UEMOA vs CEMAC : Quand deux unions monétaires partagent la même monnaie mais tracent des trajectoires très différentes.
Deux unions monétaires, une même monnaie, mais des trajectoires économiques qui s’éloignent de plus en plus. Tandis que l’UEMOA affiche une croissance robuste et un certain optimisme macroéconomique, la CEMAC peine à transformer ses richesses naturelles en dynamique durable. Décryptage d’un décrochage qui interroge.
Une divergence qui saute aux yeux
Sur le papier, tout semble identique : même ancrage au franc CFA, même parité avec l’euro, mêmes règles monétaires héritées de la zone franc. Pourtant, à l’épreuve des chiffres, l’écart se creuse nettement entre l’UEMOA et la CEMAC.
À l’horizon 2025-2026, l’UEMOA se projette sur une croissance avoisinant 5 à 6 %, portée par une demande intérieure dynamique, des investissements publics soutenus et une diversification progressive des économies. À l’inverse, la CEMAC évolue sur un rythme plus lent, autour de 3 %, avec une reprise fragile et inégale selon les pays.
Ce contraste n’est pas conjoncturel. Il est structurel.
L’UEMOA portée par des moteurs plus diversifiés
Le premier facteur explicatif tient à la nature même de la croissance.
Dans l’espace UEMOA, l’activité repose sur plusieurs piliers :
- l’agriculture commerciale et vivrière,
- les services (télécoms, transport, finance),
- l’industrie légère et l’agro-transformation,
- et une consommation intérieure soutenue par la démographie et l’urbanisation.
Des pays comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou le Bénin jouent un rôle d’entraînement régional, avec des politiques d’infrastructures, une meilleure intégration des marchés et une relative stabilité macroéconomique.
Résultat : une croissance plus résiliente, capable d’absorber les chocs extérieurs.
La CEMAC prisonnière de la dépendance pétrolière
À l’opposé, la CEMAC reste fortement dépendante des hydrocarbures et des matières premières extractives. Pétrole, gaz et minerais constituent l’essentiel des recettes d’exportation et des revenus budgétaires dans plusieurs pays de la zone.
Cette spécialisation expose la région à trois faiblesses majeures :
- Une forte sensibilité aux variations des cours mondiaux,
- Des cycles de croissance irréguliers,
- Une faible création d’emplois, les secteurs extractifs étant peu intensifs en main-d’œuvre.
Lorsque les prix du pétrole fléchissent ou que la production ralentit, l’ensemble de l’économie cale. La croissance devient volatile, peu inclusive et difficile à planifier.
Des fragilités macroéconomiques persistantes
La CEMAC cumule également plusieurs vulnérabilités macroéconomiques :
- des finances publiques sous tension,
- des niveaux d’endettement élevés,
- une mobilisation fiscale insuffisante hors secteur pétrolier,
- et des réserves de change régulièrement sous pression.
Ces contraintes limitent la capacité des États à investir durablement dans les infrastructures, l’éducation ou la diversification productive. À l’inverse, l’UEMOA bénéficie d’une meilleure coordination budgétaire et d’un accès plus fluide aux marchés financiers régionaux, notamment via UMOA-Titres.
Intégration régionale : deux vitesses
Autre différence clé : le degré d’intégration économique réelle.
L’UEMOA affiche un commerce intra-communautaire plus dynamique, favorisé par :
- des corridors logistiques plus fonctionnels,
- une réglementation plus harmonisée,
- et une circulation des biens relativement fluide.
Dans la CEMAC, les échanges intra-régionaux restent faibles. Les barrières non tarifaires, les lourdeurs administratives et les déficits d’infrastructures freinent la constitution de véritables chaînes de valeur régionales.
Même la monnaie commune ne suffit pas à compenser ces blocages.
Réformes et gouvernance : le nerf de la guerre
Sur le terrain des réformes structurelles, l’UEMOA avance lentement, mais plus sûrement. Climat des affaires, numérisation des administrations, politiques industrielles ciblées : les chantiers sont imparfaits, mais engagés.
Dans la CEMAC, les réformes sont souvent fragmentées, retardées ou incomplètes. Les institutions régionales peinent à imposer une discipline collective, et la gouvernance économique reste un facteur de fragilité, régulièrement pointé par les partenaires techniques et financiers.
Deux trajectoires, un même avertissement
Le décrochage de la CEMAC face à l’UEMOA n’est ni une fatalité ni une condamnation. Mais il agit comme un signal d’alarme.
D’un côté, l’UEMOA montre qu’une croissance plus diversifiée, mieux intégrée et relativement inclusive est possible dans la zone franc. De l’autre, la CEMAC rappelle qu’une dépendance excessive aux ressources naturelles, sans transformation structurelle, finit par ralentir même les économies les mieux dotées.
La monnaie est commune, mais le destin économique ne l’est pas.
Et dans cette course à la résilience, le temps joue rarement en faveur de l’immobilisme.
La Rédaction



