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Mali : Bamako prend les commandes de l’artisanat africain pour accélérer la transformation d’un secteur stratégique.

Une présidence de l’ODEPA placée sous le signe de la professionnalisation, du financement et de la conquête des marchés

Le Mali veut faire de l’artisanat un véritable moteur de croissance économique en Afrique. À l’issue de la 12ᵉ Conférence des ministres de l’Organisation pour le développement et la promotion de l’artisanat africain (ODEPA), tenue à Bamako du 2 au 4 juillet 2026, le pays a pris la présidence tournante de l’organisation pour la période 2026-2027.

Cette désignation place le Mali au cœur des discussions continentales sur l’avenir d’un secteur qui représente une source majeure d’emplois, de revenus et de valorisation des savoir-faire africains.

Le mandat malien sera porté par le ministre chargé de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, Mamou Daffé, appelé à conduire les orientations de l’organisation durant les douze prochains mois.

Faire de l’artisanat un pilier du développement économique africain

Placée sous le thème « Quelles stratégies pour un repositionnement du secteur de l’artisanat dans les priorités de développement des pays membres de l’ODEPA ? », la conférence de Bamako a mis en lumière les défis auxquels fait face un secteur souvent considéré comme informel, mais qui constitue pourtant un important réservoir d’activités économiques.

Selon les données présentées lors des travaux, l’artisanat représente entre 30 % et 60 % des actifs urbains dans plusieurs pays africains et contribue entre 5 % et 30 % du PIB selon les économies.

Au-delà des chiffres, l’artisanat joue un rôle social majeur. Il permet à des millions de jeunes, de femmes et de petites unités familiales de générer des revenus grâce à la production textile, la transformation alimentaire, la bijouterie, la maroquinerie, la sculpture, la poterie ou encore les métiers liés au bâtiment.

Pour les États africains, l’enjeu est désormais de passer d’un artisanat essentiellement de subsistance à un artisanat davantage structuré, compétitif et intégré aux chaînes de valeur nationales et internationales.

Le Mali veut accélérer la modernisation du secteur

En prenant la présidence de l’ODEPA, Bamako entend mettre l’accent sur plusieurs priorités : la professionnalisation des artisans, l’amélioration de la qualité des produits, l’accès au financement et l’ouverture vers de nouveaux marchés.

L’objectif est notamment d’accompagner les artisans vers davantage de formalisation, afin qu’ils puissent accéder aux dispositifs publics de soutien, aux crédits adaptés et aux opportunités commerciales.

Le Mali souhaite également renforcer la visibilité des productions africaines dans un contexte marqué par la montée en puissance de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

Pour les autorités, l’artisanat africain ne doit plus être seulement associé au patrimoine culturel. Il doit devenir un secteur économique capable de créer des emplois durables et de contribuer aux exportations.

Une organisation appelée à renforcer sa gouvernance

La conférence ministérielle de Bamako a également été consacrée à la réforme du fonctionnement interne de l’ODEPA.

Les États membres ont adopté plusieurs décisions visant à améliorer la gouvernance de l’organisation, notamment :

  • le recrutement d’un cabinet d’audit indépendant ;
  • l’élaboration d’un manuel de procédures administratives, financières et comptables ;
  • le recrutement d’un secrétaire général dans un délai de trois mois ;
  • la révision des statuts et du règlement intérieur.

Les ministres ont aussi décidé que les conférences ministérielles de l’organisation se tiendront désormais chaque année au mois de mars.

Ces mesures visent à renforcer l’efficacité d’une institution créée en 1992 au Burkina Faso et qui regroupe aujourd’hui 28 États membres africains.

Une nouvelle architecture pour les prochaines années

La conférence de Bamako a également défini le calendrier des prochaines présidences de l’organisation.

Le Maroc assurera la première vice-présidence et accueillera la 13ᵉ Conférence ministérielle en 2028.

Madagascar occupera la deuxième vice-présidence et organisera la conférence de 2029.

Le Niger assurera la troisième vice-présidence et accueillera la rencontre prévue en 2030.

Cette organisation traduit la volonté des États membres de renforcer la continuité des actions de l’ODEPA et de donner davantage de visibilité aux politiques africaines en faveur de l’artisanat.

Une reconnaissance symbolique pour le leadership malien

Au cours des travaux, les ministres ont également désigné le président de la Transition malienne, Assimi Goïta, comme « Champion de l’artisanat africain » pour la période 2026-2027.

Cette distinction vise à encourager l’engagement politique en faveur d’un secteur considéré comme stratégique pour l’emploi et l’économie locale.

L’artisanat africain face au défi de la compétitivité

Malgré son potentiel, le secteur reste confronté à plusieurs obstacles : faibles capacités de production, accès limité au financement, manque de formation technique, difficultés de commercialisation et concurrence internationale.

Le défi pour l’ODEPA sera donc de créer les conditions permettant aux artisans africains de franchir un nouveau cap.

La présidence malienne arrive à un moment charnière où l’Afrique cherche à mieux valoriser ses ressources locales et ses talents créatifs. Car derrière chaque objet artisanal se cache désormais une question économique majeure : comment transformer le savoir-faire africain en richesse durable et en emplois pour les générations futures ?

À Bamako, le Mali ne prend pas seulement la tête d’une organisation continentale. Il prend aussi la responsabilité de défendre une vision nouvelle de l’artisanat : celle d’un secteur qui ne se contente plus de préserver le passé, mais qui participe pleinement à construire l’économie africaine de demain.

La Rédaction

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