, de la pharmacie, de la recherche, de la logistique et du contrôle qualité.
Les petites et moyennes entreprises pourraient également bénéficier d’opportunités de sous-traitance, renforçant ainsi l’écosystème industriel local.
Un signal fort envoyé aux investisseurs
La signature de ce mémorandum intervient dans un contexte où la Côte d’Ivoire cherche à consolider son attractivité auprès des investisseurs internationaux.
En misant simultanément sur la sidérurgie et la pharmacie, deux secteurs stratégiques à forte intensité capitalistique, le pays envoie un message clair : son ambition est de développer des industries capables de répondre aux besoins du marché national tout en renforçant son positionnement régional.
Toutefois, un mémorandum d’entente constitue avant tout un engagement de principe. Les prochaines étapes seront déterminantes : finalisation des études techniques, mobilisation des financements, obtention des autorisations administratives et lancement effectif des travaux.
La concrétisation de ces investissements sera donc le véritable indicateur de leur impact économique.
Une nouvelle étape dans la montée en gamme industrielle
L’investissement annoncé dépasse le simple cadre de deux nouvelles usines. Il traduit une évolution de la stratégie économique ivoirienne, qui cherche désormais à développer des filières industrielles plus intégrées et à réduire progressivement sa dépendance aux importations de produits stratégiques.
Dans un contexte où la concurrence entre les économies africaines se joue de plus en plus sur leur capacité à transformer localement leurs ressources et à attirer des capitaux productifs, la Côte d’Ivoire poursuit son ambition de devenir un pôle industriel de référence en Afrique de l’Ouest.
Le succès de cette stratégie dépendra désormais de la capacité à transformer les engagements en réalisations concrètes. Car ce ne sont pas les mémorandums qui créent la richesse, mais les usines qui produisent, innovent et emploient durablement. C’est sur ce terrain que sera jugée la portée réelle de cet investissement de 110 milliards de FCFA.
La Rédaction



