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Togo : La montée des créances douteuses alerte sur les fragilités du crédit bancaire.

Le système bancaire togolais envoie un signal préoccupant. En 2025, les créances douteuses, ces crédits dont le remboursement est compromis, ont connu une hausse marquée, passant d’environ 7% en 2024 à près de 13%.

Ce quasi-doublement en l’espace d’un an traduit une dégradation significative de la qualité du portefeuille de crédit dans le Togo.

Sans constituer une crise à ce stade, cette évolution interpelle sur les équilibres du secteur financier.


Une rupture après plusieurs années de stabilité

Jusqu’à récemment, le niveau des créances douteuses restait relativement maîtrisé, évoluant dans une fourchette compatible avec les standards de l’UEMOA.

La hausse enregistrée en 2025 marque donc un tournant. Elle met fin à une phase de stabilisation et signale un retour du risque dans le système bancaire.

Ce type d’évolution est rarement anodin. Il reflète souvent des tensions plus profondes dans l’économie.


Une croissance du crédit qui s’accélère

Paradoxalement, cette dégradation intervient dans un contexte de forte expansion du crédit.

Les banques ont accru leurs financements à l’économie, avec une progression notable des encours. Les institutions de microfinance ont également renforcé leur rôle, contribuant à une diffusion plus large du crédit.

Cette dynamique est, en soi, positive. Elle traduit une volonté de soutenir l’activité économique.

Mais elle s’accompagne d’un effet mécanique : plus de crédits signifie aussi plus d’exposition au risque de défaut.


Quand la croissance financière révèle ses limites

L’augmentation des créances douteuses met en lumière une réalité souvent sous-estimée.

Accorder davantage de crédits ne garantit pas une meilleure qualité de remboursement. Au contraire, une expansion rapide peut fragiliser les équilibres si elle n’est pas accompagnée d’un contrôle rigoureux des risques.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette évolution :

  • des entreprises confrontées à des tensions de trésorerie
  • un environnement économique encore incertain
  • des capacités de remboursement parfois surestimées

Dans ce contexte, certains emprunteurs peinent à honorer leurs engagements.


Des conséquences directes sur le financement de l’économie

La montée des créances douteuses n’est pas sans impact.

Pour les banques, elle implique :

  • une baisse de rentabilité
  • une augmentation des provisions
  • une prudence accrue dans l’octroi de nouveaux crédits

À terme, cela peut se traduire par un durcissement des conditions d’accès au financement pour les entreprises et les ménages.

Autrement dit, un excès de risque aujourd’hui peut freiner la croissance demain.


Un enjeu de gouvernance et de gestion des risques

Face à cette situation, la question centrale devient celle de la gestion du risque.

Les établissements financiers sont appelés à renforcer :

  • leurs procédures d’analyse de crédit
  • le suivi des emprunteurs
  • les mécanismes de recouvrement

L’objectif est clair : retrouver un équilibre entre soutien à l’économie et préservation de la stabilité financière.


Une problématique à dimension régionale

La situation du Togo s’inscrit dans une problématique plus large.

Dans l’ensemble de l’UEMOA, la qualité des actifs bancaires constitue un indicateur clé de solidité du système financier.

Une dégradation dans un pays peut avoir des répercussions sur la perception globale du risque dans la région.


Un signal d’alerte plus qu’une crise

Il serait excessif de parler de crise bancaire. Le système reste globalement fonctionnel et capable d’absorber les chocs.

Mais la hausse des créances douteuses agit comme un signal d’alerte.

Elle rappelle que la croissance du crédit doit être maîtrisée, encadrée et accompagnée.


Trouver le bon équilibre

Le défi pour le Togo est désormais clair : continuer à financer l’économie sans fragiliser le système bancaire.

Cela suppose de trouver un équilibre subtil entre expansion et prudence.

Car dans le secteur financier, la croissance la plus dangereuse est souvent celle qui va trop vite.


Quand le risque rattrape la croissance

L’évolution observée en 2025 illustre une leçon classique de l’économie bancaire.

Le crédit est un moteur de croissance. Mais mal maîtrisé, il peut devenir un facteur de fragilité.

Au Togo, la dynamique est encore sous contrôle. Mais elle appelle à une vigilance accrue.

Car en matière de finance, la vraie solidité ne se mesure pas dans la capacité à prêter.

Elle se révèle dans la capacité à être remboursée.

La Rédaction

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